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Interview

Elliott Gould évoque la foi, la famille, Barbra Streisand et son dernier film avec Gidi Dar

L’acteur prête sa voix au film d’animation de Gidi Dar sur la fin du Second Temple, « Legend of Destruction », disponible en streaming partout dans le monde

Elliott Gould assiste à la première de la 2ème saison de « Only Murders In The Building » au DGA Theater Complex, le 27 juin 2022 à Los Angeles, en Californie. (Kevin Winter/Getty Images/AFP)
Elliott Gould assiste à la première de la 2ème saison de « Only Murders In The Building » au DGA Theater Complex, le 27 juin 2022 à Los Angeles, en Californie. (Kevin Winter/Getty Images/AFP)

UK JEWISH NEWS — Le réalisateur israélien Gidi Dar a réalisé un film sur la destruction du Second Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère, mais ce n’est son sujet qui le rend unique. C’est la manière dont il le raconte.

Dans Legend of Destruction, disponible en streaming partout dans le monde, Gidi Dar a choisi de ne pas passer par un film d’animation classique pour raconter son histoire au travers de 1 500 peintures extraordinaires des artistes israéliens David Polonsky et Michael Faust, que l’on a connus grâce à Valse avec Bachir, nommé aux Oscars. La caméra balaye leurs œuvres, ce qui crée une sorte d’animation statique de haute volée.

Sorti en hébreu en 2021, la version anglaise du film s’enrichit désormais de la contribution de grands noms de Hollywood.

Comme l’explique Oscar Isaac, qui prête sa voix au personnage principal, Ben Batich : « Les peintures sont magnifiques, la musique est incroyable et la conception sonore est surprenante. Au bout de quelques minutes, j’avais perdu de vue qu’il s’agissait d’images fixes. J’avais l’impression de regarder Gladiator. »

Les spectateurs vont découvrir une ville de Jérusalem déchirée de l’intérieur sous l’effet des inégalités, de la corruption, du fanatisme religieux et de la guerre civile — et ce, avant même l’arrivée des Romains, qui parachèveront sa destruction.

Ce récit, vieux de 2 000 ans, est d’une actualité troublante.

Aux côtés d’Oscar Isaac, on retrouve au casting Evangeline Lilly, Billy Zane, Marilu Henner et Elliott Gould. Ce dernier prête sa voix au rabbin Yohanan ben Zakkai — l’oncle du personnage principal Batich, et celui qui comprend que si Jérusalem est perdue, ce n’est pas forcement le cas du judaïsme.

Faire une interview avec Elliott Gould est tout sauf linéaire. Les questions mènent aux souvenirs, les souvenirs à la philosophie, et la philosophie ramène à la famille.

Gould, qui a fêté ses 88 ans en août dernier, a toute une vie de souvenirs — on ne sait jamais vers lequel une question va l’emporter. Lorsque nous évoquons le rabbin Yohanan ben Zakkai, Gould lance : « Vous devrez peut-être me rappeler comment cela se prononce. »

Je lui réponds que je ne maîtrise pas tout à fait la prononciation, mais il est déjà passé à autre chose. « Ce que je suis dans le film ? Tout simplement un sage, un enseignant, un rabbin. »

Connaissait-il beaucoup de choses sur la destruction du Second Temple ? « En fait, oui. Mais je sais que le Premier Temple a lui aussi été détruit. Espérons qu’il n’y aura plus d’autres destructions de temples, mais nous avons des problèmes ici, aujourd’hui — pour moi, tout nous ramène au présent. »

La politique le laisse froid. « Cela me perturbe parce que les gens inventent des choses. Je ne veux offenser personne, quelle que soit sa religion ou ses perspectives. »

Gould est d’une exquise douceur, célèbre depuis plus longtemps que nombre de ses partenaires à l’écran. En 1969, il a été nommé à l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour le rôle de Ted Henderson dans Bob et Carol et Ted et Alice.

L’acteur Elliott Gould marche sur la Cinquième Avenue à New York, le 28 octobre 1974. (AP Photo/Suzanne Vlamis)

S’est senti devenir une star de cinéma à ce moment-là ? « Non, ce n’était pas un grand moment. C’était même un peu embarrassant. »

Embarrassant ?

« Bien sûr », dit-il. « Je n’aime pas attirer l’attention sur moi. Je ne suis qu’un grand enfant dans l’âme. Ce qui m’intéresse, c’est de vivre et d’apprendre, de tracer mon petit bonhomme de chemin dans ce monde et d’accepter la réalité. »

En 1970, il est l’une des plus grandes vedettes de Hollywood. M*A*S*H fait de son personnage, Trapper John, un morceau d’anthologie du cinéma, ouvrant la voie à un partenariat marquant avec Robert Altman avec les films Le Privé, Les Flambeurs ou encore Nashville, où il apparaît dans son propre rôle.

« C’est Elliott Gould que l’on voit dans ce film », me rappelle-t-il, avant d’ajouter : « Sur mon acte de naissance, il est écrit Elliott Goldstein. » Goldstein est son nom d’origine ? « Oui, Goldstein est mon nom d’origine », confirme-t-il d’un air approbateur. « C’est une bonne remarque. »

Gould a été élevé dans la foi juive à Brooklyn et a fréquenté l’école hébraïque : il connait donc bien l’histoire narrée par Legend of Destruction.

« J’ai entendu toutes ces histoires. Je les ai lues. Je les ai étudiées », dit-il.

Revenons-en aux magnifiques œuvres du film, d’une brutalité saisissante avec leurs corps ensanglantés, leurs bâtiments qui sont la proie des flammes et les affrontements entre Juifs, au moment où Jérusalem sombre dans le chaos. « Regardez par la fenêtre en ce moment même », dit Gould. « Nous sommes en guerre. » Pas à Echo Park, à Los Angeles, mais je comprends ce qu’il veut dire.

« Je crois en mes enfants, mais je ne peux pas privilégier un enfant par rapport à un autre. Je crois que le cadeau de la vie, le cadeau de l’existence, est fait pour être partagé. Nous devons apprendre à faire la paix », affirme-t-il.

Je m’aventure à laisser entendre que certaines personnes ne veulent pas de la paix.

« Nous avons tendance à nous accuser les uns les autres. Je ne veux blâmer personne. Je suis tellement heureux d’être en vie, d’avoir tenu aussi longtemps et de pouvoir parler avec vous. La seule chose qui compte pour moi, c’est ce que nous avons à partager », déclare Gould.

Il serait facile de qualifier Gould de spirituel. D’ailleurs, c’est ce que je fais. « Je crois en l’esprit », me répond-il simplement.

Alors, que nous apprend, au final, Legend of Destruction ? « À continuer d’apprendre, travailler, intégrer et partager », conclut Gould.

Une conclusion étonnamment optimiste pour un film qui parle d’une catastrophe. Je lui fais remarquer que je trouve la fin terriblement triste. « Eh bien », me corrige Gould, « il n’y a pas de fin. » Malgré les destructions dépeintes dans le film de Gidi Dar, Gould y voit une continuité. C’est pourquoi le rôle lui convient si bien. Yohanan ben Zakkai n’a pas pu empêcher la destruction de Jérusalem, mais il a veillé à ce que les enseignements juifs lui survivent.

Elliott Gould prête sa voix au rabbin Yohanan ben Zakkai dans « Legend of Destruction ». (Autorisation)

Quel public réagira à un film aussi atypique ? « Je ne sais pas. Je ne suis pas un homme d’affaires », s’amuse-t-il.

Non, en effet. Vous êtes un acteur. « Je suis un artiste », me corrige-t-il, « et parfois, je joue la comédie. »

Il la joue, et comment, notamment quand il interprète le rôle du père de Monica et Ross Geller, Jack, dans Friends, ou dans celui de Reuben Tishkoff, dans la trilogie Ocean’s. J’essaie de lui soutirer une anecdote sur l’une de ces productions, mais il s’accroche à la définition de son métier.

Jouer, c’est aussi s’amuser, me dit-il. « Quel bébé n’aime pas jouer ? C’est cela, jouer la comédie pour moi : s’amuser. » L’image du bébé est récurrente, mais celle de ses propres enfants l’est tout autant. Sa famille, dit-il, est « grande et s’agrandit encore. Ils sont tout pour moi. Plus que tout. » Son fils aîné, Jason, est né de son union avec Barbra Streisand ; Molly et Samuel, de son mariage avec Jennifer Bogart.

Barbra Streisand et Elliott Gould tiennent leur fils Jason Emanuel, à l’hôpital Mount Sinai de New York, le 9 janvier 1967. (AP Photo)

Lorsque j’évoque Streisand — précautionneusement —, il s’empresse de dire : « C’est une fille juive formidable » et « Je l’aimerai toujours », avant de me rappeler le lien qui importe vraiment. « Jason. »

Quoi qu’il se soit passé entre ces deux jeunes artistes devenus extrêmement célèbres, leur relation est aujourd’hui très simple. « Nous sommes une famille. Nous nous aimons les uns les autres. »

Cette famille comprend le mari de Barbra Streisand, James Brolin. « Je lui ai sauvé la vie », annonce Gould. Et c’est vrai — c’était à l’écran, dans le thriller conspirationniste de 1978, Capricorn One. Gould rit. Moi aussi.

Ce travail lui a valu des amitiés qui ont survécu aux personnes avec lesquelles il les a partagées, à l’instar de Donald Sutherland, son partenaire dans *M*A*S*H*. « Donald était mon meilleur ami. » Etaient-ils restés proches ? « Bien sûr. Nous avons fait deux autres films ensemble, et nous nous parlions toujours. J’aimais Donald. Je l’aime toujours. »

Sutherland est mort en 2024, mais Gould rappelle une phrase que l’un de ses enfants lui a dite : « Un de mes bébés m’a dit : ‘Peu importe combien de temps tu vis, du moment que tu sais que tu es vivant, n’est-ce pas, papa ? Et on n’est pas mort tant qu’on n’est pas oublié.’ »

De gauche à droite, les membres de la distribution George Clooney, Elliott Gould, Brad Pitt, Catherine Zeta-Jones et Matt Damon arrivent pour la première d’« Ocean’s Twelve » au Grauman’s Chinese Theater de Hollywood, le 8 décembre 2004. (AP Photo/Kevork Djansezian)

Le jour de cette interview, trois jours avant son anniversaire, le 17 septembre, je lui demande s’il a des projets. « Savourer cet anniversaire », réplique-t-il.

C’est alors que le Gould philosophe revient, une ultime fois. « Je suis tellement, tellement heureux d’être en vie, de pouvoir communiquer et partager une partie de mon expérience, de mes croyances et de mes connaissances. On n’est jamais trop vieux pour apprendre. »

C’est peut-être là le véritable lien entre Gould et le rabbin du passé auquel il prête sa voix.

Legend of Destruction parle de ce qui a été détruit il y a de cela près de 2 000 ans. Mais l’histoire de Yohanan ben Zakkai parle de ce qui ne l’a pas été : le savoir, la foi, la mémoire et la possibilité de transmettre.

Gould l’a bien compris.

Il n’y a pas de fin.

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