L’ex-avocat de Netanyahu : « Le Premier ministre ignorait mes transactions »
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L’ex-avocat de Netanyahu : « Le Premier ministre ignorait mes transactions »

"Je n'ai jamais parlé de ça avec lui", a dit David Shimron après que la police a recommandé son inculpation dans l'affaire de fraude des sous-marins

David Shomron à la cour de district de Jérusalem, le 15 juin 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
David Shomron à la cour de district de Jérusalem, le 15 juin 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ancien avocat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, a insisté jeudi sur le fait que le Premier ministre n’a jamais eu connaissance d’activités illicites dans le cadre de l’achat de sous-marins auprès d’un constructeur naval allemand après que la police a recommandé l’inculpation d’un certain nombre de conseillers de Netanyahu – dont Shimron – dans une enquête criminelle portant sur des actes de corruption présumés.

Shimron, qui est également le cousin de Netanyahu, figure parmi les six personnalités de haut rang qui, selon la police, pourraient être accusées de pots-de-vin dans « l’Affaire 3000 », qui concerne l’acquisition par l’Etat juif de sous-marins fabriqués par le géant industriel allemand ThyssenKrupp pour des centaines de millions de dollars.

La police a fait savoir qu’il y avait également suffisamment de preuves pour inculper l’ancien chef-adjoint du conseil de sécurité nationale, le général de brigade (réserviste) Avriel Bar-Yosef; l’ancien dirigeant de la marine, Eliezer Marom ; David Sharan, ancien chef de cabinet de Netanyahu ; le général de brigade Shay Brosh ainsi que l’ancien ministre Eliezer Sandberg.

L’implication de Shimron dans l’affaire résulte de sa participation en tant que représentant légal de Miki Ganor, qui représentait ThyssenKrupp en Israël et qui a été suspect dans l’affaire avant de devenir témoin de l’accusation au mois de juin 2017. La police a fait savoir que Shimron était soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire pour des pots-de-vin, agissant « au nom de Ganor en tant que représentant de l’entreprise allemande, afin de promouvoir l’accord entre cette dernière et Israël, en utilisant son statut et sa proximité avec le Premier ministre et les responsables publics avec lesquels il a travaillé ».

Il est également soupçonné de fraude et de blanchiment d’argent pour avoir aidé Ganor, de manière illégale, à mettre à l’abri des investissements au Crédit Suisse, une banque suisse.

Shimron est soupçonné d’avoir favorisé un contrat dans le secteur de la défense d’un montant de 6 milliards de shekels, portant sur l’achat de sous-marins et autres navires pour protéger les champs maritimes de gaz naturel du pays, une transaction qui pourrait lui avoir ramené une forte commission. Le rôle de Netanyahu dans cette acquisition, et notamment le fait qu’il ait insisté pour que Thyssenkrupp soit exclu de l’appel d’offres traditionnel lancé par le ministère de la Défense, a laissé penser à un conflit d’intérêts pour Shimron. Une partie de l’accord qui aurait été avancé par Shimron aurait également compris la construction, par ThyssenKrupp, d’un chantier naval très lucratif en Israël où la compagnie aurait assuré la maintenance des nouveaux vaisseaux.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à bord du sous-marin « Rahav » sur la base de la marine à Haïfa, le 12 janvier 2012. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Malgré les liens entretenus par Netanyahu avec les suspects dans ce dossier, Shimron a rejeté les affirmations disant que Premier ministre – qui a été interrogé comme témoin mais pas comme suspect dans ce scandale – a eu connaissance ou a été impliqué dans les malversations présumées.

« Je ne donne pas au Premier ministre des informations sur mes clients, tout comme je ne lui pose pas de questions sur les sujets variés dont il s’occupe », a dit Shimron lors d’un entretien accordé à la chaîne israélienne Hadashot.

« Les gens peuvent dire toutes sortes de choses. La question est de savoir quelle est la vérité, et la vérité est que je n’ai jamais discuté de tout ça avec lui. Je ne pense pas que c’était nécessaire de lui parler de ça, je le pensais déjà et je le pense encore rétrospectivement », a-t-il ajouté.

Shimron a nié toute malversation de sa part et a indiqué penser que les procureurs cloront le dossier sans inculpation.

« J’ai agi conformément à la loi à 100 %, et à 100 % en tant qu’avocat », a-t-il ajouté, tout en niant avoir passé un accord avec Ganor pour une réduction de sa commission dans la transaction effectuée avec ThyssenKrupp.

Aux côtés des cinq autres suspects, la police a recommandé l’inculpation de Shimron pour pots-de-vin, fraude, abus de confiance, blanchiment d’argent et d’autres charges moins importantes.

Un avocat de Shimron a estimé que les recommandations faites par la police montraient que son client n’était aucunement impliqué dans des actes de corruption relatifs aux sous-marins.

« Aujourd’hui, tout le monde peut voir que ce que nous avons toujours affirmé était vrai : Shimron n’était pas lié aux sous-marins, il n’a pas été intermédiaire dans un accord d’achat de sous-marins, il n’a pas été le partenaire de Ganor en liaison avec les sous-marins ou quoi que ce soit d’autre », a estimé Amit Hadad dans un communiqué.

« Et il n’a jamais été question qu’il reçoive, ou qu’il ait reçu, neuf millions d’euros pour la transaction sur les sous-marins », a ajouté Hadad, se référant à un reportage diffusé à la télévision sur le montant que Ganor aurait promis à Shimron dans le cadre de l’accord d’acquisition.

La police a déclaré qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour recommander l’inculpation de l’ancien conseiller et confident de Netanyahu, Yitzhak Molcho, le partenaire de Shimron, qui est également lié au dossier.

(De gauche à droite) L’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, son ancien envoyé diplomatique Yitzhak Molcho, son ancien chef de bureau David Sharan, l’ancien vice-président à la sécurité nationale Avriel Bar-Yosef et l’ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom (Crédit : Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a jamais été mis en cause, mais a été interrogé dans le cadre de cette enquête.

Suite à l’annonce des enquêteurs, jeudi, un certain nombre de personnalités issues de l’opposition ont réclamé la démission de Netanyahu.

Les recommandations vont maintenant être examinées par les procureurs de l’Etat qui décideront d’éventuelles poursuites.

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