La Conférence de l’ONU sur la solution à deux États boycottée par les États-Unis et Israël
La conférence s'est tenue après un retard dû à la guerre entre Israël et l'Iran ; le Luxembourg pourrait rejoindre la France dans la reconnaissance d'un Etat palestinien
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des dizaines de ministres se sont réunis lundi lors d’une conférence des Nations unies pour exhorter la communauté internationale à œuvrer en faveur d’une solution à deux États entre Israël et les Palestiniens, alors qu’Israël et les États-Unis ont boycotté l’événement.
L’Assemblée générale des Nations unies, qui compte 193 membres, avait décidé au mois de septembre dernier qu’une telle conférence se tiendrait en 2025. Accueillie par la France et l’Arabie saoudite, la conférence avait été reportée en juin en raison de la guerre entre Israël et l’Iran.
« Nous devons veiller à ce qu’elle ne devienne pas un nouvel exercice de rhétorique bien intentionné », a commenté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans son discours d’ouverture.
Quelques jours avant la conférence, le président français Emmanuel Macron avait annoncé qu’il reconnaîtrait officiellement la création d’un État palestinien au mois de septembre, provoquant une forte opposition de la part d’Israël et des États-Unis.
Le Luxembourg a laissé entendre, lundi, qu’il pourrait suivre la France et reconnaître un État palestinien au mois de septembre, avec la possibilité que d’autres pays annoncent des plans similaires lorsque la conférence reprendra mardi.
La France espère que la Grande-Bretagne suivra son exemple. Plus de 200 députés britanniques ont exprimé vendredi leur soutien à cette idée, mais le Premier ministre Keir Starmer a estimé que la reconnaissance d’un État palestinien « doit faire partie d’un plan plus large ».
Depuis des décennies, la majorité des membres des Nations unies soutiennent une solution à deux États, Israël et un État palestinien coexistant.
Toutefois, la création d’un État palestinien et de ses futures frontières semble splus éloignée que jamais après plus de 21 mois de guerre dévastatrice à Gaza – une guerre qui avait été déclenchée par le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023 – et alors que les implantations israéliennes en Cisjordanie ne cessent de s’élargir et que les responsables israéliens ont fait part de leur intention d’annexer le territoire en même temps que la bande de Gaza.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué qu’il serait « illusoire de penser que l’on peut parvenir à un cessez-le-feu durable sans avoir les grandes lignes de ce qui se passera à Gaza après la fin de la guerre, et sans avoir un horizon politique ».
En plus d’encourager la migration massive des Palestiniens de Gaza, Israël a donné peu de détails sur ce que le pays envisage pour l’enclave côtière au lendemain de la guerre. Le gouvernement s’est opposé aux appels lancés à l’international en faveur d’une Autorité palestinienne qui prendrait le contrôle du territoire.
Barrot a expliqué aux journalistes, aux Nations unies, que s’il existait un consensus international sur le fait qu’il était temps de trouver une solution politique au conflit israélo-palestinien, les paroles devaient être suivies d’un passage à l’acte.
« La Commission européenne, au nom de l’UE, doit exprimer ses attentes et elle doit montrer les moyens qui permettront d’inciter le gouvernement israélien à entendre cet appel », a-t-il ajouté.
L’objectif poursuivi par la conférence, a continué le chef de la diplomatie française, est ‘d’inverser la tendance de ce qui est en train de se passer dans la région – avec avant tout l’effacement de la solution des deux États, qui est depuis longtemps la seule solution susceptible d’apporter la paix et la sécurité dans la région ».
Il a exhorté la Commission européenne à demander à Israël de lever le blocus financier à hauteur de deux milliards d’euros dus par le gouvernement israélien, a-t-il dit, à l’Autorité palestinienne, sommant le pays d’arrêter la construction d’implantations en Cisjordanie, qui menace l’intégrité territoriale d’un futur État palestinien, et de mettre fin au système « militarisé » de distribution des aides humanitaires à Gaza par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), un mécanisme soutenu par les États-Unis et Israël. Les détracteurs de la GHF ont évoqué des centres d’assistance qui se sont transformés en « pièges mortels », avec des centaines de Palestiniens qui ont été tués alors qu’ils tentaient de s’y rendre pour obtenir une assistance essentielle.
De son côté, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré lundi que « cette conférence ne favorise pas la recherche d’une solution, elle ne fait qu’aggraver l’illusion. Au lieu d’exiger la libération des otages et d’œuvrer au démantèlement du règne terroriste du Hamas, les organisateurs de la conférence se livrent à des discussions et à des séances plénières déconnectées de la réalité. »
L’administration Trump, pour sa part, a dénoncé un sommet « improductif et inopportun », estimant qu’il s’apparentait « à un coup de pub qui intervient au milieu d’efforts diplomatiques délicats qui visent à mettre un terme au conflit ».
« Loin de promouvoir la paix, la conférence prolongera la guerre, elle enhardira le Hamas, elle récompensera son obstruction et elle sapera les efforts réels pour parvenir à la paix », a fait savoir le département d’État dans un communiqué.
Les États-Unis ont une nouvelle fois reproché à Macron d’avoir déclaré qu’il reconnaîtrait un État palestinien au mois de septembre, notant que l’annonce française avait été saluée par le Hamas. La décision de Paris a également été accueillie avec chaleur par l’Autorité palestinienne, plus modérée, qui soutient une solution à deux États avec Israël.
Le communiqué américain s’est, par ailleurs, abstenu de critiquer l’Arabie saoudite, qui a contribué à l’annonce de Macron et qui a co-organisé la conférence prévue cette semaine à l’ONU. Trump a tissé une relation de proximité avec le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman, qui s’est engagé à investir des milliards dans l’économie américaine.
Le communiqué américain n’a pas fait part d’un positionnement plus large sur la question de la solution à deux États. Les responsables de l’administration Trump ont évité de se prononcer sur le sujet – mais ils n’ont pas critiqué le gouvernement israélien lorsque ce dernier a pris des mesures en Cisjordanie qui éloignaient ce cadre.
En plus de faciliter les conditions de la reconnaissance de la Palestine, les responsables français ont indiqué que la conférence allait se concentrer sur trois autres questions : la réforme de l’Autorité palestinienne, le désarmement du Hamas et son exclusion de la vie publique palestinienne, ainsi que la normalisation des relations entre Israël et les États arabes.
L’Arabie saoudite a répété que la normalisation de ses liens avec Israël « ne pourra passer que par la création d’un État palestinien ».
Prenant la parole lors d’une conférence de presse en marge de la conférence aux Nations unies, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan, a fait savoir que ce positionnement était conforme à celui dont le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait fait part, il y a un an.
« Il est fondé sur la ferme conviction que seule la création d’un État palestinien et la prise en compte des droits légitimes du peuple palestinien à l’autodétermination nous permettront de parvenir à une paix durable et à une véritable intégration dans la région », a commenté le prince Faisal.
Les responsables israéliens insistent depuis longtemps sur le fait que Ryad serait prêt à accepter moins, voire à se contenter d’un simple discours d’intention favorable à une solution à deux États pour accepter de normaliser ses relations avec Israël.
Une idée à laquelle les officiels saoudiens se sont opposés avec véhémence, exigeant qu’Israël établisse une voie irréversible, assortie d’un calendrier, vers la création d’un État palestinien.
Le gouvernement israélien actuel de Benjamin Netanyahu rejette depuis longtemps un tel cadre. L’État juif a pris des mesures pour annexer officiellement des pans de la Cisjordanie revendiqués par les Palestiniens dans le cadre de leur futur État.
Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Muhammad Mustafa, a profité de la conférence pour relancer l’appel de Ramallah en faveur de la remise en liberté de tous les otages, demandant également au Hamas de mettre fin à son contrôle sur Gaza et de transférer ses armes à l’Autorité palestinienne, lors d’un discours qui visait à promouvoir une solution à deux États.
« Tous les pays ont la responsabilité d’agir maintenant pour mettre fin à la guerre qui est menée contre notre peuple à Gaza et dans toute la Palestine, pour garantir la libération de tous les otages et de tous les prisonniers, et pour garantir le retrait des forces d’occupation israéliennes », a-t-il déclaré.
Mustafa a ajouté que l’Autorité palestinienne était prête à accueillir et à coordonner une force arabe internationale qui aiderait à stabiliser Gaza après la guerre.
Si Israël s’est montré ouvert à l’idée d’obtenir l’aide de pays arabes tels que les Émirats arabes unis, ces pays ont conditionné ce soutien à l’implication de l’Autorité palestinienne, qu’Israël rejette depuis longtemps, assimilant l’entité basée à Ramallah au Hamas.
« Nous devons tous œuvrer à la réunification de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, avec y-compris Jérusalem-Est, sans occupation, sans siège, sans colonies, sans déplacements forcés et sans annexion », a continué Mustafa. « Nous devons reconstruire Gaza avec et pour notre peuple, nous devons mettre fin à l’occupation, nous devons parvenir à l’indépendance palestinienne et mettre en œuvre la solution à deux États, où la Palestine et Israël vivront côte à côte, dans la paix et la sécurité, afin de parvenir à la paix, à la sécurité et à la prospérité dans la région »
la Communauté du Times of Israël !







