Jonatan Urich admet avoir reçu « des centaines de milliers de shekels » du Qatar – média
Selon N12, le conseiller du Premier ministre a reconnu avoir travaillé pour Doha après le 7-Octobre ; Nafatali Bennett exige que Benjamin Netanyahu 'dise la vérité au peuple sur ses liens avec le Qatar'
Jonatan Urich, un proche conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’un des principaux suspects dans le scandale du « Qatargate », a reconnu devant les enquêteurs avoir reçu « des centaines de milliers de shekels » du Qatar et avoir travaillé pour Doha avant et longtemps après le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas, a rapporté la chaîne N12 lundi, citant des procès-verbaux d’interrogatoires.
Interrogé sur la date à laquelle il avait cessé de travailler pour les Qataris, Urich a répondu qu’il ne s’en souvenait pas, mais pensait que cela remontait au « milieu ou à la fin de l’année 2024 ».
Le Qatar a accueilli les dirigeants politiques du groupe terroriste palestinien du Hamas tant avant qu’après le 7-Octobre. Le scandale du « Qatargate » porte sur des allégations selon lesquelles des collaborateurs, dont Urich, travaillaient au cabinet du Premier ministre tout en menant simultanément des activités de relations publiques pour le compte du Qatar.
La chaîne N12 a rapporté la semaine dernière qu’Urich s’était rendu en Europe au moins deux fois en 2024 pour rencontrer directement un haut responsable qatari à titre « non officiel », au sujet d’un thème sans rapport avec les négociations sur les otages ou le cessez-le-feu.
Il a précisé que ce travail n’avait « pas lieu en Israël » et que le projet, qui visait à améliorer l’image du Qatar, avait pris fin après qu’Yisrael Einhorn, un ancien conseiller de Netanyahu également soupçonné dans cette affaire, lui avait dit que c’était terminé.
Interrogé sur le montant de sa rémunération pour ce projet au Qatar, Urich a déclaré avoir reçu « des centaines de milliers de shekels », sans toutefois être en mesure de fournir un chiffre exact.
Dans un autre échange rapporté par la chaîne, les enquêteurs lui ont indiqué disposer d’éléments prouvant qu’il avait été rémunéré pour promouvoir les intérêts du Qatar après l’attaque du Hamas du 7-Octobre. Urich a rejeté cette affirmation : « Ce n’est pas vrai. »
Lorsque les enquêteurs lui ont demandé si Netanyahu savait qu’il était payé pour promouvoir les intérêts du Qatar, qui finance depuis longtemps le Hamas et que le gouvernement Netanyahu a accusé de nuire à Israël, Urich a répondu : « Je ne rends pas compte au Premier ministre de ce que je fais. » Il a ajouté qu’ « il y a une énorme différence entre ce qui se passe à l’étranger et ce qui se passe ici ».
Interrogé sur le fait d’avoir informé l’une ou l’autre des parties de ses activités, Urich a expliqué qu’en tant que consultant externe, il n’avait jamais été tenu de le faire. Il a ajouté qu’une campagne menée en 2022 pour améliorer l’image du Qatar à l’approche de la Coupe du monde de football ne l’avait pas empêché d’ « attaquer le Qatar depuis Israël ».
Les enquêteurs ont ensuite évoqué les déclarations de Netanyahu, qui avait affirmé qu’il était « impossible » qu’Urich reçoive de l’argent du Qatar. Ce dernier a rétorqué : « C’est entre lui et moi. »
Urich a affirmé qu’il n’aurait pas participé à la campagne liée à la Coupe du monde sans l’implication du général de division de réserve Yoav « Poli » Mordechaï, qu’il a décrit comme quelqu’un qui lui était « cher », ainsi que d’anciens responsables du Mossad. « Je ne voyais pas de problème moral dès lors que ces personnes respectées y participaient », a-t-il déclaré.
Mordechaï a également été interrogé et fait l’objet de soupçons liés au « Qatargate ». En conséquence, il a été suspendu de l’équipe israélienne chargée de négocier la libération des otages alors détenus par le Hamas à Gaza.
Lorsque les enquêteurs lui ont demandé comment il avait pu continuer à travailler pour le Qatar après l’assaut du Hamas du 7 octobre 2023, Urich a répondu : « Je n’y voyais aucune contradiction. Je ne considère pas cela comme un problème moral. » Il a également affirmé : « Je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit d’immoral ou de non professionnel. »
Urich a été mis en examen en juin pour avoir prétendument transmis des informations classifiées dans l’intention de porter atteinte à la sécurité de l’État, dans le cadre de l’affaire dite « Bild ».
Le parquet a tenté en vain de lui interdire l’accès au bureau du Premier ministre. Urich continue de travailler en étroite collaboration avec Netanyahu.
Le Qatar et Israël n’entretiennent pas de relations diplomatiques, même si Doha a joué un rôle clé de médiateur dans les négociations avec le Hamas pendant la guerre à Gaza, et entretient des liens étroits avec les États-Unis, en particulier sous la présidence de Donald Trump.
Pour compliquer encore davantage les relations d’Israël avec ce pays du Golfe, le Qatar fournit régulièrement d’importantes sommes d’argent à Gaza depuis plus d’une dizaine d’années, dont une grande partie aurait servi à financer la branche armée du Hamas. Ces versements avaient été publiquement encouragés par Netanyahu afin d’éviter une catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza et de maintenir le calme.
Bennett : le Premier ministre doit expliquer au peuple ce qui se passe entre lui et le Qatar
Réagissant à ce reportage, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, chef du parti d’opposition Beyahad, a exigé que Netanyahu explique immédiatement au peuple « ce qui se passe entre vous et le Qatar ».
Bennett a réitéré son affirmation selon laquelle cette affaire constitue « le cas de trahison le plus grave de l’Histoire de l’État d’Israël ».
Alors que les soldats israéliens menaient une guerre à Gaza, « au cœur même du “saint des saints” de la sécurité israélienne [au bureau du Premier ministre], un groupe d’agents et de traîtres travaillait pour un État ennemi », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que Netanyahu devait se présenter « aujourd’hui, ce soir, tout de suite, devant le peuple d’Israël, et expliquer ce qui se passe entre lui et le Qatar ».
Bennett a qualifié le Qatar de « plus dangereux » pour Israël que l’Iran, et s’est engagé à déclarer ce pays du Golfe comme État ennemi si son parti intégrait une coalition gouvernementale à l’issue des élections de la semaine prochaine.
Le scandale du « Qatargate » a été un sujet brûlant durant la campagne électorale de cette année. Jeudi, le Likud, le parti de Netanyahu, a annoncé que le Premier ministre allait poursuivre en justice son ancien chef de cabinet, Yoav Horowitz, après que cet ancien collaborateur – désormais personnalité influente du parti d’opposition Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot – eut déclaré que le Premier ministre devait être considéré comme un « agent qatari ».
Bien que Netanyahu ait témoigné devant la police dans le cadre de l’enquête en cours sur le « Qatargate », il n’a pas été désigné comme suspect. Les collaborateurs du Premier ministre ont nié toute malversation.