Le 21 février 2025, quelques heures avant la libération d’Omer Shem Tov après quelque 500 jours de captivité à Gaza, sa mère, Shelly, avait publié sur sa page Facebook une vidéo dans laquelle elle évoquait un Shabbat auquel elle avait assisté dans un hôtel de Jérusalem, un an auparavant.
« Rien n’arrive par hasard : tout vient de Lui », avait écrit Shelly.
« Il y a exactement un an, à la veille du Shabbat où était lue la paracha [portion hebdomadaire de la Torah] Mishpatim, nous avons été invités à un Shabbat organisé pour les familles des otages.»
« C’était le premier Shabbat de ma vie que j’observais selon la halakha [loi juive orthodoxe] », avait-elle poursuivi.
« Ce jour-là, j’ai pris la décision de respecter le Shabbat, et depuis, je l’ai respecté toute l’année. Mais plus que je n’ai respecté le Shabbat, c’est le Shabbat qui m’a respectée. Et si Dieu le veut, ce Shabbat, je pourrai serrer mon Omer dans mes bras, exactement un an plus tard. »
Shem Tov avait été enlevé par des terroristes palestiniens du Hamas lors du festival Nova, en même temps que ses amis Maya et Itay Regev, le samedi 7 octobre 2023.
Lorsque les Regev avaient été relâchés dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2023, Itay, qui avait été détenu avec Omer, avait révélé que son ami avait commencé à observer le Shabbat autant que possible. Shem Tov utilisait ainsi un morceau de papier toilette en guise de kippa et il évitait d’allumer la lampe torche qui était sa seule source de lumière le vendredi soir. Il mettait également de côté une demi-bouteille de jus de raisin qui leur avait été donnée, et il en buvait une gorgée chaque semaine après avoir récité le Kiddouch, qui sanctifie le Shabbat, comme il l’a lui-même rapporté dans des interviews après sa libération.
Si la famille Shem Tov observait certaines traditions juives avant l’enlèvement d’Omer, elle s’était considérée comme laïque jusqu’à ce moment-là. Pendant les dix-sept mois qu’avait duré le calvaire d’Omer à Gaza, sa famille en Israël s’était progressivement rapprochée des pratiques juives.
Les Shem Tov ne sont pas un cas isolé.
L’accord de cessez-le-feu entré en vigueur entre les mois de janvier et février 2025 – un accord conclu entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas – avait permis la libération de 23 otages juifs retenus depuis le 7 octobre, ainsi que de deux Israéliens souffrant de troubles psychiques qui s’étaient volontairement rendus à Gaza plusieurs années auparavant, de cinq otages thaïlandais. Huit corps sans vie de captifs avaient également été rapatriés.
Au cours de ces semaines d’espoir et de chaos, alors que le pays retenait son souffle, qu’il assistait au retour des otages et qu’il pleurait les huit dépouilles ramenées dans des cercueils, beaucoup de ceux qui étaient revenus avaient révélé comment, pendant leur captivité, ils avaient trouvé une nouvelle voie spirituelle. Cela avait notamment été le cas de certaines personnes pourtant issues de milieux complètement laïques.
Au moins douze des vingt-trois anciens otages avaient déclaré avoir découvert un nouveau sens aux rituels juifs pendant leur séquestration dans les tunnels du Hamas.
Selon deux psychologues cliniciens qui se sont entretenus avec le Times of Israel, ce phénomène n’est pas surprenant.
La docteure Einat Yehene, responsable de la réadaptation au sein de la division Santé du Forum des familles des otages, chercheuse, neuropsychologue clinicienne et psychologue experte en réadaptation, raconte qu’il n’était pas rare que la relation entretenue avec la foi change à la suite d’événements dramatiques qui bouleversent la vie humaine.
« C’est quelque chose dont j’ai été témoin tout au long de ma carrière auprès de personnes ayant vécu des événements bouleversants, comme des accidents de voiture, des blessures graves, la mort ou d’autres pertes », indique-t-elle.
« Les gens deviennent soit plus religieux, soit plus laïcs lorsqu’ils traversent une crise de foi, car ils en viennent à croire que si Dieu ou une puissance protectrice existait dans ce monde, cela ne leur serait pas arrivé », explique Yehene.
Yehene note que d’après ce qu’elle a pu observer dans les cas des otages et de leurs familles, plus de personnes ont trouvé la foi qu’ils ne l’ont perdue.
« Cette situation [de captivité] plonge les otages et leurs familles dans un sentiment d’impuissance écrasant », constate la psychologue.
« Lorsque les gens se sentent impuissants, ils auront davantage le sentiment de contrôler les choses en croyant que, si ce n’est pas eux, alors c’est qu’il doit y avoir quelqu’un d’autre qui va régler la situation. »
Yehene dit que l’idée d’une puissance supérieure peut également aider les otages et leurs familles à donner un sens à l’épreuve qu’ils traversent.
« Les gens ont besoin de trouver un sens aux événements traumatisants afin de pouvoir les intégrer dans le récit de leur vie et de pouvoir supporter leurs conséquences négatives », souligne-t-elle.
« Ils ont besoin de trouver des réponses à des questions telles que : pourquoi cela m’est-il arrivé, pourquoi à moi et pas à d’autres, que puis-je en tirer comme leçon ? »
Selon la psychologue, l’idée qu’il existe quelque chose de plus grand que soi dans l’univers peut aider à trouver ces réponses.
Un Shabbat pour « impressionner » Dieu
Le Shabbat auquel Shelly Shem Tov avait participé était organisé par l’ONG Kesher Yehudi.
Créée en 2012, Kesher Yehudi s’était principalement concentrée, jusqu’au 7 octobre, sur le rapprochement entre Israéliens ultra-orthodoxes et laïcs, dans le cadre de partenariats d’étude (hevrutah, en hébreu), afin de favoriser l’unité entre les différentes divisions de la société, comme l’explique sa fondatrice, Tzili Schneider, dans une interview vidéo accordée au Times of Israel.
« Nous travaillons à rapprocher les deux parties de la société les plus éloignées l’une de l’autre », commente cette mère de onze enfants.
Au fil des ans, Kesher Yehudi a mis en relation environ 17 000 tandems d’étude, dont 6 000 sont toujours actifs.
Lorsqu’on lui demande si le programme a pour objectif le kiruv, ou « rapprochement », terme en hébreu qui désigne le fait de persuader les gens de devenir plus pratiquants, Schneider répond : « Le kiruv est un objectif important, mais il s’agit d’un kiruv différent : rapprocher les gens afin qu’ils se sentent plus proches, comme des frères et des sœurs. »
Schneider déclare que l’un des éléments qui l’a incitée à s’impliquer auprès des otages a été le fait que l’un des jeunes hommes enlevés à Nova avait maintenu un lien très fort avec son partenaire d’étude ultra-orthodoxe – ou haredi. Elle souligne que la communauté haredi en Israël devrait s’impliquer davantage dans le sort des personnes détenues à Gaza.
Schneider se souvient comment, au début de l’année 2024, elle a décidé de se rendre dans une tente installée à Jérusalem par la famille d’un otage, en compagnie de son amie Yaffa Deri (épouse du chef du parti haredi séfarade Shas, Aryeh Deri).
« J’ai rencontré huit ou neuf familles, soit une trentaine de personnes, dont aucune n’observait le Shabbat », se souvient Schneider.
Elle raconte ses discussions avec les personnes présentes. Elle leur avait demandé à qui s’adressait leur slogan : « Ramenez-les chez eux maintenant. »
« Je leur ai demandé : Vous vous adressez à [Yahya] Sinwar, qui les a kidnappés ? Ils m’ont répondu que non. Alors vous vous adressez à [l’ancien président américain Joe] Biden ? Ils m’ont répondu qu’il semblait être incapable de le faire. Et Bibi [le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu] ? ‘Peut-être’, m’ont-ils répondu. »
Pourtant, les familles avaient exprimé leur scepticisme quant à la capacité même de Netanyahu à ramener leurs proches à la maison.
« Je leur ai demandé à qui ils s’adressaient, si ce n’était pas à Sinwar, ni à Biden, ni à Bibi ; je leur ai demandé qui, selon eux, pourrait ramener les otages », dit Schneider.
« Ce fut un moment très émouvant, car tous les yeux et toutes les mains étaient tournés vers le ciel. »
Une mère dont le fils avait été enlevé, qui se trouve toujours à Gaza, lui a confié qu’elle croyait que Dieu pouvait sauver son enfant car, d’après tout ce qu’elle avait entendu sur sa capture, il aurait dû être mort. Le fait qu’il soit encore en vie signifiait donc pour elle que Dieu veillait sur lui. (50 otages sont toujours retenus à Gaza, dont au moins 28 ont été confirmés morts par Israël).
Schneider dit que cette mère et elle sont depuis devenues des amies proches et qu’elles se parlent tous les soirs.
Après que les personnes présentes dans la tente ont semblé convenir que seul Dieu pouvait sauver les otages, Schneider avait proposé aux familles de prendre des mesures « pour l’implorer ».
Dans son entretien avec le Times of Israel, Schneider invoque le concept de hishtadlout, une forme de foi qui met l’accent sur les efforts proactifs pour atteindre un objectif tout en reconnaissant que le résultat dépend en fin de compte de la volonté de Dieu. Les sages juifs opposent cela à la bitahon, une forme de confiance qui implique de s’en remettre entièrement à la volonté de Dieu, sans entreprendre aucune action personnelle.
« Je sais que la guerre a commencé à Shabbat » avait déclaré Schneider aux familles des otages.
« Peut-être que nous le persuaderons en faisant quelque chose pour honorer Shabbat. »
Schneider avait suggéré de respecter ensemble « un Shabbat kehilchata » (selon la loi juive orthodoxe).
« Je leur ai immédiatement dit que je ne leur promettais pas que cela ramènerait leurs enfants, mais que je pouvais leur promettre que c’était la bonne chose à faire », précise-t-elle.
« Je leur ai dit que respecter un Shabbat selon la loi juive ferait forte impression sur Dieu. »
Après ce premier Shabbat, Kesher Yehudi a organisé plusieurs autres shabbatonim pour les familles des otages ou les survivants de Nova, en plus des rassemblements de prière et des célébrations de fêtes. Des familles et des jeunes haredim ont également participé à ces événements.
« J’ai été très impressionné par le messirout nefesh [acte de sacrifice de soi] de certains survivants de Nova », se souvient Schneider.
« Pour moi, le Shabbat est un moment agréable, je n’ai pas besoin de me sacrifier pour le respecter », ajoute-t-elle.
« Mais je les ai vus se passer de cigarette, s’arracher les cheveux, me demander quand cela allait finir ; je leur disais que même respecter Shabbat pendant quelques heures était important pour Dieu, mais ils insistaient pour respecter Shabbat dans son intégralité afin de pouvoir dire qu’ils avaient fait quelque chose pour leurs amis. »
Schneider a également raconté la manière dont la mère d’un otage avait participé à une réunion de prière organisée par Kesher Yehudi au Tombeau de Rachel, près de Bethléem, en Cisjordanie.
« Elle a prié pour recevoir un signe de vie de son fils. Le lendemain, le Hamas a publié une vidéo de propagande le montrant », a-t-il raconté.
« Après cela, elle a appelé et elle a dit qu’elle aurait dû prier pour sa libération. »
Selon Yehene, le fait de favoriser un sentiment de connexion est un facteur susceptible d’inciter les proches des otages à se rapprocher de la religion.
« Ils adoptent toutes sortes de pratiques spirituelles pour maintenir le lien avec l’otage, pour lui envoyer de l’énergie », explique-t-elle.
« Parfois, ils font même toutes sortes de promesses, comme s’ils faisaient un vœu : ils promettent de se livrer à davantage de pratiques religieuses si l’otage est sain et sauf et qu’il revient. »
Le besoin de se différencier de ses geôliers
Certains otages ont peut-être adopté davantage de rituels juifs pendant leur captivité afin de se différencier de leurs geôliers musulmans, comme technique de survie, selon Yehene.
« Leur identité religieuse juive devient plus importante », explique-t-elle, car les otages en ont besoin pour réagir ou pour se protéger face à leurs ravisseurs musulmans.
L’ancienne soldate de surveillance Agam Berger est un cas emblématique d’otage libérée qui a embrassé son identité religieuse juive. Peu après avoir été relâchée des geôles de Gaza le 30 janvier 2025, alors qu’elle était transportée à l’hôpital à bord d’un hélicoptère militaire, elle avait brandi un tableau sur lequel on pouvait lire : « J’ai choisi la voie de la foi et je suis revenue par la voie de la foi… Il n’y a pas d’autre Dieu que le Créateur. »
Des rumeurs circulaient depuis quelque temps déjà sur le fait que cette jeune femme de 20 ans observait le Shabbat et d’autres aspects de la loi juive pendant sa captivité. Parallèlement, ses parents, qui se battaient pour sa libération, avaient également trouvé un nouveau sens à la religion.
« Trois semaines après l’enlèvement d’Agam, nous avons apporté un rouleau de la Torah dans sa chambre, en attendant son retour », avait raconté sa mère, Merav, lors d’un événement organisé au musée ANU de Tel Aviv en mai.
« Je pensais qu’il n’était pas approprié qu’une Torah reste simplement dans une chambre, alors nous avons créé une synagogue au rez-de-chaussée de notre immeuble, où nous priions tous les vendredis soirs et les samedis matins. »
« Agam a été kidnappée parce qu’elle était juive », avait-elle ajouté. À Gaza, « elle refusait de manger de la viande [car elle n’était pas casher] et elle ne mangeait pas de hametz [aliments levés] pendant Pessah, et, à un moment donné, elle avait reçu un siddour [livre de prières] et priait tous les jours ».
Dans une tribune libre publiée dans le Wall Street Journal, Berger avait raconté que le terroriste du Hamas qui la retenait en otage avait tenté de la contraindre à se convertir à l’islam.
« Notre foi et notre alliance avec Dieu, l’histoire dont nous nous souvenons à Pessah, sont plus puissantes que n’importe quel ravisseur cruel », avait-elle écrit.
Selon le rabbin David Stav, du groupe rabbinique de la mouvance Modern Orthodox, Tzohar, la franchise de Berger au sujet de sa foi a peut-être inspiré d’autres otages à partager leurs expériences juives, qui ont ensuite été relayées avec enthousiasme par des Israéliens et des médias.
« Je pense que cela montre que la société israélienne après le 7 octobre n’est plus ce qu’elle était auparavant. [Les pratiques juives] ne sont plus considérées comme exotiques ou étranges, mais comme faisant partie de l’identité de tous », déclare Stav au Times of Israel par téléphone.
Le rabbin souligne également que le choix des familles des otages de s’engager dans de bonnes actions pour leurs proches en danger ne se limite pas à des actes religieux.
« J’ai rencontré une famille la semaine dernière qui m’a expliqué comment elle comptait faire le bien pour soutenir son fils, retenu en captivité », raconte-t-il.
« L’un des membres de cette famille m’a demandé de raconter l’histoire de son fils afin d’inspirer les gens à faire le bien. Il n’est pas devenu pratiquant, mais il a décidé de devenir une meilleure personne. »
Stav, qui participe régulièrement aux rassemblements organisés sur la Place des Otages à Tel Aviv, estime que de nombreuses personnes touchées par la crise des otages espéraient un soutien plus important de la part des Israéliens religieux et qu’elles sont déçues par leur silence.
« Le réveil juif n’est pas le fait des religieux ou des rabbins », affirme-t-il.
« Il se produit malgré eux. »
Un langage particulier aux anciens otages
Selon Yehene, pour de nombreux otages libérés lors du cessez-le-feu de janvier-février, la pratique du judaïsme fait désormais partie intégrante de leur identité d’ancien otage, en particulier pour ceux qui ont été captifs et qui ont observé les rituels ensemble.
« Le fait que beaucoup aient pratiqué le judaïsme ensemble fait vraiment partie de leur solidarité, de leur culture en captivité », déclare-t-elle.
« C’est presque comme s’ils avaient développé leur propre langage. »
Shir Siegel, la fille de Keith, qui avait été enlevé dans le kibboutz de Kfar Aza et qui avait été libéré le 1ᵉʳ février, a raconté dans une interview accordée à la Quatorzième chaîne, quelques semaines après sa libération, que, pendant sa captivité, son père récitait les bénédictions avant les repas et la prière fondamentale juive, le Shema Yisrael – « Écoute, Israël » -, ce qu’il n’avait jamais fait de sa vie.
Elle a ajouté que pour le premier Shabbat à la maison, la famille avait demandé à Keith ce qui lui ferait plaisir.
« Je m’attendais à ce qu’il veuille un plat qu’il aime ou une bonne challah, mais il a répondu : ‘Tu sais ce que je veux plus que tout ? Une kippa et un verre de Kiddouch’ », a-t-elle raconté.
Une mission pour le mouvement Habad
Les familles Berger et Siegel avaient également figuré parmi les participants au Shabbat organisé par Kesher Yehudi, au mois de février 2024.
Kesher Yehudi n’est qu’une des nombreuses organisations religieuses qui s’occupent à différents titres des otages et de leurs familles.
Des événements et des initiatives en faveur des otages ont notamment été promus par Aish HaTorah et par la militante haredi Riki Sitton, qui a été invitée à allumer l’un des flambeaux lors de la célébration du 77ᵉ Yom HaAtsmaout, le Jour de l’Indépendance d’Israël, au mois de mai, en reconnaissance de son travail.
En novembre 2023 déjà, le mouvement hassidique Habad Loubavitch avait organisé un vol charter pour environ 170 membres des familles d’otages afin qu’ils se rendent aux États-Unis pour une visite intense, qui avait commencé par une escale à New York pour prier à l’Ohel, le lieu de repos du défunt Rebbe Menachem M. Schneerson.
Le voyage comprenait également la Marche pour Israël à Washington, qui a rassemblé 300 000 personnes.
Depuis, les familles des otages et les otages libérés se rendent régulièrement à l’Ohel.
« Je ne suis pas une personne pratiquante, mais ce qui m’a donné la force d’arriver dans cet endroit sombre, à 50 mètres sous terre, c’est de réciter chaque jour le Shema Yisrael », avait expliquél’ancien otage Eli Sharabi lors de sa visite sur le site au mois d’avril, dans une vidéo partagée avec le Times of Israel par un porte-parole de la communauté Habad. Sharabi avait été relâché le 8 février 2025 et il avait alors appris que son épouse et ses deux filles avaient été massacrées le 7 octobre 2023, et que son frère Yossi avait été assassiné en captivité.
L’une des personnes qui avait aidé à coordonner ce premier voyage depuis Israël au mois de novembre 2023, notamment en apportant un soutien logistique aux familles, était le rabbin Mendy Naftalin, membre de la communauté Habad.
Naftalin déclare au Times of Israel qu’environ trois semaines après le 7 octobre, il avait été approché par Yossi Rabinovitz, un entrepreneur du secteur de la haute technologie et membre du mouvement Habad comme lui, qui avait été chargé par un représentant du Forum des familles des otages et des portés-disparus de trouver un membre du mouvement disposé à se porter volontaire pour le forum.
« Le forum s’efforçait de toucher toutes sortes de personnes et de communautés en Israël, et en outre, Habad entretient des liens très forts à l’étranger », note Naftalin.
Naftalin, qui était alors âgé de 23 ans et n’avait pas encore été ordonné rabbin, décrit ses débuts en tant que bénévole au sein du forum, à une époque où l’organisation et le pays tout entier étaient encore plongés dans le chaos après les massacres.
« À mon arrivée, j’ai essayé de déterminer ce que je pouvais faire, et j’ai décidé de rester en contact avec les émissaires Habad du monde entier afin d’amener les familles des otages à visiter leur pays et de sensibiliser ainsi l’opinion internationale », explique-t-il.
Naftalin se souvient s’être senti un peu perdu au début, seul ultra-orthodoxe vêtu de sa tenue Habad noire et blanche, dans un endroit où il y avait très peu de personnes pratiquantes.
« C’étaient des familles kibboutzniks, ashkénazes, pas vraiment ultra-orthodoxes, mais j’avais un autre moyen de trouver un point commun », a-t-il expliqué.
« Je parle un peu yiddish, et c’est ainsi que j’ai commencé à tisser des liens avec eux. »
Au fur et à mesure qu’il a rencontré de plus en plus de proches des otages, qu’il a écouté leurs histoires et qu’il a travaillé avec eux, Naftalin a développé des liens profonds avec beaucoup d’entre eux, qu’il entretient encore aujourd’hui, dit-il, même s’il a déménagé à Madrid il y a quelques mois pour y devenir un nouvel émissaire Habad.
Entre autres choses, Naftalin raconte avoir aidé à organiser des campagnes invitant le public à accomplir des mitzvot (commandements) spécifiques, telles qu’allumer les bougies du Shabbat ou réciter le Shema pour prier pour le retour des otages, en étroite collaboration avec les familles.
« Je n’avais jamais fait de telles choses, et soudain, j’ai dû trouver comment m’y prendre », se souvient-il.
« J’ai simplement passé des coups de fil, les uns après les autres », explique-t-il.
« La plus grande campagne que nous avons coordonnée concernait Bar Kupershtein. Nous avons invité les gens à allumer des bougies pour lui pendant le Shabbat qui a précédé Pessah [2024]. Je m’en souviens bien, car cela tombait le jour de l’anniversaire du Rebbe. »
Foi ou destin : la religion comme outil pour surmonter un traumatisme
Yehene note que le renouveau religieux semble particulièrement important chez les otages libérés au début de l’année 2025, plus encore que chez ceux qui avaient été relâchés dans le cadre de l’accord conclu au mois de novembre 2023. La durée plus courte de la captivité en 2023, ainsi que la présence d’enfants, auront peut-être créé une dynamique différente.
Elle souligne toutefois que, même si l’accent mis sur la tradition juive semble particulièrement fort dans les mois qui ont suivi ces libération, il pourrait s’agir d’une phase de transition.
« Nous ne savons pas si cela durera dans les années à venir », déclare-t-elle.
Interrogée sur le fait de savoir si le renforcement de l’identité religieuse pendant une crise pouvait être considéré comme un phénomène positif ou négatif, Yehene explique que les croyances religieuses sont susceptibles de jouer un rôle crucial dans la gestion des traumatismes.
« Les croyances religieuses, ou spirituelles, qui ne sont pas nécessairement liées au judaïsme, aident les gens parce qu’elles les aident à accomplir leurs tâches quotidiennes ; elles leur donnent le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand, qu’ils ne sont pas seuls », a-t-elle ajouté.
« Ces outils sont très utiles. »
Des observations qui sont reprises par un autre psychologue clinicien, le Dr. David Senesh.
Spécialiste du syndrome de stress post-traumatique (TSPT) et des traumatismes intergénérationnels, Senesh partage avec le Times of Israel son point de vue sur la spiritualité récemment découverte des anciens otages et de leurs proches, en sa qualité d’expert dans ce domaine, mais aussi à partir de son expérience personnelle tragique.
Neveu de la poétesse sioniste emblématique Hannah Senesh, il avait été capturé par l’armée égyptienne pendant la Guerre de Kippour en 1973. Il avait été emprisonné et torturé pendant 40 jours. Il avait ensuite été libéré avec quelque 200 prisonniers de guerre israéliens au mois de novembre de la même année.
« Quand vous sortez d’une telle expérience, vous êtes bien sûr en pleine crise existentielle », déclare-t-il.
« Une fois que vous avez pris soin de tous les autres besoins, physiques et émotionnels, il s’agit de savoir comment vous voyez le monde à nouveau. »
« Certaines personnes regardent leur propre histoire, et c’est généralement l’histoire d’un miracle », fait-il remarquer.
« Lorsque les gens reviennent d’une expérience de mort imminente, ils doivent l’attribuer à quelque chose. Certains construisent alors un récit plus grand, dans lequel il y aurait une intervention divine et où tout aurait un sens. »
Senesh souligne que cela n’a jamais été son cas.
« J’étais athée avant, et je le suis toujours aujourd’hui », affirme-t-il.
« Je considère mon propre sauvetage ou ma survie comme un coup du destin, et cela me suffit. »
Il ajoute néanmoins que les croyances peuvent aider à surmonter un traumatisme.
« En tant que thérapeute, je cherche toujours à aider une personne à trouver en quoi croire, qu’il s’agisse d’une entité divine, de son gouvernement ou de ses supérieurs, afin qu’elle puisse trouver un sens à ce qu’elle fait et à ce qu’elle a vécu », a-t-il ajouté.
Senesh explique qu’au cours de sa carrière de psychologue, qui s’étend sur plusieurs décennies, il a fait le choix conscient de ne pas travailler avec d’anciens prisonniers de guerre ou d’anciens otages dans la mesure où leurs expériences auraient été trop proches de son propre vécu. Il sa choisi de se concentrer sur d’autres victimes de traumatismes, notamment sur des enfants victimes de violence domestique.
Senesh et Yehene reconnaissent qu’en raison de leur extrême vulnérabilité, il est crucial que toute personne interagissant avec d’anciens otages et leurs familles fasse preuve d’une grande prudence.
« Dans de telles situations, les gens sont dans un état de détresse et de crise profonde ; ils sont très sensibles et peuvent parfois être manipulés et influencés », indique Senesh.
« Dans ma profession, nous essayons d’aider sans profiter de la situation ni imposer nos idées ou nos croyances », ajoute-t-il.
« Je ne dis pas que les personnes pratiquantes agissent ainsi. Cependant, certaines personnes peuvent apporter leur aide, ce qui est formidable, mais elles peuvent aussi influencer la vision de la vie [des anciens otages et de leurs familles]. Ils sont tellement instables et influençables qu’il faut, selon moi, faire très attention à ne pas le faire. »
Yehene dit qu’elle a assisté à la promotion de valeurs religieuses dans le cadre de son travail au sein du forum.
« Il y a beaucoup d’entités religieuses, de personnes qui souhaitent faire des dons et toutes sortes d’organisations religieuses qui souhaitent s’impliquer auprès des otages », explique-t-elle, sans toutefois donner de noms.
« Il y a toutes sortes d’intérêts, et parfois les otages se plient à ces intérêts en raison de leur propre vision. C’est également quelque chose dont nous devons être conscients. »
Un pont au-dessus d’eaux troubles
Concernant les otages enlevés le 7 octobre, le psychologue souligne que se tourner vers la religion peut être positif, notamment après la rupture de confiance profonde entre eux et l’État.
« L’effondrement de la confiance fondamentale entre [Israël et] les personnes qui ont été prises en otage, avec la manière dont elles ont été prises en otage, la manière dont elles ont été abandonnées, c’est la pire des situations », s’exclame-t-il.
« Je n’ai pas été abandonné, mais eux l’ont été. Une fois qu’ils en sont sortis, il est très difficile de réparer les dégâts. »
Selon Senesh, la religion, en tant qu’entité indépendante de l’État, peut offrir un tel espace.
« La religion est un bon refuge pour les gens », a-t-il déclaré.
« Vous n’avez rien à prouver. Vous n’avez rien à réfuter. Vous pouvez y adhérer si cela vous convient. Si cela rend les gens plus confiants et plus résilients, alors cela fonctionne. »
la Communauté du Times of Israël !
