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En route pour Paris, Netanyahu défend les fonds qataris versés à Gaza

Sur le tarmac, le Premier ministre a dit qu'il fera le nécessaire pour soulager la crise humanitaire dans l'enclave et nié tout lien avec l'affaire des sous-marins

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un employé du gouvernement du Hamas palestinien signe pour recevoir 60 % de son salaire alors que les autres fonctionnaires font la queue, au principal bureau de poste de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit :  AP/Adel Hana)
Un employé du gouvernement du Hamas palestinien signe pour recevoir 60 % de son salaire alors que les autres fonctionnaires font la queue, au principal bureau de poste de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : AP/Adel Hana)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a défendu samedi la permission accordée au Qatar de financer les salaires des fonctionnaires à Gaza, affirmant que cette entrée de liquidités est nécessaire pour empêcher une catastrophe humanitaire au sein de l’enclave côtière.

Netanyahu a tenu ces propos avant d’embarquer dans un avion pour Paris pour le centenaire de l’armistice de la guerre 1914-1918, confirmant qu’il ne rencontrera pas le président russe Vladimir Poutine lors de ce déplacement. Il a également pris ses distances face au dossier de corruption relatif à l’acquisition de sous-marins qui implique plusieurs de ses anciens associés.

Netanyahu a expliqué qu’il fera « tout ce qui est en [mon] pouvoir » pour le retour au calme parmi les habitants des zones frontalières à Gaza et pour empêcher une crise humanitaire dans l’enclave. Il a également déclaré qu’autoriser l’entrée des fonds qataris dans l’enclave était « la bonne chose à faire ».

« Cela a été fait – moyennant certaines conditions – afin d’empêcher une crise humanitaire », a-t-il indiqué au sujet de cette initiative qui est également soutenue par les militaires et par le cabinet de sécurité de haut-niveau.

« Nous avons eu des discussions sérieuses. C’est une question d’alternatives », a-t-il ajouté.

« Quand vous êtes au pouvoir, il y a toujours un prix à payer », a souligné le Premier ministre.

Une petite élève palestinienne court pour se protéger des fortes pluies alors qu’elle rentre à son domicile de Gaza City, le samedi 10 novembre 2018 (Crédit : AP/Hatem Moussa)

Vendredi, 15 millions de dollars en liquide offerts par le Qatar sont entrés dans plusieurs valises pour payer les salaires des fonctionnaires palestiniens de Gaza avec pour objectif d’apaiser les tensions au sein de ce territoire défavorisé.

Ce sont 90 millions de dollars au total qui seront distribués en six versements mensuels de 15 millions, selon les autorités, en premier lieu pour honorer les salaires des responsables qui travaillent pour le Hamas.

Des Palestiniens jettent des pierres sur un véhicule militaire pendant une manifestation à proximité de la frontière entre Israël et Khan Yunis dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)

Le Qatar a aussi fait savoir qu’il donnerait 100 dollars à chacune des 50 000 familles plongées dans la pauvreté ainsi que des sommes plus importantes aux Palestiniens blessés lors des affrontements survenus le long de la frontière de Gaza avec Israël.

 

Sous les auspices de l’ONU, le Qatar a également accepté de financer pendant six mois, pour 60 millions de dollars, du fioul destiné à la seule centrale électrique du territoire. Les livraisons débutées en octobre, avec l’aval israélien, ont commencé à résorber partiellement une pénurie chronique de courant. L’Autorité palestinienne s’était opposée à ces livraisons.

Le Qatar serait impliqué aux côtés de l’Egypte et des Nations unies dans les efforts visant à conclure un accord de cessez-le-feu ou de trêve à long terme entre Gaza et Israël.

« J’ignore tout des sous-marins »

S’adressant aux journalistes samedi au moment où il embarquait dans son avion en partance pour Paris, peu avant minuit, Netanyahu a également cherché à se distancer des recommandations émises par la police qui a prôné l’inculpation de plusieurs de ses anciens hommes de confiance dans un dossier consacré à l’acquisition de sous-marins et de plusieurs autres vaisseaux auprès du constructeur naval allemand ThyssenKrupp.

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Posted by Benjamin Netanyahou on Saturday, 10 November 2018

Netanyahu, rattrapé dans trois autres affaires de corruption, n’a pas été désigné comme suspect dans ce dossier même s’il a été interrogé au cours de l’enquête.

Jeudi, la police a recommandé l’inculpation de David Shimron, cousin et ancien avocat du Premier ministre, qui aurait servi d’intermédiaire dans cette affaire de pots-de-vin, ainsi que celle de l’ancien chef de la marine, de l’ex-conseiller à la Sécurité nationale de Netanyahu et d’autres.

Le Premier ministre a accusé les médias de « ne pas hésiter à m’accuser des choses les plus absurdes, de choses qui ne tiennent pas debout… Mais dans ce dossier, il n’y en a même pas eu une seule absurdité de ce type ».

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

Shimron a expliqué jeudi que Netanyahu n’avait pas eu connaissance de ses tractations secrètes.

« Vous saviez que j’ignorais tout », a déclaré samedi Netanyahu aux journalistes. « Je suggère d’attendre jusqu’à la fin des procédures et de ne pas se prêter à un jugement précipité ».

Pas de rencontre avec Poutine

Dimanche matin, Netanyahu va participer aux deux principaux événements commémorant la fin des combats, le 11 novembre 2018, organisés place de la Concorde et à l’Arc de Triomphe, dans le centre de Paris.

Des dizaines de chefs d’Etat, notamment le président américain Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine, la Première ministre britannique Theresa May, la chancelière allemand Angela Merkel, le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres et d’autres devraient être présents lors de ces cérémonies.

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel signent le Livre d’or dans le wagon où avait été signé l’armistice marquant la fin de la Première guerre mondiale à Compiègne, en France (Crédit : Philippe Wojazer/Pool/AFP)

Le ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah se trouve également à Paris pour assister aux événements du centenaire de l’armistice.

Même si la Première guerre mondiale a été antérieure à la création d’Israël, Netanyahu a déclaré que le conflit avait eu une « grande importance pour [notre] nation » parce que des centaines de milliers de Juifs avaient pris part aux combats, un signe annonciateur, a-t-il précisé, de la capacité des Juifs à se défendre.

A midi, le Premier ministre israélien rejoindra plusieurs autres responsables mondiaux pour déjeuner au palais de l’Elysée. Ils y seront accueillis par l’épouse du président français Emmanuel Macron, Brigitte Macron.

Lundi, Netanyahu et Macron devraient discuter des relations bilatérales entre les deux pays avant le retour du Premier ministre en Israël, a noté son bureau.

Netanyahu espère convaincre Paris d’exercer des pressions sur Beyrouth au sujet des plans iraniens – selon l’Etat juif – prévoyant la construction d’usines de missiles de précision au Liban, ont fait savoir les médias en hébreu.

Au cours de son bref déplacement à Paris, Netanyahu devrait rencontrer Merkel pour une réunion bilatérale qui n’a toutefois été confirmée ni par Berlin, ni par Jérusalem.

Le président russe Vladimir Poutine avec Benjamin Netanyahu, au Kremlin à Moscou le 11 juillet 2018. (Crédit : AFP/ Pool/Yuri Kadobnov)

Netanyahu ne rencontrera pas Poutine malgré ses efforts répétés en faveur d’un entretien avec le responsable russe.

« Je respecte la requête de mes hôtes, qui ont demandé à ce qu’aucune rencontre parallèle ne soit prévue », a-t-il commenté samedi.

Les responsables israéliens ont affirmé que les Français avaient demandé de ne pas organiser des réunions parallèles pour des raisons logistiques, mais les Français ont fait savoir qu’il n’y avait tout simplement pas eu de demandes pour de telles rencontres.

Un responsable français a par ailleurs déclaré au Times of Israël que plusieurs salles avaient été mises à disposition pour permettre ce type d’entretiens au Forum Global pour la paix auquel assisteront un grand nombre de leaders internationaux dimanche et lundi.

Le bureau de Netanyahu a œuvré à arranger une telle réunion avec Poutine, qui serait la première depuis que les défenses antiaériennes syriennes ont abattu un avion militaire russe durant une frappe israélienne en Syrie, tuant 15 militaires russes.

Mardi, la chaîne publique israélienne a fait savoir que la Russie avait annulé la rencontre entre Poutine et Netanyahu en raison de la colère encore éprouvée par le président russe suite aux frappes israéliennes en Syrie.

L’Etat juif avait d’ores et déjà commencé à se préparer pour la rencontre avant son annulation par la Russie, selon la chaîne Kan.

Une simulation informatique diffusée par le ministère russe de la Défense, le 23 septembre 2018, prétend montrer les avions chasseurs israéliens près d’un appareil russe de reconnaissance, en rouge, au large des côtes de la Syrie avant son abattage accidentel par les forces syriennes répondant aux frappes israéliennes (Crédit : Ministère russe de la Défense via AP)

La Russie a attribué la responsabilité de l’abattage de l’avion à Israël – une accusation rejetée par Jérusalem – et a envoyé des systèmes antiaériens de type S-300 à la Syrie suite à l’incident. L’Etat juif a démenti l’affirmation faite par les Russes selon laquelle ses avions-chasseurs s’étaient cachés derrière l’avion-espion russe.

Netanyahu avait expliqué que sa relation étroite avec Poutine avait été à l’origine de la réussite d’un mécanisme établi entre Israël et la Russie qui permettait aux forces aériennes d’attaquer des cibles liés à l’Iran ou au Hezbollah sur le territoire syrien.

Le Premier ministre s’est entretenu par téléphone avec Poutine depuis l’incident.

Alors qu’il y a eu une baisse qui a été remarquée dans les raids israéliens suite à l’incident du 17 septembre, un haut-responsable de Jérusalem a expliqué, le mois dernier, que l’Etat juif a continué à frapper des cibles en Syrie.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem à Moscou, Russie, le 30 août 2018. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

Le ministre russe des Affaires étrangères a accusé lundi dernier Israël de mettre en danger les troupes russes en n’informant pas Moscou avant les frappes en Syrie, ce qui serait survenu à plusieurs occasions.

Israël et la Russie ont coordonné leurs initiatives militaires en Syrie ces dernières années pour éviter les frictions et les conflits accidentels. Les responsables, à Jérusalem, ne font généralement pas état de l’ampleur de cette coordination mais ils soulignent que les militaires ne demandent pas la permission des Russes avant de lancer leurs opérations.

Malgré la fureur des Russes suites à l’abattage de l’avion-espion, Netanyahu a affirmé à plusieurs occasions qu’Israël continuera à agir pour prévenir l’enracinement militaire en Syrie et les transferts d’armes avancées au Liban.

Le mois dernier, la chaîne Hadashot a fait savoir que la Russie cherchait à redéfinir les termes des opérations militaires en Syrie et à réorganiser le système de coordination entre Jérusalem et Moscou.

La Russie insiste sur le fait qu’elle doit recevoir plus en amont l’information d’une frappe israélienne, a dit la chaîne, même si le reportage n’a pas précisé le délai exact réclamé. L’Etat juif avertit habituellement Moscou quelques minutes avant d’attaquer.

Une telle demande limiterait probablement la liberté de manœuvre d’Israël en Syrie, a noté le reportage, précisant qu’elle pourrait mettre en péril l’aviation militaire israélienne et permettre aux forces iraniennes de bénéficier de plus de temps pour cacher les matériaux pris pour cible.

Une source diplomatique citée dans le reportage a estimé que la requête était inacceptable au niveau opérationnel et qu’Israël ne devait pas céder.

Cette réclamation a également été ultérieurement rejetée par le ministre de la Défense Avigdor Liberman .

Photo d’illustration. Un avion chasseur israélien F-15. (Crédit : Tsahi Ben-Ami/Flash90)

Les forces aériennes israéliennes ont mené des centaines de frappes en Syrie, ces dernières années, contre des cibles liées à l’Iran et à son mandataire libanais du Hezbollah qui, selon Israël, œuvrent à installer une présence militaire dans le pays susceptible de représenter une menace pour l’Etat juif.

Comme la Russie, l’Iran et le Hezbollah se battent aux côtés du régime du président syrien Bashar el-Assad dans la guerre civile qui déchire le territoire.

Une entreprise d’imagerie par satellite a publié au mois d’octobre ce qui, selon elle, étaient quatre batteries S-300 déployées sur un site récemment construit et situé à proximité de Masyaf, au nord-ouest de la Syrie, où l’Etat juif aurait mené des raids contre des cibles liées au programme syrien d’armement chimique.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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