Théâtre : féminisme, antisémitisme, LGBT+… un palmarès engagé aux Tony Awards
L'œuvre du Britannique Mark Rosenblatt revient sur un épisode particulier de la carrière de l'auteur, en 1983, lorsqu'il a publié un essai taxé d'antisémitisme sur le siège de Beyrouth par Tsahal

Les 79ᵉ Tony Awards, les plus hautes distinctions du théâtre américain, ont récompensé dimanche à New York des œuvres engagées, invitant à la réflexion sur le féminisme, l’antisémitisme et l’histoire des États-Unis, ou célébrant la culture LGBT+.
La cérémonie elle-même, au Radio City Music Hall, avait des accents politiques aux États-Unis de Donald Trump, avec des prises de position de sa présentatrice, la chanteuse juive Pink, en faveur des personnes trans ou de la liberté d’expression.
« Liberation », qui revient sur la deuxième vague féministe des années 1970, autour de la sexualité et de la place des femmes dans la société, a été sacrée meilleure pièce, après avoir remporté un prix Pulitzer début mai.
Son autrice, Bess Wohl, est la quatrième femme seulement à recevoir cette distinction lors des Tony Awards.
La récompense de la meilleure comédie musicale est revenue à « Schmigadoon! », hommage humoristique aux plus grands succès de Broadway et adaptation de la série du même nom.
Meilleur acteur pour son rôle dans « Giant », dans lequel il incarne le dramaturge antisémite Roald Dahl, John Lithgow a salué sur scène une pièce « extraordinairement importante en ce moment ».
L’œuvre du Britannique Mark Rosenblatt revient sur un épisode particulier de la carrière de l’auteur, en 1983, lorsqu’il a publié un essai antisémite sur le siège de Beyrouth par l’armée israélienne.
« C’est le cadeau que nous faisons au public : l’inviter à réfléchir à ce sujet très sérieux, l’antisémitisme, la cruauté sous toutes ses formes, la haine de l’autre », a développé le comédien en conférence de presse.
« Ce sont des réalités auxquelles nous sommes aujourd’hui directement et personnellement confrontés, et je pense que c’est pour cela que ‘Giant’ est si importante et qu’elle a connu un tel succès. »
Cette pièce arrive dans le sillage d’un débat plus large autour de l’œuvre de Dahl, qui a été retouchée par son éditeur en 2023 afin de supprimer des termes jugés offensants relatifs au poids, au genre, à l’origine ou à la santé mentale.
Réinterprétations
« Ragtime », qui dépeint le racisme et les bouleversements sociaux et économiques du début du XXᵉ siècle aux États-Unis, a reçu quatre prix, dont celui de la meilleure reprise d’une comédie musicale.
« Cats : The Jellicle Ball », réinterprétation de la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber à la sauce « ballroom » (une sous-culture LGBT+, principalement afro-américaine et latino, née à New York), a remporté trois distinctions, notamment pour sa costumière Qween Jean, première personne ouvertement trans récompensée aux Tony Awards.
« Ce prix a une importance vraiment incroyable », a souligné cette dernière devant les journalistes, avant de dénoncer la « diabolisation » des personnes transgenres et la restriction de leur accès aux soins de santé sous l’administration Trump.
C’est une autre réinterprétation, celle de « Mort d’un commis voyageur » d’Arthur Miller, qui a remporté le plus de récompenses (6).
Parmi elles, la meilleure reprise d’une pièce de théâtre et la meilleure actrice dans un second rôle pour Laurie Metcalf, vue dans la série à succès « Roseanne ».
Le théâtre reste plébiscité par le public à New York, avec 14,6 millions d’entrées pendant la saison 2025-2026 (soit 90 % des fauteuils occupés) et 1,9 milliard de dollars de revenus bruts, selon la Broadway League, principale association professionnelle du secteur.







