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L’AP furieuse face à l’entrée des liquidités du « gangster » qatari à Gaza

'Israël a approuvé l'entrée de 15 millions de dollars à Gaza pour "apaiser la crise", Liberman dénonce une "capitulation devant le terrorisme" car les émeutes se poursuivent

Une Palestinienne compte son argent après avoir reçu son salaire à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018. (Said Khatib/AFP)
Une Palestinienne compte son argent après avoir reçu son salaire à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018. (Said Khatib/AFP)

De longues files de Palestiniens se sont formées vendredi à Gaza pour toucher des arriérés de salaire ou des aides financés par le Qatar, dans un nouvel effort visant à dissiper les tensions dans et autour du territoire soumis à d’importantes restrictions. L’Autorité palestinienne a pour sa part critiqué l’envoyé – qui a amené l’argent dans des valises – le qualifiant de « gangster » et de « trafiquant ».

Au total, ce sont 90 millions de dollars qataris qui doivent être distribués en six mensualités de 15 millions, selon les autorités, principalement pour payer au moins partiellement les fonctionnaires du groupe terroriste islamiste au pouvoir dans l’enclave.

Des dizaines de Palestiniens se sont en effet pressés dans la matinée devant les guichets des bureaux de poste, exceptionnellement ouverts vendredi et samedi, exhibant ensuite plusieurs billets de cent dollars après plusieurs mois de paiements sporadiques des salaires dans la bande assiégée.

« Je suis venu chercher 400 dollars, au titre de mon salaire de juillet », dit Fadi Abou Safia, fonctionnaire de 35 ans, au principal bureau de poste de Gaza City.

Mohamed Abed al-Hadi, 27 ans, est venu, lui, collecter 700 shekels versés aux Palestiniens blessés dans les violences des derniers mois, « une belle somme au vu des conditions dans lesquelles nous vivons ».

Depuis des mois, des dizaines de milliers de fonctionnaires ne sont plus payés que sporadiquement, ajoutant aux tensions dans l’enclave palestinienne éprouvée par les guerres, les restrictions israéliennes et égyptiennes, la pauvreté et les pénuries.

L’argent est entré dans l’enclave palestinienne via Israël dans la soirée de jeudi, amené par l’envoyé du Qatar à Gaza, Mohammad al-Emadi, selon une source gouvernementale dans la bande.

Le Qatar a également fait savoir qu’il verserait 100 dollars à chacune des 50 000 familles pauvres de Gaza, ainsi que des sommes plus importantes aux Palestiniens blessés dans des affrontements le long de la frontière avec Israël.

Cette opération de transfert de fonds autorisée par Israël entrerait dans le cadre d’un accord qui verrait le Hamas, à court de liquidités, mettre un terme à des mois de manifestations violentes à la frontière en échange d’un allègement d’une partie du blocus imposé par Israël à Gaza.

Un Palestinien montre son argent après avoir reçu son salaire à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said Khatib/AFP)

Israël et l’Egypte ont largement fermé leurs frontières avec Gaza après que le Hamas, un groupe terroriste islamiste violent qui cherche à détruire Israël, a pris le contrôle de l’enclave, qui se trouvait alors aux mains de l’Autorité palestinienne, lors d’un coup d’Etat. Les deux pays affirment qu’il est nécessaire d’empêcher le trafic d’armes vers et depuis la bande.

Malgré l’accord, il y a encore eu des manifestations vendredi le long de la frontière, même si elles ont été plus modestes que ces dernières semaines.

Des centaines de Palestiniens se sont rassemblés en différents points, mais pour la majorité à relative distance de la barrière gardée par les snipers israéliens, et les affrontements ont été limités, ont constaté des journalistes de l’AFP et des témoins.

Singulièrement, un convoi diplomatique qatari approchant les manifestants à l’est de la ville de Gaza a essuyé des jets de pierres et a rapidement rebroussé chemin.

Selon des informations, les Palestiniens ont également lancé des dispositifs explosifs aux soldats israéliens et deux hommes ont tenté d’ouvrir une brèche dans la frontière. L’armée a répond par des gaz lacrymogènes et des moyens de dispersion d’émeutes. Le mouvement de protestation a fait, du côté palestinien, au moins un mort et 37 blessés, a annoncé le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

L’entreprise d’apaisement fait grincer des dents de part et d’autre, notamment du côté de l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas.

Ahmed Majdalani, haut-responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, en Cisjordanie, s’est fait l’écho de cette colère.

Ce qu’a fait l’ambassadeur du Qatar, « trafiquant de l’argent » à Gaza dans des valises, s’apparente à des « agissements de gangster », a dit Ahmed Majdalani à l’AFP.

« L’OLP n’a pas souscrit à l’accord qui a aidé au transfert de cet argent au bénéfice du Hamas de cette façon », a-t-il ajouté.

Interlocutrice palestinienne historiquement reconnue de la communauté internationale, l’Autorité se juge court-circuitée et redoute une reconnaissance de fait et la pérennisation du contrôle du Hamas sur Gaza.

Un tel accord ne peut que nuire aux initiatives égyptiennes de réconciliation entre le Hamas et l’AP et il est susceptible d’aider le groupe terroriste à consolider son contrôle sur Gaza, a déploré Majdalani.

Les Palestiniens font la queue pour recevoir leurs salaires à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said Khatib/AFP)

Même si Israël a donné son feu vert à l’entrée des fonds au sein de l’enclave côtière, le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a lui aussi critiqué cette initiative.

« C’est une capitulation devant le terrorisme et en effet, Israël achète un calme à court-terme avec de l’argent tout en sapant gravement la sécurité à long-terme », a-t-il commenté, des propos repris vendredi par le Yediot Aharonot.

Dans un autre accord approuvé par Israël, le Qatar a commencé à acheter du carburant supplémentaire à destination de la seule centrale électrique de Gaza, permettant une réduction de la pénurie à un niveau jamais connu au cours de ces dernières années.

L’Egypte et les Nations Unies mènent des négociations indirectes pour conclure une trêve à long-terme entre le Hamas et Israël. Le groupe terroriste a combattu trois guerres contre l’Etat juif depuis 2008.

Faisant la tournée des manifestations qui ont eu lieu vendredi, le leader du Hamas, Yahya Sinwar, a nié qu’un accord avait été passé avec Israël mais il a indiqué que le groupe oeuvrait avec l’ONU, l’Egypte et le Qatar à mettre un terme au blocus.

Des affrontements meurtriers ont accompagné le mouvement de protestation majeur le long de la frontière entre Israël et Gaza qui a commencé le 30 mars, faisant naître par moment la crainte d’une nouvelle guerre ouverte entre l’Etat juif et le Hamas.

Israël accuse le Hamas, qui a juré la destruction d’Israël, d’avoir orchestré les manifestations et de les utiliser comme couverture pour commettre des attentats contre les soldats stationnés à la frontière.

Des Palestiniens jettent des pierres sur un véhicule militaire pendant une manifestation à proximité de la frontière entre Israël et Khan Yunis dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)

Depuis le début des manifestations souvent violentes à la frontière, le 30 mars, plus de 150 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens pendant les émeutes et les affrontements qui ont suivi, notamment un certain nombre de personnes qui avaient franchi la clôture de la frontière. Des douzaines de victimes appartenaient au Hamas.

Un soldat israélien a été tué par un sniper palestinien.

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