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Fatah : Le congrès de mai confirme l’influence de centaines de détenus libérés en échange d’otages du Hamas

Beaucoup de détenus purgeaient des peines de prison à perpétuité pour des attentats - ce qui les aide à siéger au sein des instances dirigeantes de l'AP

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Zakaria Zubeidi, ancien commandant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, pose avec un sympathisant à Ramallah le 18 mai 2026, alors que tombent les premiers résultats du premier congrès du mouvement palestinien depuis dix ans. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Zakaria Zubeidi, ancien commandant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, pose avec un sympathisant à Ramallah le 18 mai 2026, alors que tombent les premiers résultats du premier congrès du mouvement palestinien depuis dix ans. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Le récent congrès organisé pour élire les nouveaux dirigeants du Fatah, le parti politique palestinien, a permis de pendre conscience du pouvoir et de l’influence toujours plus grands des anciens prisonniers. Parmi eux figurent de nombreux condamnés à perpétuité, libérés des prisons israéliennes à la faveur d’accords ayant permis la libération d’otages aux mains de groupes terroristes de Gaza.

Lors du congrès du 14 mai dernier, premier de ce type en l’espace de dix ans, le parti dirigé par le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a ainsi accordé le droit de vote à 388 anciens prisonniers. Ce qui représente près de 15 % des quelque 2 500 membres du parti inscrits, explique Raed Abu al-Humus, qui dirige la Commission des affaires des prisonniers palestiniens, un organisme rattaché à l’AP.

Parmi eux, 30 anciens détenus se sont présentés aux élections pour siéger au Comité central et au Conseil révolutionnaire du Fatah. Plusieurs d’entre eux avaient passé des décennies derrière les barreaux pour des attentats terroristes meurtriers menés contre des Israéliens. Ces deux instances dirigeantes suprêmes jouent un rôle crucial dans l’orientation du parti, qui domine la vie politique en Cisjordanie et contrôle en grande partie l’AP (soutenue par l’Occident) ainsi que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Selon la Commission des prisonniers, la décision d’accorder en bloc le droit de vote à des centaines d’anciens détenus est venue d’Abbas et d’autres dirigeants du Fatah, signe de leur nombre et de leur influence grandissants.

« C’est la première fois que le nombre d’anciens prisonniers membres atteint de telles proportions. Leur participation doit se faire à la hauteur de leurs luttes et sacrifices, de ces centaines et milliers d’années « brûlées » dans les prisons et les centres de détention », a écrit Abu al-Humus sur Facebook avant le congrès.

Habituellement, le Fatah attribue le droit de vote selon des critères d’âge, d’ancienneté et de représentation géographique. Mais cette fois-ci, le droit de vote a également été ouvert aux anciens prisonniers affiliés au Fatah ayant purgé au moins 20 ans de prison en Israël.

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (2e à gauche), préside le huitième congrès du Fatah à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mai 2026. (Jaafar ASHTIYEH / AFP)

Signe de la place centrale occupée par les prisonniers lors de ce congrès, le vote s’est déroulé non seulement en Cisjordanie mais aussi au Caire, où de nombreux anciens détenus ont été expulsés.

Selon Yossi Kuperwasser, directeur du Jerusalem Institute for Strategy and Security, le fait de donner le droit de vote aux anciens prisonniers est le site de l’estime que le Fatah et la société palestinienne en général ont pour ceux qui se sont engagés dans l’opposition armée contre Israël et en ont « payé le prix ».

« Du point de vue du Fatah, et plus largement des Palestiniens, les terroristes sont la partie combattante de la société. C’est ainsi que ces personnes sont perçues », explique M. Kuperwasser, ancien chef de la division de recherche du renseignement militaire. « Ce sont des modèles, et il est tout naturel de leur témoigner du respect et qu’on les intègre au sein des structures politiques palestiniennes. »

Le Fatah avait officiellement renoncé à la résistance armée contre Israël dans le cadre du processus de paix, mais des groupes terroristes ont continué à opérer sous son autorité directe jusqu’au milieu des années 2000, notamment les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, qui faisaient office de branche armée du parti, et le mouvement plus populaire du Tanzim.

Les relations du parti avec les groupes armés se sont distendus après la seconde Intifada (2000-2005), bien que des vétérans de ces organisations terroristes soient restés membres du Fatah.

Des combattants des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa défilent en soutien à Yasser Arafat à Gaza, le mercredi 3 juillet 2002. (AP/Adel Hana)

En outre, une grande partie des Palestiniens continuent de soutenir la lutte armée. Selon un sondage réalisé fin 2024 par le Palestinian Center for Policy and Survey Research, près de la moitié des Palestiniens interrogés voyaient dans la résistance armée le meilleur moyen d’obtenir l’indépendance.

M. Kuperwasser ajoute que lors de ce congrès, la rapide mention des prisonniers par Mahmoud Abbas a donné lieu à de vifs applaudissements dans la salle.

« Il est important de rappeler que le Fatah s’est créé dans le but de mener une campagne djihadiste et terroriste contre Israël », rappelle M. Kuperwasser. « Le récit de la lutte contre Israël reste le récit dominant chez les Palestiniens. Du point de vue du Fatah, cette lutte doit être gérée intelligemment — sans chercher la confrontation permanente à la manière du Hamas. Mais quoi qu’il en soit, les combattants qui mènent ce combat doivent être valorisés. »

Des tueurs au sein des comités

La Commission des affaires des prisonniers palestiniens n’a pas publié l’identité des 388 anciens détenus ayant obtenu le droit de vote, se contentant de divulguer les noms des 30 qui se sont présentés aux suffrages internes pour le Comité central et le Conseil révolutionnaire du Fatah.

Le Comité central, composé de 20 membres, est l’organe décisionnel suprême du Fatah et le Conseil révolutionnaire, qui compte près de 80 membres, est considéré comme le « parlement » du mouvement, chargé de superviser le travail du comité.

En raison de la mainmise historique d’Abbas sur le Fatah, ces deux instances sont perçues comme lui étant subordonnées plutôt que comme des contre-pouvoirs indépendants. Néanmoins, le fait d’y siéger garantit une influence politique majeure au sein de l’Autorité palestinienne, le Fatah demeurant le parti dominant au pouvoir.

Abbas, qui est âgé de 90 ans, quittera la scène politique dans les prochaines années, et peut-être même avant cela, ce qui fait des membres du Comité central du Fatah, du point de vue d’Israël et de la communauté internationale, ses successeurs potentiels.

Un portrait du défunt dirigeant palestinien et fondateur du parti Fatah, Yasser Arafat, est affiché sur un bâtiment alors que le public assiste à l’ouverture du huitième congrès général du mouvement à l’université Al-Azhar de Gaza, le 14 mai 2026. (Omar AL-QATTAA / AFP)

Selon une analyse du Times of Israel, les 30 ex-prisonniers candidats aux postes clés du mouvement — dont un candidat qui, pour une raison inconnue, ne figurait pas sur la liste publiée mais a été élu au Conseil révolutionnaire — totalisent à eux tous 75 peines à perpétuité.

À une exception près, tous ont été libérés à la faveur d’accords d’échange consécutifs au pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas. En application de ces accords prisonniers contre otages, Israël a libéré près de 5 000 prisonniers pour obtenir le retour de la quasi-totalité des 251 personnes enlevées dans le sud d’Israël, plus deux civils et la dépouille de deux soldats détenus à Gaza depuis une dizaine d’années. Plus de 400 de ces prisonniers libérés purgeaient des peines à perpétuité : le nombre exact de membres du Fatah demeure inconnu.

Le trentième candidat avait quant à lui été libéré à la faveur de l’accord de 2011, lors duquel Israël avait relâché 1 027 prisonniers en échange du soldat israélien Gilad Shalit.

Plusieurs de ces anciens détenus purgeaient de multiples peines à perpétuité pour avoir planifié et exécuté des attentats ayant coûté la vie à des Israéliens, surtout lors de la seconde Intifada sous la bannière des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa.

Des membres du Hamas regardent un bus transportant des prisonniers palestiniens arriver au terminal de Rafah, à la frontière égyptienne dans le sud de la bande de Gaza, dans le cadre de l’accord pour la libération de l’otage Gilad Shalit, le 18 octobre 2011. (Abed Rahim Khatib/Flash 90)

Le Tanzim, l’organisation de terrain du Fatah, s’était également rendu responsable de nombreux attentats durant le soulèvement et les années qui avaient précédé. Aujourd’hui, ce groupe est considéré comme dissous.

Zakaria Zubeidi, qui dirigeait les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa à Jénine pendant la seconde Intifada, est l’un des deux prisonniers libérés à avoir été élus au Comité central, aux côtés de Taysir Bardini, libéré à la faveur de l’accord Shalit, en 2011.

Originaire du camp de réfugiés de Jénine, Zubeidi avait été accusé d’avoir planifié et mené des attentats contre des Israéliens, avant de bénéficier d’une amnistie en 2007 en renonçant à la violence dans le cadre d’un accord entre Israël et l’AP.

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas est porté par le chef des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa en Cisjordanie, Zakaria Zubeidi (au centre gauche), lors d’une visite de campagne au camp de réfugiés de Jénine, le 30 décembre 2004. (AP/Enric Marti)

En 2019, il avait de nouveau été arrêté et inculpé pour avoir pris part à deux attaques à l’arme à feu visant des bus israéliens en Cisjordanie, violant ainsi les termes de son amnistie, plus d’autres charges remontant au début des années 2000. Après son évasion de prison, en 2021, sa peine avait été alourdie de cinq années supplémentaires. Il a finalement été libéré à la faveur d’un accord d’échange d’otages en janvier 2025.

Originaire de Rafah, dans la bande de Gaza, Bardini avait été incarcéré en 1993 et condamné à la perpétuité pour un meurtre commis lors d’activités hostiles, bien que l’attaque précise pour laquelle il a été condamné n’ait jamais été rendue publique. Il a été transféré en Cisjordanie à l’issue de sa libération en 2011.

Yasser Abu Bakr, autre condamné pour terrorisme libéré, est le seul avec ce profil à avoir décroché un siège au Conseil révolutionnaire du Fatah.

Affiche électorale de Yasser Abu Bakr, ancien prisonnier qui a purgé plusieurs peines à perpétuité et a été libéré à la faveur d’un accord avec le Hamas et élu au Conseil révolutionnaire du Fatah, en mai 2026. (Page Facebook de Yasser Abu Bakr)

Membre de la branche militaire du Fatah durant la seconde Intifada, Abu Bakr avait écopé de trois peines de prison à perpétuité pour son implication dans une attaque commise en 2002 à Netanya, au cours de laquelle deux Israéliens avaient été tués, dont un bébé de 9 mois, ainsi que pour le meurtre d’un officier de la police des frontières lors d’un affrontement armé près de Baqa al-Gharbiya, la même année.

A sa libération en janvier 2025, Mahmoud Abbas l’avait personnellement appelé pour le féliciter, lui déclarant lors d’une conversation téléphonique enregistrée qu’Israël s’était montré « dur avec lui ».

Un autre terroriste libéré, impliqué dans cette même attaque de Netanya, Ahmed Abu Khdeir, haut responsable des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, n’a quant à lui pas réussi à se faire élire au Conseil révolutionnaire.

Outre sa participation aux meurtres de Netanya, Abu Khdeir avait été condamné pour avoir dépêché le tireur qui avait ouvert le feu lors d’une bat-mitzvah à Hadera, en janvier 2002, ce qui avait fait six morts. Condamné à 11 peines de prison à perpétuité pour son rôle dans ces tueries, il a été libéré en janvier 2025 et expulsé à l’étranger ; il réside actuellement en Égypte.

Des prisonniers de sécurité palestiniens font des signes depuis un bus après leur libération de la prison d’Ofer en Cisjordanie, le 13 octobre 2025, en échange d’otages détenus à Gaza depuis les attaques du 7 octobre. (HAZEM BADER / AFP)

D’autres figures du terrorisme n’ont pas réussi à se faire élire, comme par exemple :

* Majed al-Masri, qui a commandé la branche militaire du Fatah en Cisjordanie pendant la seconde Intifada. Condamné à 10 peines à perpétuité pour avoir planifié des vagues d’attentats meurtriers, il a été libéré en octobre 2025 et expulsé à l’étranger.

* Mansour Shreim, cadre du Tanzim de Tulkarem, condamné à 14 peines à perpétuité pour son implication dans de multiples attentats, dont celui de mai 2002 contre une yeshiva à Itamar, lors duquel trois étudiants ont été tués. Il a été libéré dans le cadre du deuxième accord d’échange entre Israël et le Hamas, en janvier 2025, et expulsé à l’étranger.

* Omar Mardawi, un agent du Tanzim condamné à perpétuité pour son rôle dans l’enlèvement et le meurtre d’un Israélien, Yuri Gushchin, en 2001. Libéré en février 2025, il devait être expulsé vers Gaza. Selon les médias israéliens, il aurait refusé sa libération de crainte de représailles de la part du Hamas en raison de son étiquette Fatah ; il a finalement été autorisé à retourner en Cisjordanie.

* Muhammad Naifeh, membre du Tanzim de Tulkarem qui purgeait 13 peines à perpétuité pour avoir planifié plusieurs attentats, dont celui d’octobre 2002 à Hermesh (trois femmes tuées) et, le mois suivant, au kibboutz Metzer, où cinq Israéliens ont été assassinés, parmi lesquels une mère et ses deux enfants. Il a été libéré en février 2025.

* Adnan Obeiyat, cadre du Tanzim condamné à huit peines à perpétuité pour sa participation à des attentats meurtriers, dont deux fusillades en octobre 2000. Il a été libéré en octobre 2025 et expulsé à l’étranger.

Le candidat ayant recueilli le plus grand nombre de voix lors de ce scrutin est le tristement célèbre Marwan Barghouti, l’ancien chef du Tanzim qui purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité pour son implication directe dans trois attentats : une fusillade en mars 2002 au restaurant Seafood Market de Tel Aviv (trois morts) ; le meurtre de Yoela Chen en janvier 2002 à Givat Zeev et une attaque à l’arme à feu en juin 2001 près de Maale Adumim, au cours de laquelle un moine grec a été tué.

Des secouristes transportent le corps d’un automobiliste tué lors d’une attaque à l’arme à feu près de Ramallah, en Cisjordanie, le vendredi 20 juin 2003. (AP Photo/Pier Paolo Cito)

Bien que son incarcération limite son pouvoir décisionnel au jour le jour, il reste l’un des hommes politiques palestiniens les plus populaires… S’il était libéré, les sondages d’opinion montrent qu’il pourrait faire de l’ombre à Abbas pour la direction du mouvement. Il affirme aujourd’hui s’être amendé et ne plus soutenir la résistance violente.

Avec cette dernière élection, c’est la troisième fois que le Fatah le reconduit au Comité central depuis sa première élection au sein de cet organe en 2009. Il est le seul détenu actuel à y siéger.

À l’issue du scrutin, Zubeidi a publié sur Facebook une photo de lui aux côtés de l’épouse de Barghouti et de plusieurs autres prisonniers libérés, devant un grand portrait de lui.

« À notre frère le commandant Marwan Barghouti, a-t-il écrit, nous sommes convaincus que la patience et la résilience sont le chemin vers la dignité et la liberté pour notre peuple. »

Zakaria Zubeidi (deuxième à gauche) aux côtés d’autres prisonniers libérés affiliés au Fatah et de l’épouse de Marwan Barghouti, avec en arrière-plan un portrait de Barghouti, suite à l’élection de Zubeidi au Comité central du Fatah, en mai 2026. (Page Facebook de Zakaria Zubeidi)

Selon M. Kuperwasser, ce vote souligne la légitimité qu’apporte la lutte armée et l’importance de l’apologie du terrorisme, lesquels vont continuer de jouer un rôle prépondérant au sein de la direction palestinienne.

« Tous les successeurs potentiels d’Abbas restent profondément attachés à l’idée de la lutte contre Israël », conclut-il. « Son fils Yasser, tout homme d’affaires qu’il soit, s’y conforme. Hussein al-Sheikh [vice-président de l’AP] et Jibril Rajoub [président de la Fédération palestinienne de football] y adhèrent également, et Marwan Barghouti y est viscéralement lié. »

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