Qatargate : un responsable suspendu de l’équipe des négociations sur les otages
La police a interdit à Mordechai de participer aux négociations pendant 14 jours, après avoir jugé son témoignage « problématique » lors d'un interrogatoire la semaine dernière
Le général de division (réserve) Yoav « Poli » Mordechai a été suspendu de l’équipe de négociateurs israéliens chargés des pourparlers avec les preneurs d’otages à la suite des derniers développements de l’enquête en cours sur le « Qatargate ».
Après avoir interrogé Mordechai jeudi dernier, les enquêteurs de la police auraient jugé son témoignage « problématique » – sans toutefois fournir plus d’informations-, conduisant ainsi à une suspension de 14 jours dans ce dossier sensible, ont rapporté dimanche les médias israéliens.
Depuis un an et demi, Mordechai, l’ancien chef de l’unité de liaison palestinienne du COGAT (Coordination des affaires civiles dans les territoires palestiniens) du ministère de la Défense, eoccupe les fonctions d’adjoint du général de division (réserve) Nitzan Alon, lui-même envoyé spécial de Tsahal pour les négociations relatives aux otages, qui impliquent des pourparlers avec des médiateurs qataris.
La semaine dernière, Mordechai a été interrogé pour la deuxième fois par les enquêteurs. Son premier interrogatoire, qui portait sur des soupçons de contacts avec un agent étranger et d’acceptation de pots-de-vin, avait eu lieu au début du mois de juillet.
À l’époque, des informations indiquaient que sa société, Novard, avait transféré des sommes importantes à Jonatan Urich, un proche collaborateur du Premier ministre Benjamin Netanyahu et suspect clé dans cette affaire. Ces fonds étaient destinés à financer une campagne en ligne visant à améliorer l’image du Qatar en Israël.
Ces dernières années, Novard a représenté les sociétés Rafael et Elbit dans la commercialisation de produits de défense auprès du gouvernement qatari, a rapporté le site d’information Ynet.
D’après certaines informations, la société aurait également, dans le cadre d’une campagne visant à redorer l’image du Qatar à l’approche de la Coupe du monde 2022, signé un contrat avec l’agence de relations publiques Perception appartenant à Srulik Einhorn, un ancien collaborateur de Netanyahu. Urich travaillait également pour Perception au moment de la campagne.
Au sujet de l’interdiction de deux semaines de toute implication dans l’affaire des otages qui lui a été signalée, Mordechai a souligné avoir « toujours respecté strictement la lettre de la loi, et aidé l’État d’Israël chaque fois que cela était nécessaire ».
« Et même dans ce cas, bien que tout ait été réalisé de manière ouverte et transparente et signalé conformément à la loi, je ferai tout ce qui est nécessaire pour apporter mon aide aux autorités judiciaires pour leur permettre de découvrir la vérité et j’agirai selon leurs instructions. La vérité une fois établie prouvera que ma conduite n’a jamais présenté ni irrégularité, ni faute », a-t-il affirmé dans un communiqué rendu public par son avocat, Gadi Zilbershlag.
Selon la chaîne N12, la semaine dernière, durant une audience devant le tribunal concernant les restrictions imposées à Urich, l’avocat de ce dernier a fait valoir que les dites restrictions étaient injustes. Il a en effet souligné que Mordechai et d’autres personnalités interrogées dans le cadre de cette affaire avaient été autorisées à reprendre leurs fonctions professionnelles, notamment chez Novard, et que d’autres anciens responsables de la sécurité faisant l’objet d’une enquête continuaient de travailler avec des hauts responsables du gouvernement.
« Mordechai, qui a été entendu, ainsi que toutes les personnes interrogées ont pu reprendre leur travail », a déclaré Noa Milstein, l’avocate d’Urich. « Plusieurs anciens hauts responsables de la défense travaillent désormais avec des hauts responsables du gouvernement. Maintenir M. Urich ‘à l’isolement’ n’a donc aucun sens. »
Après le premier interrogatoire de Mordechai, en juillet, l’armée israélienne avait salué son travail de négociateur dans les pourparlers en vue de la libération des otages.
« Même s’il ne négocie pas directement avec les médiateurs, sa contribution est extrêmement importante, et parfois même cruciale pour les efforts déployés », avait alors rapporté l’armée israélienne. « Tout au long du processus, il a fait preuve de courage et d’impartialité dans ses prises de position professionnelles, contribuant ainsi grandement à l’accomplissement de la mission. »








