Participation record à la marche pro-Israël de Toronto, alors que l’antisémitisme violent explose au Canada
60 000 personnes de diverses communautés ont participé à la "Walk with Israel" ; des groupes juifs reprochent au gouvernement sa réaction insuffisante à la montée de l'antisémitisme, à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale
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TORONTO — Dimanche, les rues du centre-ville de Toronto ont vibré au son de mélodies israéliennes et persanes, alors qu’une foule de 60 000 personnes s’est rassemblée pour manifester sa solidarité avec Israël et la communauté juive du Canada.
Réagissant à la montée de l’antisémitisme qui a assombri Toronto ces derniers mois, une foule hétéroclite a participé à la 57e édition de la « Walk with Israel » organisée par l’UJA Federation of Greater Toronto. Malgré la présence de contre-manifestations parfois violentes en marge du défilé, l’édition de cette année a attiré 4 000 participants de plus que l’année dernière, faisant de cette marche l’une des plus importantes manifestations publiques de soutien à Israël au monde.
« Nous n’avons peur de rien, même si l’antisémitisme ne cesse de gagner du terrain, en particulier ici à Toronto », a déclaré Shai Klein, qui participait à l’événement. « C’est une raison de plus pour être ici aujourd’hui, pour montrer que nous ne céderons pas face à la haine et que nous continuerons à afficher notre fierté. Et nous n’allons pas quitter Toronto ni le Canada. Nous allons rester ici, fiers d’être juifs et de soutenir l’État d’Israël, quoi qu’il arrive. »
Les Juifs qui ont parcouru les quelque quatre kilomètres de cette marche, à travers les quartiers à forte population juive de Wilson Avenue et de Bathurst Street, ont indiqué au Times of Israel vouloir ainsi affirmer clairement leur profond attachement à la terre de leurs ancêtres, ainsi que leur croyance en sa souveraineté et en son droit à la légitime défense.
De nombreux autres participants issus d’horizons très divers les ont rejoints, notamment des membres des communautés chrétienne, perse, hindoue, blanche, noire, asiatique, philippine et indienne. Toutes les personnes interrogées par le Times of Israel ont expliqué avoir fait le déplacement pour soutenir l’État juif et dénoncer la haine anti-sioniste qui pèse sur les Juifs du monde entier.
Cette année, l’ UJA Federation of Greater Toronto, une organisation à but non lucratif, a récolté 650 000 CAD (466 000 $) pour la marche – un montant inférieur à l’objectif de 780 000 CAD qu’elle s’était fixé en l’honneur du 78e anniversaire d’Israël, et nettement en-deça des 1,4 million de CAD de l’an dernier. L’intégralité de ces fonds sera reversée à des initiatives humanitaires en Israël qui proposent des services de santé mentale, de rééducation physique et de prise en charge des traumatismes, et viennent en aide aux personnes évacuées.
Ce rassemblement s’est déroulé dans un climat d’urgence particulier marqué par une recrudescence des crimes de haine antisémites, à leur plus haut niveau au Canada depuis la Seconde Guerre mondiale, depuis le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie entre Israël et l’organisation terroriste palestinienne au pouvoir à Gaza.
Par ailleurs, le mouvement anti-sioniste canadien connaît un essor sans précédent. Les universités se montrent de plus en plus hostiles à Israël, les synagogues et les commerces appartenant à des Juifs subissent des actes de vandalisme à une fréquence alarmante, et la violence à caractère antisémite atteint des sommets historiques.
Selon les dernières données de la police de Toronto, les Juifs sont la cible de 82 % des crimes de haine à caractère religieux. À l’échelle nationale, l’organisation B’nai Brith Canada a récemment publié un rapport qui fait état de 6 800 incidents antisémites recensés en 2025, soit le nombre le plus élevé depuis qu’elle a commencé à collecter ces données en 1982. Un chiffre d’autant plus inquiétant que les Juifs ne représentent que 1 % de la population canadienne.
Ces deux dernières années, des synagogues ont été visées à plusieurs reprises lors de fusillades. Ces dernières semaines ont aussi été marquées par des attaques contre des cibles juives, notamment une tentative d’incendie criminel dans une synagogue de Montréal, des agressions au pistolet à billes de gel contre des personnes d’apparence juive à Toronto, et samedi dernier, une attaque au cours de laquelle la vitre de la synagogue Mishkan Avraham de Toronto, située juste au sud du parcours de la marche, a été brisée.
« Face à la montée de la haine contre la communauté juive, notre communauté doit être notre source de force. C’est donc vraiment ce regain d’énergie et de fierté que, je pense, les membres de notre communauté juive de Toronto, de tous âges et de tous horizons, attendent et dont ils ont besoin », a affirmé Sara Lefton, directrice du développement de l’UJA Federation of Greater Toronto.
« Voir nos alliés se mobiliser à nos côtés et soutenir notre communauté alors que nous traversons ces moments particulièrement difficiles est plus important que jamais », a ajouté Lefton.
En raison de la recrudescence de la haine envers les Juifs à Toronto, des mesures de sécurité sans précédent ont dû être mises en place pour cette marche. Les forces de police de Toronto, York, Durham, Peel et la Police provinciale de l’Ontario ont coordonné leurs efforts pour patrouiller l’ensemble du périmètre et les quartiers environnants à pied, à vélo et à cheval. À leurs côtés, un important contingent de sociétés de sécurité privées et d’organisations de protection de la communauté juive, notamment Shomrim et Hatzoloh, a renforcé leur dispositif.
Des contre-manifestants franchissent le cordon de police
Des manifestants anti-israéliens se sont rassemblés à proximité du parcours, scandant « Stop au génocide » et « Israël, État d’apartheid ». Certains arboraient le drapeau du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et brandissaient des pancartes proclamant « Marg bar Israel » (« Mort à Israël » en farsi), « À bas le sionisme », « Tuez plus de bébés » et « Juifs contre les crimes d’Israël ».
La police a confiné la majorité de ces manifestants dans une zone délimitée, à l’écart du parcours de la marche. Certains ont toutefois réussi à franchir le cordon de sécurité. Les forces de l’ordre ont ainsi interpellé six personnes pour des faits présumés d’agression contre des agents de police, d’affichage de messages antisémites, et pour avoir piétiné un drapeau israélien.
Des personnalités politiques présentes – ou absentes –
Plusieurs responsables fédéraux, provinciaux et municipaux ont pris part à la marche, et notamment Michael Kerzner, député provincial et procureur général, qui représente la circonscription de York Centre, où s’est déroulée l’événement.
Kerzner, qui est juif, a fait l’objet de critiques de la part de certains qui lui reprochent de ne pas user suffisamment de son autorité pour exiger une application plus stricte des lois à l’encontre de ceux qui diabolisent explicitement les Juifs, en particulier un groupe qui se réunit chaque semaine à un carrefour important de sa circonscription. En décembre, Kerzner a dit au chef de la police de Toronto dans une déclaration qu’ »une action ferme est nécessaire pour prévenir toute nouvelle escalade et mettre les contrevenants face à leurs responsabilités ».
« Jamais, dans l’histoire de la communauté juive au Canada, soutenir Israël n’a été aussi important. C’est donc ce que je vais faire », a affirmé Kerzner.
Étaient également présents deux députés fédéraux de la circonscription, Leslie Church, du Parti libéral au pouvoir, et Roman Baber, du Parti conservateur, le parti d’opposition officielle. Roman Baber et Melissa Lantsman, vice-présidente du Parti conservateur, tous deux de confession juive, ont toujours appelé à une action plus ferme de la part du gouvernement et des forces de l’ordre pour endiguer la crise de l’antisémitisme au Canada.
« Quand les gouvernements se taisent, les communautés retrouvent leur voix. C’est pourquoi nous marchons. Non pas par peur. Mais par fierté et par amour pour ce pays, et avec la conviction inébranlable que ce qui lie le Canada et Israël en tant qu’alliés, c’est la liberté, la démocratie et la dignité », a déclaré Lantsman.
La maire de Toronto, Olivia Chow, n’était pas présente à la marche. Virulente opposante d’Israël, elle accuse l’État juif de commettre un génocide à Gaza – une allégation que Jérusalem nie catégoriquement -. Elle est également critiquée pour sa lenteur à condamner les actes d’antisémitisme commis localement.
En revanche, Brad Bradford, conseiller municipal de Toronto et principal adversaire de la maire sortante pour les élections municipales du 26 octobre prochain, a pris part à l’événement. « Nous marchons pour la paix, la justice, le pluralisme et le droit de chacun à s’épanouir dans un Toronto accueillant, tolérant et sûr pour tous », a-t-il écrit sur le réseau social X :
Le Premier ministre Mark Carney était également absent. Il a toutefois récemment annoncé la création d’un nouveau Conseil consultatif ministériel sur les droits, l’égalité et l’inclusion afin de lutter contre l’antisémitisme et d’autres formes de haine et de racisme.
La réponse de Carney à la hausse vertigineuse de l’antisémitisme dans le pays a soulevé les critiques des groupes juifs, qui la jugent insuffisante et dangereuse pour son refus de nommer clairement la haine anti-sioniste comme l’une des principales causes de l’antisémitisme au Canada.
Les dirigeants de divers groupes juifs militants pour les droits civiques au Canada se sont joints au défilé, notamment ceux de la Canadian Antisemitism Education Foundation, de Canadian Women Against Antisemitism, de l’Indigenous Embassy Jerusalem, d’Israel Now, de STOP Antizionism, de Tafsik, d’Unapologetically Jewish et de Yalla!
Natasha H. Pein, directrice générale de STOP Antizionism, qui a coorganisé le Symposium mondial contre l’antisionisme à Toronto, le 17 mai, a qualifié l’événement de déclaration des Juifs et de leurs alliés selon laquelle « l’anti-sionisme est une forme de haine des Juifs. L’anti-sionisme est une forme de racisme. »
Qualifiant l’antisémitisme de signe de déclin de la civilisation, Pein a ajouté que l’anti-sionisme « n’est pas une critique politique d’Israël. C’est une idéologie qui se dissimule derrière le langage des droits de l’homme alors qu’elle refuse au peuple juif le droit d’exister sur sa terre ancestrale, un droit pourtant reconnu à toutes les autres nations ».
« Nous sommes ici pour faire tomber le masque, rejeter le mensonge et proclamer la vérité publiquement et sans concession », a affirmé Pein.
Arborer le drapeau d’Israël
Les manifestants pro-israéliens portaient des drapeaux du Canada – remarquablement absents parmi les contre-manifestants anti-israéliens –, ainsi que ceux d’Israël, de l’Iran impérial, des États-Unis et de l’Inde.
D’après Lefton, de l’UJA, un nombre record de groupes alliés à la communauté juive s’étaient inscrits à la marche. Parmi eux, Reza Ghazi, un Irano-Canadien, brandissait fièrement un grand drapeau orné de l’emblème perse du lion et du soleil.
« C’est notre devoir. Nos deux nations sont indissociables. Nous devons rester unis, car c’est ainsi que nous serons plus forts », a souligné Ghazi, évoquant l’union des Israéliens et des Iraniens contre le régime islamique au pouvoir à Téhéran, un régime répressif et violent, qui a tué et blessé des milliers de ses opposants.
Eve Wang a également pris part à l’événement, aux côtés d’autres fidèles de la Canada House of Prayer, une organisation chrétienne de Richmond Hill.
« Nous aimons Israël et soutenons la communauté juive ; nous encourageons par ailleurs la population à faire preuve de bienveillance envers nos voisins juifs », a expliqué Wang.
Steven Rapoport, qui arborait un immense drapeau arc-en-ciel orné d’une étoile de David, s’est dit fier d’être présent.
« C’est une tradition pour mes amis et moi. Nous sommes juifs et homosexuels. Nous estimons important de représenter notre communauté, de défiler et d’afficher notre fierté », a ajouté Rapoport.
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