Vols de compagnies étrangères vers Israël : le ministère des Transports n’a pas assuré les contrôles requis
L'ex-directrice du ministère accuse Miri Regev suite à l'attentat à bord du vol Flydubai ; la ministre rejette toute responsabilité
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Dimanche, une ex-haute fonctionnaire du ministère des Transports a accusé la ministre des Transports, Miri Regev, d’être responsable des défaillances de sécurité liées aux compagnies aériennes étrangères qui desservent Israël, au moment où l’étau se resserre autour du ministère suite à l’attentat terroriste perpétré la semaine dernière par un copilote omanais à bord d’un vol Flydubai à destination de Tel-Aviv.
Le gouvernement, Mme Regev et le ministère des Transports rejettent toute responsabilité dans les failles de sécurité ayant précédé l’incident, au cours duquel le copilote Hamam al-Hammami a poignardé le pilote et tenté de faire s’écraser l’appareil avec à son bord 180 passagers — presque tous israéliens — et les membres de l’équipage. Le ministère a déclaré ne pas avoir la capacité de vérifier les antécédents des pilotes étrangers et qu’il n’existait aucun moyen de garantir de façon absolue la sécurité des vols étrangers à destination d’Israël.
Selon des documents internes du Conseil de sécurité nationale cités dimanche par la radio de l’armée, cela fait des années que d’importants services israéliens alertent sur le fait que le ministère des Transports ne remplit pas ses obligations en matière de contrôles de sécurité sur les compagnies étrangères qui desservent Israël.
Keren Terner, qui a été directrice-générale du ministère des Transports entre 2016 et 2020 et se présente aujourd’hui à la Knesset en troisième position sur la liste de BeYahad, le parti de Naftali Bennett, en impute la responsabilité à Mme Regev.
« Vous êtes responsable de la sécurité des compagnies aériennes étrangères. Pas le Shin Bet, pas le Mossad. Vous », a déclaré Mme Terner à l’adresse de la ministre du Likud.
L’ancienne haute fonctionnaire a indiqué que l’Autorité de l’aviation civile relevait directement du ministre des Transports depuis 2008, et qu’un rapport classifié du contrôleur de l’État datant de mai 2024 prouvait que M. Regev avait été alertée des lacunes dans la préparation du service de sécurité du ministère.
« Vous avez été alertée, et pourtant vous n’avez rien fait », accuse Mme Terner avant d’ajouter que Mme Regev avait par la suite choisi de conserver la responsabilité du service de sécurité au sein du ministère.
« Trois ans plus tard, il ne faut pas laisser le gouvernement du 7-Octobre passer sous silence un nouvel échec », conclut Mme Terner.
Suite à ces déclarations, M. Regev a redit son refus de reconnaître toute forme de responsabilité.
« Le ministère des Transports n’est pas un service de renseignement. Il n’effectue pas de vérifications, n’est pas censé en faire et n’a aucun accès aux données », a-t-elle déclaré, affirmant que seuls les services de renseignement avaient de telles informations.
Le chef de l’opposition Yair Lapid, n° 2 sur la liste Beyahad, a déclaré que le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Mme Regev, le Shin Bet et le Mossad devaient à la population « un compte-rendu rigoureux de l’un des plus grands échecs jamais observés », accusant M. Netanyahu de s’être attribué le mérite de l’héroïsme des citoyens israéliens à bord avant de se murer dans le silence dès que les questions ont fait surface.
« Imaginez que vous deviez monter à bord d’un avion avec un bébé et un enfant de quatre ans, et que vous entendiez un représentant du gouvernement déclarer à propos du vol Flydubai : ‘Il n’y a pas de garantie à 100 % que cela ne se reproduise pas’ », a déclaré M. Lapid.
Mme Regev a répondu à M. Lapid en lui reprochant d’être « superficiel, futile et malhonnête » de lui reprocher la faille sécuritaire ayant conduit à l’incident, et que de surcroît il « ne comprenait rien à l’aviation ».
Selon les médias, les hauts responsables du ministère étaient avertis depuis des années
D’autres documents internes relayés dimanche par la radio de l’armée indiquent que les doutes concernant la répartition des responsabilités du contrôle des compagnies étrangères avaient fait l’objet d’un examen il y a de cela des années.
En 2021, le cabinet de sécurité avait retiré cette compétence au Shin Bet, estimant que l’Autorité de l’aviation civile du ministère des Transports devait « vérifier que les consignes de sécurité dans les pays étrangers non classés à très haut risque respectent les réglementations des traités internationaux ».
Selon un document diffusé par la radio de l’armée, un rapport classifié du contrôleur de l’État datant de 2024 a révélé que le ministère ne remplissait pas ses obligations.
Le 23 mai 2024, le cabinet de sécurité a ordonné au Conseil de sécurité nationale de former dans un délai de 90 jours une équipe composée de représentants du ministère des Transports, de l’AAC, du Shin Bet, du Mossad et du ministère des Finances afin « d’examiner la question de la sécurité des vols commerciaux étrangers à destination d’Israël et de formuler des recommandations pour l’améliorer ».
Au cours de ces discussions, qui ont duré un an, le Shin Bet a souligné qu’il ne disposait ni des personnels ni du budget pour prendre en charge les contrôles de sécurité des vols étrangers.
Le Conseil de sécurité nationale a fait sienne cette position, écrivant qu’ « il convient que le ministère des Transports assume sa responsabilité sur les vols étrangers… pour que l’Autorité de l’aviation civile puisse assumer cette tâche, elle aura besoin des effectifs et budgets appropriés ».
D’après les documents du Conseil de sécurité nationale, le directeur de l’AAC, Shmuel Zakai, a fait part de son accord.
En revanche, le chef de la sécurité du ministère des Transports, Avri Cohen, a indiqué que le ministère ne pouvait pas prendre en charge une question de sécurité d’une telle ampleur, s’emportant contre M. Zakai pour avoir accepté une charge qu’il « savait être trop lourde », selon la radio de l’armée.
Le Service de la sécurité du ministère ne compte que trois fonctionnaires, selon le rapport, le reste des effectifs — des dizaines d’employés — étant des prestataires privés.
« Tous les membres du ministère des Transports se sont fermement opposés à ce transfert de compétences, à l’exception du directeur de l’Autorité de l’aviation civile, Shmuel Zakai », a confié à la radio de l’armée une source proche de ces discussions. « Ils se sont tous levés pour dire à la ministre Miri Regev que ce serait une grave erreur d’assumer une responsabilité d’une telle importance. »
Ils lui ont expliqué que le ministère n’aurait aucun moyen de savoir qu’un migrant syrien installé au Royaume-Uni et prenant un vol pour Israël avait été élevé dans un pays ennemi, comme c’est le cas de M. al-Hammami, le copilote omanais de la compagnie Flydubai.
« Il y a eu… des confrontations et des courriers peu agréables, mais la ministre Regev, le directeur-général [Moshe] Ben Zaken et le chef de l’AAC M. Zakai n’ont rien voulu entendre », ajoute la source. « La ministre s’est rangée à la position de M. Zakai, et ils sont sortis de leur réunion avec le Premier ministre avec un transfert de compétences en faveur du ministère des Transports acté. »
D’après la radio de l’armée, en 2025, M. Netanyahu aurait effectivement décidé que la responsabilité de la sécurité des vols étrangers incomberait désormais totalement au ministère des Transports.
En mars de la même année, le Conseil de sécurité nationale a émis son propre avertissement dans un document écrit indiquant que le ministère des Transports ne remplissait pas son rôle de surveillance des contrôles de sécurité des vols étrangers.
Malgré le manque de ressources reconnu par le ministère lui-même, celui-ci n’a pas sollicité l’aide du Shin Bet ou du Mossad pour enquêter sur des passagers ou membres d’équipage, précise le rapport.
Bien que les deux agences de renseignement fussent conscientes que le ministère des Transports était dépassé par la situation, elles n’ont pas cherché à lui venir en aide.
« Le Shin Bet et le Mossad savaient parfaitement que le ministère des Transports était dans une situation intenable, sans personnel, ni postes, ni capacités », explique une source. « Comment ont-ils pu se décharger ainsi de leur responsabilité et tout rejeter sur le ministère des Transports ? La responsabilité incombe au ministère des Transports, mais le Shin Bet et le Mossad ont également leur part de l’échec. Les avertissements étaient on ne peut plus clairs. »
Le ministère des Transports a réagi à ces informations en disant qu’elles étaient « totalement fausses » et déclaré que la responsabilité du ministère sur les vols étrangers existait depuis des dizaines d’années et qu’il était « incorrect de la présenter comme une tâche transférée au ministère ces dernières années ».
Le ministère a ajouté que le Conseil de sécurité nationale et d’autres organismes de sécurité avaient validé ses process.
« Deux commissions ayant siégé par le passé sous la présidence du Conseil de sécurité nationale ont recommandé la création d’une autorité d’État pour la sécurité de l’aviation, laquelle serait responsable de l’ensemble des vols », lit-on dans sa réponse. « Le ministère des Transports demeure favorable à la création d’un tel organisme, mais ces recommandations n’ont pas été mises en œuvre. »
Israël avait reçu la liste de l’équipage, qui n’avait soulevé aucune objection, selon des responsables
Des responsables régionaux ont déclaré à l’AP que les autorités émiraties avaient fourni à Israël la liste des passagers et des membres d’équipage du vol Flydubai avant le décollage, y compris leur nationalité.
Selon les responsables, qui ont témoigné sous couvert d’anonymat n’étant pas autorisés à évoquer l’enquête, Israël n’avait soulevé aucune objection au sujet d’un passager ou d’un membre de l’équipage.
Le copilote omanais s’était vu interdire de voler par les autorités omanaises en raison de craintes liées à ses opinions extrémistes. On ignore à ce stade comment il a pu être autorisé à faire partie de l’équipage d’un vol à destination d’Israël, sachant que le Sultanat d’Oman n’entretient plus de relations diplomatiques avec Israël.
Les réglementations israéliennes interdisent en principe aux pilotes ressortissant de pays n’entretenant pas de relations diplomatiques avec Israël de desservir la destination. Par ailleurs, des dispositions prises il y a de cela plus de trois ans exigent que les rôles d’équipage soient communiqués aux services de sécurité israéliens.
M. Netanyahu a déclaré après l’attentat qu’Israël était, depuis des années, lié par des accords avec les compagnies étrangères qui empêchaient de tels pilotes de voler à destination d’Israël.
Dimanche, une ex-employée de l’aéroport a déclaré à la chaîne N12 avoir déjà enregistré des pilotes et membres du personnel navigant détenteurs de passeports de pays hostiles à Israël. « J’ai personnellement pris en charge au comptoir des membres d’équipage, des pilotes et des stewards avec des passeports libanais, syriens et d’autres pays encore », a-t-elle indiqué. « De telles défaillances ont toujours existé au sein des compagnies aériennes, pas seulement chez les Émiratis. »
D’après cette ex-employée, des membres d’équipage originaires de pays ennemis ont emprunté l’aéroport à de nombreuses reprises et certains ont même voulu se rendre en Israël. Mais chaque fois que le système détecte l’existence d’un second passeport, le droit de séjour est refusé, précise-t-elle. « Nous n’avons jamais compris comment des pilotes de pays ennemis pouvaient voler vers Israël », a-t-elle confié à la chaîne N12.
Mardi, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, organisera une réunion spéciale du sous-comité du renseignement afin d’évoquer l’attentat contre le vol Flydubai et les procédures de sécurité, ont rapporté dimanche les médias israéliens. Des représentants du Shin Bet, du Mossad, du Conseil de sécurité nationale et du ministère des Transports devraient y prendre part.
la Communauté du Times of Israël !







