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Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed Al Ansari, s'adressant à Reuters après que le Qatar a contribué à la médiation d'un accord de cessez-le-feu à Gaza, à Doha, au Qatar, le 20 janvier 2025. (Crédit : Reuters/Imad Creidi)
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed Al Ansari, s'adressant à Reuters après que le Qatar a contribué à la médiation d'un accord de cessez-le-feu à Gaza, à Doha, au Qatar, le 20 janvier 2025. (Crédit : Reuters/Imad Creidi)
Interview

Accord progressif pour Gaza : un responsable qatari déplore un changement des règles du jeu

Selon un responsable qatari, l’offre acceptée par le Hamas grâce aux médiateurs arabes correspond à 98 % à la proposition faite par Witkoff avant qu’Israël n’exige de nouvelles conditions rendant l’accord impossible

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

DOHA, Qatar — Le 18 août, les médiateurs arabes pensaient avoir enfin réussi à obtenir une percée dans les pourparlers lorsqu’ils ont convaincu le Hamas d’accepter une proposition de cessez-le-feu et de libération des otages en plusieurs étapes, presque identique à celle présentée par l’émissaire américain Steve Witkoff et approuvée par Israël un mois auparavant.

C’était environ trois semaines après l’échec des négociations à Doha, alors qu’Israël et les États-Unis avaient rappelé leurs équipes de négociateurs en raison des nouvelles conditions ajoutées par le Hamas, que Jérusalem et Washington refusaient d’accepter.

Au cours de cette période, Israël a fait savoir ne plus être intéressé par le cadre progressif qui avait été envisagé, un cadre que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait commencé à promouvoir quelque 16 mois plus tôt pour tenter d’obtenir la libération d’au moins une partie des otages sans s’engager d’emblée à mettre définitivement fin à la guerre.

Mais l’Égypte et le Qatar, les médiateurs arabes, ont décidé de s’en tenir au scénario existant : une trêve de deux mois pendant laquelle environ la moitié des otages restants seraient relâchés, tandis qu’Israël et le Hamas entameraient des pourparlers sur un cessez-le-feu permanent, ainsi que sur la libération des captifs encore détenus à l’issue de ces 60 jours. Selon Le Caire et Doha, les divergences subsistant après la proposition du Hamas du 24 juillet étaient suffisamment minimes pour être comblées – par comparaison au fossé presque infranchissable qui séparerait les deux parties si les négociations portaient sur un accord en une seule phase pour mettre un terme à la guerre.

Tout au long de leurs opérations, les médiateurs ont tenu Witkoff informé, convaincus qu’il leur apporterait son soutien s’ils réussissaient. Mais lorsqu’ils l’ont averti de l’imminence d’une percée, l’envoyé américain est resté silencieux pendant près de deux semaines, déclarant ensuite à Fox News que la « position officielle » était opposée aux accords de libération d’otages en plusieurs étapes.

Dans une interview accordée lundi depuis Doha au Times of Israel, Majed al-Ansari, porte-parole du négociateur en chef du Qatar, le Premier ministre Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, s’est abstenu de toute critique explicite de l’attitude de Washington, faisant toutefois remarquer que « modifier les règles du jeu à chaque étape de cette crise a pour unique conséquence de rendre impossible toute conclusion d’un accord ».

Cette photo fournie par l’Amiri Diwan du Qatar montre l’émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani (à droite), lors d’une rencontre avec le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi à Doha, le 13 avril 2025. (Crédit : Amiri Diwan du Qatar/AFP)

Witkoff et Netanyahu, pour leur part, ont respectivement affirmé que le Hamas avait « joué la montre » et les « avait induits en erreur » lors des précédents cycles de négociations, justifiant ainsi leur décision de changer d’approche pour exiger un accord en une seule phase.

Pour les critiques du Premier ministre israélien, l’État juif a également ajouté des conditions ou fait traîner les négociations, empêchant ainsi la conclusion d’accords sur les otages à des stades plus précoces de la guerre.

Bien que le Hamas propose depuis longtemps de relâcher tous les otages en échange de la fin de la guerre, ainsi que l’exige désormais Netanyahou, Jérusalem conditionne en outre la fin du conflit au désarmement du groupe terroriste, à la démilitarisation de la bande de Gaza, au maintien d’un contrôle sécuritaire global d’Israël sur l’enclave côtière et à la mise en place, pour gouverner le territoire, d’une nouvelle administration civile qui ne soit ni le Hamas, ni l’Autorité palestinienne.

« Ces conditions ressemblent-elles à ce qu’une partie à un conflit pourrait accepter dans le cadre d’un accord final ? Ce qui est demandé, c’est pratiquement ce qui se produit lorsqu’une partie capitule », a fait valoir Ansari. « Les Israéliens tentent d’apporter une réponse militaire à cette question depuis [près de] deux ans. Qu’espèrent-ils ? Obtenir ces résultats militaires par la voie diplomatique ? »

Le haut responsable qatari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Doha, a indiqué que malgré le rejet apparent par Washington de la proposition de cessez-le-feu des médiateurs arabes, une proposition « qui correspond à 98 % de celle de Witkoff », les intermédiaires n’ont pas l’intention d’abandonner et « envisagent toujours » d’autres pistes, prévoyant un accord « plus complet ».

La menace d’une pression militaire

Par ailleurs, Israël poursuit ses plans visant à prendre le contrôle de Gaza-City, où environ un million de Palestiniens ont trouvé refuge après avoir été déplacés à plusieurs reprises au cours des 22 mois de cette guerre déclenchée par l’attaque brutale du Hamas contre le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Le Hamas a notamment accepté de revenir sur ses exigences du 24 juillet, mais seulement après que le cabinet de sécurité a approuvé le projet de Netanyahu de prendre le contrôle de Gaza-City, que le Premier ministre qualifie de dernier bastion du Hamas, une expression qu’il avait également utilisée pour décrire la ville frontalière de Rafah, au sud de la bande de Gaza, avant que Tsahal ne l’envahisse au printemps 2024.

Si Ansari a reconnu que la menace d’une pression militaire avait pu s’avérer efficace, il a toutefois souligné qu’Israël n’avait pas su saisir l’occasion d’un accord diplomatique une fois que cette pression avait fait plier le Hamas.

Des Palestiniens déplacés fuyant le nord de la bande de Gaza se déplacent avec leurs biens le long de la route côtière, près de Wadi Gaza, le 30 août 2025. (Crédit : AP Photo/Abdel Kareem Hana)

« La menace d’une pression militaire et une pression militaire réellement exercée sur le terrain sont deux choses distinctes », a-t-il rappelé. « Si vous menacez de me poignarder, vous pouvez me faire changer d’avis, mais une fois que vous m’avez poignardé, tout ce que je peux faire, c’est [riposter, sur le même mode]. »

Mais pour les défenseurs du gouvernement, la menace d’une pression militaire n’est efficace que si elle s’avère crédible.

Pour sa part, Ansari a noté que « l’intensification des opérations à Gaza-City aura pour seul effet le déclenchement d’une riposte militaire totale de la part du Hamas », qui ne pourra déboucher que sur une « guérilla ».

« L’histoire récente nous a appris qu’il ne s’agit pas d’un type de combat dans lequel les armées excellent lorsqu’elles affrontent un peuple sur son terrain », a-t-il ajouté.

Des occasions manquées

Selon le responsable qatari, ce n’est pas la première fois qu’Israël manque une occasion de parvenir à un accord.

« Il y a eu, sur la table, des accords qui auraient permis à la majorité des otages de retrouver leurs familles, qui auraient apporté la paix dans notre région, qui auraient mis fin au bain de sang à Gaza et qui auraient garanti la sécurité, non seulement pour Israël, mais pour toute la région », a déclaré Ansari.

« La proposition de Witkoff apportait une solution très claire pour sortir de cette impasse », a-t-il poursuivi. « Nous avions le soutien des Américains, celui des Israéliens et, enfin, celui du Hamas. Mais c’était sans compter les positions politiques. »

« L’approche dogmatique et la perception de la crise, qui ne reflétaient pas la réalité du terrain, ont fini par être [déterminantes] », a ajouté le haut responsable qatari, faisant apparemment référence à la décision des États-Unis et d’Israël de se retirer des négociations le 24 juillet, alors que les médiateurs arabes estimaient qu’un accord était encore à portée de main.

L’envoyé spécial américain Steve Witkoff (2ᵉ à gauche) et l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee (3ᵉ à gauche) visitant un site de distribution de la Fondation humanitaire de Gaza, le 1ᵉʳ août 2025. (Crédit : Mike Huckabee/X)

Interrogé sur la décision du Hamas de décliner la proposition dite « Witkoff » telle qu’elle était formulée en juillet, Ansari a admis que le groupe terroriste avait également manqué plusieurs occasions, ignorant à chaque fois les mises en garde des médiateurs arabes selon lesquelles plus la guerre se prolongeait, plus les conditions permettant la conclusion d’un accord se détérioraient.

L’occupation de Gaza-City, qui aura des conséquences humanitaires catastrophiques, n’incitera aucune des parties à conclure un accord… Nous avons averti les Israéliens qu’ils mettaient leurs otages, leur peuple en danger, sans aucune vision stratégique de leurs objectifs

Mais à mesure que la situation se dégrade à Gaza, pour le Hamas, les otages et les civils palestiniens , la volonté de faire des compromis du groupe fondamentaliste pourrait également s’affaiblir, a déclaré Ansari.

« L’occupation de la ville de Gaza, qui aura des conséquences humanitaires catastrophiques, n’incitera aucune des parties à conclure un accord », a-t-il affirmé. « Nous avons averti les Israéliens qu’ils mettaient leurs otages, leur peuple en danger, sans aucune vision stratégique de leurs objectifs. »

Selon lui, cette opération est « un pari que le gouvernement israélien semble vouloir prendre, mais qui fera courir des risques à toute la région ».

Sur le fait de savoir si le début des opérations dans Gaza-City marquerait un point de non-retour pour les négociations sur les otages, il a estimé que les pourparlers étaient plus difficiles à mener sous le feu des armes, et que les chances d’aboutir à un accord « baissaient considérablement ».

Des jeunes garçons se tiennent debout dans les décombres d’un bâtiment effondré qui a été touché par des bombardements dans le camp de réfugiés palestiniens de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 août 2025. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Il a toutefois insisté sur le fait que les médiateurs arabes continueraient à s’engager sur la question, ainsi qu’ils l’ont fait jusqu’à présent.

Leur dernière proposition « est très probablement la quatrième ou cinquième version de ce même document [datant d’il y a un an et demi]. À l’époque, elle était surnommée ‘proposition Biden' », a indiqué Ansari, faisant référence au cadre soutenu par le président américain de l’époque. « Toutes ces propositions permettaient de sortir de l’impasse de cette [guerre]. »

Rejoindre le chœur anti-Hamas

« Après la conférence sur la solution à deux États à New York, en particulier (…) on a vu émerger une position très claire, un consensus international, avec très peu de résistances, mais [les Israéliens] n’ont pas saisi cette occasion », a déploré le haut responsable qatari.

Lors de cette conférence, le Qatar a rejoint les autres États de la Ligue arabe, signant une déclaration commune appelant le Hamas à relâcher les otages, à déposer les armes et à mettre fin à son règne sur Gaza.

La missive organisée par la France et l’Arabie saoudite a surpris bon nombre de critiques du Qatar, qui depuis longtemps reprochent à cet État du Golfe ses liens avec le Hamas, dont les dirigeants sont accueillis à Doha depuis 2012.

« Nous jouons le rôle de médiateur depuis 2006. Mais cela ne veut pas dire pas que nous tolérons les agissements des deux camps », a souligné Ansari.

L’émir du Qatar, Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, au centre, le président palestinien Mahmoud Abbas, à gauche, et le chef du Hamas, Khaled Mashaal, arrivent pour signer un accord à Doha, au Qatar, le 6 février 2012. (Crédit : AP Photo/Osama Faisal, File)

Le Qatar appelle depuis longtemps à la réunification de Gaza et de la Cisjordanie sous la seule gouvernance de l’Autorité palestinienne, a-t-il rappelé.

Mais Doha, à la demande d’Israël, a également versé des centaines de millions de dollars d’aide à Gaza, contribuant ainsi, pendant des années, à soutenir le Hamas.

Le Qatar a aussi financé l’Autorité palestinienne à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars, a souligné Ansari, plaidant dans le même temps pour que le Hamas puisse conserver une place dans la politique palestinienne.

Les propos mentionnés dans la déclaration commune contre le groupe terroriste, a-t-il convenu, allaient plus loin que ce que Doha avait pu dire auparavant. Mais ils « reflétaient le consensus en vigueur dans la région sur ce qui doit être fait concernant la question palestinienne ».

L’émir Tamim bin Hamad al-Thani, le gouvernant du Qatar depuis 2013, à gauche, rencontre les chefs du Hamas Ismail Haniyeh, à droite, et Khaled Mashal à Doha, le 17 octobre 2017. Illustration (Crédit : Qatar government handout)

À la question de savoir si la rupture avec le Hamas pourrait conduire le Qatar à expulser de Doha les dirigeants du groupe terrorist, Ansari a répondu que la médiation était l’unique raison pour laquelle son pays jouait ce rôle d’hôte, répondant à une demande de longue date des États-Unis et d’Israël.

« En l’absence de médiation, alors c’est une autre histoire », a-t-il déclaré, faisant référence à la décision prise par le Qatar de demander discrètement aux dirigeants du Hamas de quitter le pays à la fin de l’an dernier, lorsque les négociations sur les otages se sont retrouvées dans une impasse. Witkoff a ensuite suggéré à Doha de rappeler les dirigeants du groupe, estimant que cette stratégie permettrait de relancer les pourparlers, qui ont finalement abouti à un cessez-le-feu temporaire en janvier.

Qatargate

Même si les gouvernements successifs de Netanyahu ont profité des relations entre le Qatar et le Hamas, celles-ci ont fait de Doha un bouc émissaire bipartite en Israël.

Ansari ne se laisse toutefois pas impressionner. « Netanyahu est une constante dans la région depuis 1996. La première fois qu’il a été élu Premier ministre, j’étais encore à l’école. La manière dont ce gouvernement fonctionne n’est pas quelque chose de nouveau, auquel nous devons apprendre à faire face. »

« Utiliser le Qatar comme bouc émissaire est un sport très prisé dans de nombreux pays. C’est en raison de notre rôle de médiation, en raison de notre engagement… que l’on nous prend pour cible », a expliqué Ansari.

Mais en Israël, deux collaborateurs de Netanyahu font l’objet d’une enquête pénale, suspectés d’avoir travaillé pour un cabinet de lobbying pro-Qatar dirigé par l’ancien directeur de campagne du Premier ministre tout en étant employés par ce dernier, ainsi que d’avoir continué à travailler pour le Qatar bien après le 7 octobre.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le tribunal de Tel Aviv, où il témoigne dans le cadre de son procès pour corruption, le 10 mars 2025. L’exposition comprend une « valise remplie d’argent liquide » représentant les paiements du Qatar à Gaza, ainsi qu’une banderole sur le « Qatargate ». (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le Qatar a agi en toute transparence, a souligné Ansari.

« Notre ligne de communication avec le peuple et le gouvernement israéliens est très claire. Nous n’avons besoin d’aucun autre support pour influencer l’opinion », a-t-il déclaré, ajoutant que son interview avec le Times of Israel était la dernière manifestation en date d’une série d’engagements constants avec les médias israéliens, une politique à l’encontre de celle de la plupart des autres gouvernements arabes de la région, même de ceux qui, contrairement à Doha, maintienaient des relations diplomatiques complètes avec Jérusalem.

Interrogé sur les aveux des collaborateurs de Netanyahu impliqués dans l’affaire, qui ont reconnu avoir reçu des fonds du Qatar, Ansari n’a fait aucun commentaire, notant que cette question « relevait de la compétence des tribunaux » et qu’il « n’avait pas l’intention d’influencer la procédure judiciaire en faisant des déclarations qui contrediraient ou valideraient ce qui est dit devant les tribunaux ».

La pression américaine est cruciale, parmi toutes

Alors que les relations entre le Qatar et Israël présentent des tensions de longue date, celles unissant le Qatar et les États-Unis sont au beau fixe grâce à l’administration Trump, a confié Ansari.

« Nous avons collaboré non seulement sur la question palestinienne, mais aussi sur de nombreux autres dossiers à travers le monde, certains connus, d’autres moins », a-t-il révélé. « Nous sommes convaincus que cette administration peut accomplir de grandes choses en matière de consolidation de la paix à l’échelle internationale. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la cérémonie d’inauguration du nouveau musée de la Knesset, à Jérusalem, le 11 août 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour parvenir à un accord à Gaza, « c’est la pression américaine qui va amener les Israéliens à la table des négociations », a-t-il poursuivi.

« Finalement, il s’agit d’une décision politique [qui doit être prise] en Israël », a ajouté Ansari. « Nous avons écouté ce que l’armée israélienne a dit au sujet de l’opération à Gaza. Nous avons écouté ce qu’elle a dit au sujet de la [nécessité d’un] accord. Nous sommes donc conscients qu’il s’agit d’une décision purement politique (…) qui doit être prise par les mêmes responsables politiques qui rendent difficile la conclusion de cet accord. »

« De toute évidence, une pression de la communauté internationale sera nécessaire. Et particulièrement celle des États-Unis », a souligné Ansari.

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