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Interview

Selon Jibril Rajoub, Mahmoud Abbas fait une erreur en excluant ses rivaux

Le président de la Fédération palestinienne de football et le secrétaire général du Fatah affirme au ToI que le Fatah ne devrait pas forcer les partisans de l'ex-chef de la sécurité Mohammed Dahlan à faire des demandes d'amnistie individuelles "humiliantes"

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec Jibril Rajoub, le chef de la Fédération palestinienne de football, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 7 juin 2018 (Crédit : Thaer Ganaim/APA Images/ZUMA Wire/Alamy Live News).
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec Jibril Rajoub, le chef de la Fédération palestinienne de football, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 7 juin 2018 (Crédit : Thaer Ganaim/APA Images/ZUMA Wire/Alamy Live News).

RAMALLAH, Cisjordanie — Une fois n’est pas coutume, un haut responsable du Fatah, le parti du chef de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, l’a critiqué lors d’un entretien avec le Times of Israel, qualifiant d’erreur la mise à l’écart d’une faction du parti favorable à l’un des rivaux d’Abbas.

L’an dernier, Abbas a annoncé qu’il accorderait l’amnistie à tous les membres exclus du Fatah, ce qui a été compris comme incluant les partisans de l’ancien chef de la sécurité de l’AP à Gaza, Mohammed Dahlan, actuellement en exil.

Mais le parti du président de l’AP a ensuite durci sa position, exigeant que chacun des membres évincés par le Fatah rédige une lettre reconnaissant les infractions commises. Suite au refus massif des membres de la Faction démocratique réformiste, liée à Dahlan, ces derniers ont été tenus à l’écart du congrès du Fatah, le mois dernier, au cours duquel se sont déroulées les élections pour le puissant Comité central et le Conseil révolutionnaire du Fatah.

« Je pense que nous avons commis une erreur en ne réglant pas cette question avant le congrès », a déclaré Jibril Rajoub, membre du Comité central du Fatah, lors d’un entretien pour un média israélien depuis son bureau de Ramallah, mercredi dernier.

Il a souligné que le parti avait adopté une résolution autorisant la réintégration des membres exclus — y compris ceux de la Faction démocratique réformiste —, laquelle devait se faire « avec respect et sans humiliation ».

Le haut responsable palestinien a fait allusion à une condition ajoutée en catimini par le parti Fatah, contrôlé par Abbas, suite à l’annonce de l’amnistie par le chef de l’AP. Les personnes désireuses de réintégrer le parti ont en effet été informées qu’elles devaient présenter à cet effet une demande individuelle accompagnée d’une reconnaissance de leurs infractions.

Le membre du Comité central du Fatah, Jibril Rajoub (à gauche), est interviewé par Jacob Magid du Times of Israel dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 juin 2026. (Autorisation)

Des négociations ont eu lieu avec des représentants de la faction pro-Dahlan à l’approche du congrès du Fatah le mois dernier, et l’Égypte a discrètement pressé Abbas de parvenir à un compromis.

Mais le chef de l’AP n’a pas bougé, l’un de ses conseillers ayant déclaré au Times of Israel la semaine dernière que la Faction démocratique réformiste souhaitait rejoindre le Fatah en groupe, et non individuellement.

Rajoub a déclaré qu’il veillerait à ce que le problème soit réglé d’une manière qui respecte les droits des membres exclus, même si la faction favorable à Dahlan n’a pas pu participer au tout premier congrès du Fatah en une décennie.

Il a précisé que les personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires devraient régler ce point avant de réintégrer le parti, une probable allusion à la situation de Dahlan, jugé par contumace par un tribunal de l’AP pour corruption – des accusations jugées infondées et purement politiques par ses partisans.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à gauche) fait le signe V de la victoire alors que le leader du Fatah Mohammed Dahlan (à droite) assiste à leur rencontre avec le Premier ministre britannique Tony Blair dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 décembre 2006. (AP Photo/Kevin Frayer/File)

Quoi qu’il en soit, Dahlan n’a pas exprimé le souhait de revenir en Cisjordanie et a également exclu d’occuper un poste de direction à Gaza.

Cela n’empêche certains responsables israéliens de voir en lui une possible solution à l’insistance du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour que ni Abbas ni le Hamas ne gouvernent la bande de Gaza dans un plus ou moins proche avenir.

Le chef du Shin Bet, David Zini, se serait récemment et discrètement entretenu avec Dahlan à Abou Dhabi, selon deux sources proches du dossier.

Depuis son expulsion de Cisjordanie en 2011 suite à une violente altercation avec Abbas, Dahlan, l’ex-homme fort du Fatah, vit aux Émirats arabes unis, où il conseille le président émirati Mohammed bin Zayed.

C’est à Dahlan qu’Abbas reproche la dégradation rapide des relations des EAU avec l’AP qui s’en est suivie.

Jibril Rajoub et Mohammed Dahlan à Ramallah en 2005. (AFP Photo/Jamal Aruri)

Malgré l’exil, Dahlan s’est fait d’importants soutiens parmi les Palestiniens, en particulier dans la bande de Gaza qui l’a vu naitre.

Abbas est régulièrement accusé de bafouer les principes démocratiques, n’ayant pas organisé d’élections présidentielles ou législatives depuis une vingtaine d’années.

Il s’est engagé à organiser ces scrutins d’ici la fin de cette année, mais a depuis fourni un calendrier assez flou en ce qui concerne l’élection présidentielle.

Pourtant, les critiques envers Abbas émanent rarement de l’intérieur du Fatah, le parti qui contrôle également l’AP étant de plus en plus dominé par des fidèles.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (2e à gauche), préside le huitième congrès du Fatah à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mai 2026. (Jaafar ASHTIYEH / AFP)

Rajoub a toujours plus ou moins fait figure d’exception, sans jamais aller à l’affrontement au point de risquer l’exclusion, contrairement à Dahlan. L’ex-chef de la Force de sécurité préventive de l’AP a su entretenir une relation professionnelle avec Abbas, qui en a fait le président de la Fédération palestinienne de football et le secrétaire général du Fatah. Au-dessus de lui, il n’y a que le vice-président.

Alors même qu’il a été le troisième candidat le plus populaire réélu au Comité central du Fatah au congrès du mois dernier, le poste lui a échappé au profit de Hussein al-Sheikh, qui a obtenu moins de voix mais est considéré comme plus loyal à Abbas, et qui occupe également les postes de numéro 2 au sein de l’AP et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Faire tomber l’AP n’est pas une solution

Rajoub a accordé cet entretien mercredi soir, de retour d’une réunion à huis clos à l’issue de laquelle al-Sheikh s’est vu confier le poste de vice-président.

Rajoub a refusé de commenter cette nouvelle, se contentant de dire qu’il ne briguait pas de poste en particulier et qu’il était fier de ce qu’il a qualifié d’unité manifestée lors du congrès du Fatah autour de la vision de l’AP pour une solution à deux États.

Rajoub a également évité de formuler d’autres critiques à l’égard du parti d’Abbas, même lorsqu’il a été pressé de s’exprimer sur l’élection polémique du fils du président, Yasser, au Comité central du Fatah. Rajoub a affirmé que le vote s’était déroulé de manière transparente et que les résultats devaient être respectés.

Bien qu’Abbas n’ait pas encore fixé de date pour les élections présidentielles, alors même qu’il avait assuré qu’elles se tiendraient dans l’année suivant la fin de la guerre, Rajoub a dit son espoir qu’elles se tiennent très peu de temps après le scrutin législatif du 1er novembre prochain.

Le président de la Fédération palestinienne de football, Jibril Rajoub, à l’issue de sa prise de parole au 76e Congrès de la FIFA à Vancouver, au Canada, le 30 avril 2026. (Photo de Don MacKinnon / AFP)

Il a reconnu que Ramallah était en proie à l’une de ses pires crises économiques, prise en étau par les multiples mesures punitives mises en œuvre par le gouvernement Netanyahu, dont certains ministres ont appelé à la fin de l’AP.

« Nous ne quitterons pas la Palestine, nous ne capitulerons pas et nous ne démantèlerons pas nos institutions », a-t-il assuré.

« Mais ces pressions pourraient bien conduire à une explosion. Perdre l’espoir peut mener à des extrémités que nous ne souhaitons pas : j’espère que la communauté internationale le comprend », a-t-il indiqué.

« Pas d’effusion de sang »

Le mois dernier, à Ankara, Rajoub a représenté Ramallah lors d’une réunion avec le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, lequel a servi de médiateur dans les pourparlers de cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le Hamas.

Selon Rajoub, Fidan lui aurait dit que la Turquie voyait dans l’AP et l’OLP, dominées par le Fatah, les instances représentatives du peuple palestinien et souhaitait ardemment la réconciliation entre le parti d’Abbas et le Hamas afin de parvenir à une unité politique nationale.

Le haut membre du Fatah a déclaré qu’il soutenait lui aussi cette idée, mais qu’il conditionnait un accord avec le Hamas à l’abandon du pouvoir par le groupe à Gaza et la remise de ses armes à l’AP.

Un haut responsable du Fatah, Jibril Rajoub, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, assiste par vidéoconférence à une réunion avec le chef adjoint du Hamas, Saleh al-Arouri (sur l’écran depuis Beyrouth), pour discuter du plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, le 2 juillet 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)

« Les effusions de sang ne sont pas une solution », a déclaré Rajoub, rejetant le recours à la violence par le Hamas pour faire avancer la cause palestinienne, tout en affirmant le droit à l’autodéfense contre les résidents d’implantations et leurs attaques quasi-quotidiennes en Cisjordanie, dont les auteurs sont rarement poursuivis.

Sur la question des relations avec Israël, Rajoub s’est emporté : « Je refuse de parler de l’actuel gouvernement israélien. »

« Nous pressons la communauté internationale de convaincre les Israéliens de mettre un terme à toutes leurs agressions unilatérales contre les Palestiniens », a-t-il déclaré. « Notre partenaire qualifié est la communauté internationale. Notre engagement est envers elle, pas envers ce gouvernement israélien raciste et fasciste. »

Pas de poignée de main avec « Ben Gvir »

En avril dernier, Rajoub a fait la une des journaux en refusant de serrer la main du vice-président de la Fédération israélienne de football, Basim Sheikh Suliman, lors du congrès annuel de la FIFA, affirmant que Jérusalem avait envoyé son homologue pour « blanchir leur fascisme et leur génocide ».

Interrogé sur cet incident lors de l’interview de mercredi, Rajoub a affirmé que Suliman avait prononcé quelques instants plus tôt au congrès de la FIFA un discours qui ressemblait à un discours qu’aurait pu tenir le ministre de la Sécurité intérieure, l’homme d’extrême droite Itamar Ben Gvir. Or, les propos du représentant israélien ont presque exclusivement tourné autour de l’importance de la coexistence judéo-arabe — autrement dit aux antipodes des idées de Ben Gvir.

A l’issue de la prise de parole de Suliman, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a appelé la Fédération palestinienne de football sur scène et tenté de rejouer une scène vieille d’une dizaine d’années, lorsque Rajoub avait accepté de donner l’accolade à ses homologues israéliens. En vain.

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