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La sous-secrétaire d’État US met en garde Israël contre « l’argent sale » des Russes

Victoria Nuland a appelé Israël à rejoindre les sanctions occidentales alors que les tentatives de neutralité de Jérusalem deviennent de plus en plus précaires

La sous-secrétaire du département d'État américain Victoria J. Nuland pendant un briefing au département d'État, à Washington, le 27 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh, Pool, File)
La sous-secrétaire du département d'État américain Victoria J. Nuland pendant un briefing au département d'État, à Washington, le 27 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh, Pool, File)

Les États-Unis ont lancé une mis en garde à Israël, vendredi, demandant au pays de ne pas accueillir « l’argent sale » de la Russie et pressant Jérusalem de se joindre aux sanctions occidentales prises contre le Kremlin suite à l’invasion de l’Ukraine.

L’État juif a évité de prendre des sanctions ou de critiquer ouvertement la Russie et le président Vladmimir Poutine, tentant de trouver un équilibre pour préserver ses liens chaleureux avec Kiev comme avec Moscou.

Les pays et les entreprises, en Occident, ont adopté des sanctions écrasantes contre l’économie russe, les oligarques et certains responsables – Poutine est notamment concerné – depuis le début de l’invasion.

Israël n’a pas pris part à ces efforts – notamment en ne prenant pas de sanctions contre le milliardaire russe israélien Roman Abramovich, mis au ban par le Royaume-Uni et par le Canada.

De plus, un certain nombre de jets privés auraient quitté la Russie pour l’État juif, ces derniers jours.

La sous-Secrétaire d’État aux Affaires politiques américaines, Victoria Nuland, a déclaré à la Douzième chaîne israélienne, vendredi, qu’Israël devait rejoindre le système des sanctions occidentales, notamment contre les oligarques.

Une explosion dans un immeuble d’appartement après des tirs russes à Marioupol, en Ukraine, le 11 mars 2022. (Crédit :AP Photo/Evgeniy Maloletka)

« Vous ne voulez pas devenir le dernier refuge de l’argent sale qui finance les guerres de Poutine », a lancé Nuland. « Et tout ce qu’Israël pourra faire de son côté, sachez que les Ukrainiens le salueront et que la coalition internationale qui soutient l’Ukraine le saluera. »

Alors qu’elle était interrogée sur la possibilité que l’État juif rejoigne les sanctions décidées par l’administration Biden, Nuland a répondu que « ce que nous demandons, entre autre choses, c’est que toutes les démocraties, dans le monde entier, nous rejoignent dans les sanctions financières et de contrôle des exportations que nous avons mises en place contre Poutine. Nous devons étouffer le régime, nous devons l’empêcher d’accéder aux revenus dont il a besoin ».

« Nous mettons la pression sur les oligarques qui se trouvent autour de lui, nous mettons la pression sur l’économie. Et dans ce contexte, nous demandons au plus grand nombre possible de pays de nous rejoindre. Nous demandons cela aussi à Israël », a-t-elle ajouté.

Concernant une éventuelle aide militaire israélienne à l’Ukraine, Nuland a expliqué que cette question dépendait du gouvernement israélien.

« C’est une décision souveraine qu’Israël doit prendre. De nombreuses, très nombreuses démocraties dans le monde sortent de leur zone de confort pour fournir un soutien sécuritaire et militaire à l’Ukraine. Mais ce qui nous paraît être le plus important, de notre point de vue, c’est qu’Israël rejoigne maintenant les sanctions financières », a-t-elle insisté.

Israël a fourni une aide humanitaire à l’Ukraine – notamment des équipements médicaux et des groupes électrogènes pour alimenter en électricité un hôpital de campagne. L’État juif s’est toutefois refusé à envoyer du matériel militaire, en particulier des casques et des gilets pare-balles.

Et tandis qu’Israël évite d’imposer des sanctions, le suivi des déplacements aériens laissent penser que certains riches Russes cherchent un refuge au sein de l’État juif.

La Douzième chaîne a annoncé, vendredi, qu’au cours des dix derniers jours, 14 jets privés avaient décollé de St. Petersburg et avaient atterri à l’aéroport international Ben Gurion.

La semaine dernière, la chaîne a fait savoir qu’un nombre inhabituel d’avions privés avaient fait le déplacement à partir de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, ce qui pourrait indiquer que certains Russes fortunés cherchent à trouver des moyens d’éviter les sanctions.

Des personnes à côté d’un véhicule endommagé et d’une voiture blindée à un poste de contrôle à Brovary, dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 1er mars 2022. (Crédit : Efrem Lukatsky /AP Photo)

Israël marche sur la corde raide pour tenter de préserver ses liens avec Kiev et avec Moscou, et le pays a cherché à exploiter ses relations avec les deux pays pour entreprendre une médiation visant à mettre un terme au conflit – en vain jusqu’à présent. Israël craint de mettre en colère la Russie, très présente en Syrie où l’État juif mène des frappes contre des cibles liées à l’Iran.

Les tentatives de l’État juif de rester neutre sont devenues de plus en plus difficiles ces derniers jours, avec une Russie qui ne fait qu’intensifier ses agressions et un bilan humanitaire qui ne cesse de devenir plus pesant du côté ukrainien.

L’Ukraine a demandé de manière répétée au gouvernement de Jérusalem d’adopter un positionnement plus fort contre la Russie et elle serait exaspérée par la réticence affichée par les autorités israéliennes à l’idée de prendre parti.

Selon des informations rendues publique vendredi, le Premier ministre Naftali Bennett aurait poussé le président ukrainien Volodymyr Zelensky à accepter une offre de Poutine, une proposition que Zelensky aurait rejetée. Le bureau de Bennett a démenti ces informations.

Sur cette photo fournie par le Bureau de presse présidentiel ukrainien, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’adresse à la nation à Kiev, en Ukraine, le 7 mars 2022. (Crédit : Bureau de presse présidentiel ukrainien via AP)

Zelensky, qui est Juif et qui dit admirer Israël, espère pouvoir prononcer un discours en séance plénière de la Knesset comme il l’a déjà fait devant d’autres parlements du monde – mais ce projet reste dans l’expectative pour le moment.

Israël a insisté pour organiser une session sur Zoom, moins formelle, en présence de tous les députés, a noté Walla. Le président de la Knesset Mickey Levy a indiqué jeudi que Zelensky s’exprimerait devant les députés via Zoom dans les prochains jours.

Zelensky n’aurait pas été initialement intéressé par une discussion sur Zoom et il aurait envisagé un discours à Yad Vashem – mais les détails restent opaques.

Vendredi, le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, a déclaré avoir dit à l’ambassadeur ukrainien en Israël que toute allocution de Zelensky en direction des Israéliens serait diffusée sur grand écran sur une place majeure de la ville.

Bennett s’est rendu à Moscou, samedi dernier, pour y rencontrer Poutine – devenant le premier leader étranger à s’entretenir avec le président russe depuis l’invasion de l’Ukraine. Il aurait parlé à Zelensky avant et après cette réunion au sommet.

La politique israélienne mise en œuvre à l’égard des réfugiés a aussi été à l’origine de tensions, certains Ukrainiens arrivant dans le pays ayant été bloqués pendant des jours à l’aéroport Ben Gurion et Israël affichant une certaine réticence à l’idée d’accepter des réfugiés non-Juifs. Des informations transmises vendredi ont laissé entendre que l’État juif qui a accueilli environ 3 000 Ukrainiens depuis le lancement de l’invasion russe en a refusé environ 200.

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