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Des gens font leurs courses dans une succursale du supermarché Osher Ad à Talpiot, Jérusalem, le 12 novembre 2017. Yonatan Sindel/Flash90)
Des gens font leurs courses dans une succursale du supermarché Osher Ad à Talpiot, Jérusalem, le 12 novembre 2017. Yonatan Sindel/Flash90)

Comment une poignée d’entreprises contrôlent les prix, rançonnent les Israéliens

La forte concentration du marché et le manque de concurrence expliquent pourquoi Israël est classé huitième pays au coût de la vie le plus élevé, devant Singapour

Cet article a été rédigé en février 2020.

S’il y a une chose que les Israéliens détestent, c’est d’être des « fraierim » – des pigeons. Mais il semble que ce soit le cas de nombreux consommateurs lorsqu’il s’agit d’acheter des articles pour la maison.

Peu de gens savent que lorsqu’ils nettoient leur cuisine, le prix de leur savon liquide Palmolive et de leur spray pour vitres Ajax est fixé dans tout le pays par un seul importateur et distributeur israélien, qui leur fournit également leur dentifrice Colgate et Elmex, les produits de beauté Revlon et Neutrogena, le déodorant Speed Stick, les pansements et autres.

Toutes ces marques sont franchisées exclusivement à une société dont peu de gens ont entendu parler, appelée Schestowitz.

Fondée en 1954 par Shimon Schestowitz et dirigée aujourd’hui par Yoni Schestowitz, elle détient également les droits exclusifs d’importation et de distribution de marques de mode telles qu’Abercrombie and Fitch, Issey Miyake, Burberry, Calvin Klein et Jimmy Choo.

Des mannequins portent des créations de la collection prêt-à-porter d’Issey Miyake Automne-Hiver 2020-2021, qui a été présentée à Paris, le 1er mars 2019. (AP Photo/Michel Euler)

Si vous utilisez des brosses à dents Oral B, des rasoirs Gillette, du shampoing Wella ou Head & Shoulders pour les pellicules et que vous aimez grignoter du chocolat Cadbury’s, du Toblerone, des Oreo ou des Pringles, les prix que vous payez à la caisse sont fixés par un autre importateur et distributeur unique, peu connu mais également important, Diplomat.

Créé en 1963 par un partenariat entre une famille américaine du nom de Mendel et une famille israélienne du nom de Wyman, Diplomat est actuellement dirigé par Noam Wyman, qui officie discrètement, évitant les interviews dans les médias. Le quotidien économique, The Marker, qui couvre et fait campagne contre la concentration du pouvoir économique en Israël presque quotidiennement depuis 2008, l’a surnommé (en hébreu) « M. Coût élevé de la vie ».

Ensemble, Schestowitz et Diplomat jouissent des droits exclusifs d’importation et de distribution d’un nombre impressionnant de produits de marque que l’on retrouve dans la plupart des foyers israéliens.

Ce type de contrôle centralisé se retrouve dans toute l’économie israélienne. Il étouffe la concurrence, garantit que les prix restent élevés et contribue au fait que l’État juif a été classé au début de ce mois comme ayant le huitième coût de la vie le plus élevé au monde. Neuf ans après les protestations sociales massives contre ce coût de la vie, Israël a toujours plus de monopoles que les États-Unis ou tout autre pays européen.

Les manifestations sociales de 2011 et la chute des magnats des holdings

Après des manifestations de masse qui ont fait descendre des centaines de milliers d’Israéliens dans les rues de tout le pays – on estimait à l’époque que les dix plus grands groupes commerciaux contrôlaient 41 % de la valeur marchande des entreprises publiques – la Knesset a adopté une législation anti-trust pour encourager la concurrence et réduire les monopoles en 2013, [Law for Promotion of Competition and Reduction of Concentration].

La loi définit comme monopole une entreprise commerciale contrôlant plus de 50 % du marché et donne aux magnats de l’économie jusqu’en décembre 2019 pour réduire le nombre de couches autorisées dans les sociétés holding de type pyramidal. Elle interdit également aux entreprises de détenir des sociétés financières, telles que les banques et les compagnies d’assurance, dont la valeur dépasse les 40 milliards de shekels (10 milliards d’euros), ainsi que les sociétés non financières dont le chiffre d’affaires dépasse les 6 milliards de shekels (1,5 milliard d’euros). En effet, ces mêmes propriétaires utilisaient l’argent public pour contracter des prêts auprès de leurs propres banques afin de financer leurs propres entreprises.

'The people demand social justice' was a catchphrase of the social protests that erupted around the country in the summer of 2011. The Trajtenberg Committee was established following the protests. (photo credit: David Katz/The Israel Project)
« Le peuple exige la justice sociale » était un slogan des protestations sociales qui ont éclaté dans tout le pays à l’été 2011. (David Katz/The Israel Project)

Les magnats qui ont survécu avaient jusqu’à décembre 2019 pour se débarrasser de l’excès de possession. Selon The Marker, ceux qui ont investi dans des entreprises publiques [cotées en bourse] ont vendu des actions pour un montant de 5,5 milliards de shekels (1,4 milliard d’euros) en 2019 suite à la loi de 2013.

Mais après des scandales, plusieurs grands noms du monde des affaires sont également tombés en disgrâce.

Nochi Dankner, l’ancien propriétaire de l’Israel Discount Bank (IDB), a été condamné à trois ans de prison pour manipulation boursière et autres délits. Le 2 février, il a bénéficié d’une libération conditionnelle anticipée de quatre mois en raison de problèmes de santé non précisés, avec la bénédiction du président Reuven Rivlin.

L’ancien président du groupe IDB, Nochi Dankner, est libéré de la prison de Maasiyahu à Lod, le 2 février 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Les autorités tentent toujours de retrouver certains des biens de l’ancien magnat des médias et de l’immobilier Eliezer Fishman, qui a fait faillite en juin 2017.

L’actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch, est impliqué dans la fameuse affaire 4000. Il aurait bénéficié de 1,8 milliard de shekels (environ 500 millions d’euros) dans le cadre d’un accord illicite de contrepartie dans lequel le Premier ministre Benjamin Netanyahu a veillé aux besoins commerciaux de M. Elovitch et, en retour, ce dernier lui a assuré une couverture positive sur son site d’information, Walla.

Des banques israéliennes ont été dénoncées pour s’être rapprochées de ces magnats en leur accordant des prêts hors normes, en annulant des centaines de millions de shekels de leurs dettes, puis en équilibrant leurs propres comptes en faisant payer à leurs clients réguliers des frais plus élevés pour les services financiers quotidiens, ce qui a coûté des milliards de shekels aux Israéliens.

Forte concentration du marché

Bien qu’il y ait un peu moins de concentration qu’avant 2013, l’économie israélienne demeure encore très concentrée. L’une des conséquences est un écart massif entre la richesse de quelques familles et le reste de la population israélienne, comme l’a illustré l’an dernier une analyse du journal Haaretz sur les 30 Israéliens les plus riches.

L’homme d’affaires israélien Yitzhak Tshuva s’exprime lors d’une conférence sur l’énergie à Tel Aviv, le 27 février 2018. (Flash90)

L’exemple le plus flagrant est le monopole sur le gaz naturel que Netanyahu a personnellement fait passer au bulldozer par la Knesset en 2015, assurant des bénéfices exceptionnels à la fois pour le groupe Delek appartenant à Yitzhak Tshuva (qui est évalué à 4,5 milliards de dollars par le magazine Forbes) et pour la société Noble Energy basée au Texas. Le motif de cette décision, qui a poussé David Gilo, alors commissaire de l’Autorité antitrust, à démissionner, n’a jamais été clair. Tshuva a également beaucoup investi dans le dessalement de l’eau et est un actionnaire important de la Douzième chaîne télévisée, avec Drorit Wertheim, la sœur de Dudi Wertheim (voir ci-dessous). Les chaînes 12 et 13 diffusent les programmes d’information les plus populaires du pays.

Idan Ofer (voir ci-dessous) était propriétaire de la Treizième chaîne mais a convenu l’année dernière avec l’Autorité de la concurrence que, comme condition pour entrer sur le marché des centrales électriques privées, le groupe Ofer renoncerait à ses activités dans le secteur des médias pendant 25 ans.

Photo de feu Sammy Ofer avec son fils, Idan Ofer. (Moshe Shai/Flash90)

Ofer, avec ses deux frères et sœurs, ont divisé l’entreprise de leur défunt père Sammy Ofer, contrôlant ainsi une autre part importante de l’économie. Idan dirige l’industrie des engrais et des produits chimiques spéciaux, contrôlant l’extraction minière et les raffineries de pétrole du pays par l’intermédiaire des holdings Israel Chemicals Limited et Oil Refineries Ltd (Bazan). Le frère Eyal contrôle le transport maritime et, avec Dudi Wertheim, il partage la participation majoritaire dans la Banque Mizrahi Tfahot, la troisième plus grande banque du pays et un important prêteur hypothécaire. Laura Ofer supervise les considérables activités immobilières de la famille.

Les usines liées à Ofer ont été responsables d’au moins 1,2 milliard de shekels (300 millions d’euros) de dégâts sur la santé publique en 2018 du fait de la pollution de l’air, selon une étude publiée en novembre.

Des prix plus élevés, moins de choix

La concentration du marché entraîne non seulement des prix élevés, mais aussi un choix réduit pour les consommateurs. Le marché alimentaire israélien, par exemple, est dominé par une poignée d’entreprises seulement – Tnuva, connue pour ses produits laitiers, possède également la viande Adom Adom, les légumes surgelés Sanfrost, le poulet Mama Off et les charcuteries Tirat Zvi.

Unilever Israël préside à l’élaboration de snacks salés tels que Beigal, le chocolat Klik, Dove, Knorr, Lipton’s Tea, la mayonnaise Hellman’s, les céréales pour le petit-déjeuner Telma et les crèmes glacées Strauss.

La « Grande et heureuse famille » d’Osem comprend les céréales pour petit-déjeuner Nestlé, Bamba, Bizli, Beigele, les pâtes, le ketchup, les soupes, les shkedei marak (croûtons), les boissons aux fruits Vitaminchik, le café Taster’s Choice et le producteur d’aliments végétariens Tivol.

Une employée d’Osem remplit les rayons d’un supermarché Rami Levy à Jérusalem, le 20 février 2020. (Sue Surkes/Times of Israel)

Ces produits ont tendance à dominer les rayons « à hauteur d’œil » des grands supermarchés. Comme les petits producteurs ont témoigné à la télévision israélienne dans le passé, faire son entrée dans les grands supermarchés est une tâche relativement herculéenne. Être relégué dans les rayons du haut ou du bas où peu de gens regardent s’avère alors tout à fait normal.

Selon l’Israeli Institute for Economic Planning (IEP), un groupe de réflexion à but non lucratif, les marchés monopolistiques qui affectent le plus directement le consommateur comprennent la nourriture et les boissons, les produits pour bébés, les articles de toilette, les peintures et les laques, l’électricité, l’eau, le transport aérien, le recyclage, les parkings, les services postaux, les médias câblés, les infrastructures téléphoniques et Internet, la télédiffusion, les produits pétroliers raffinés et l’exploration gazière.

L’IEP a examiné 317 marchés différents ayant une incidence directe sur les tickets de caisse des consommateurs et a constaté que 111 d’entre eux – plus d’un tiers – étaient contrôlés par des monopoles. Sur ces 111 monopoles, 69 avaient été déclarés comme tels par l’Autorité de la concurrence.

Il a également constaté que les personnes les plus touchées par le manque de concurrence étaient les pauvres, car les prix élevés absorbaient une part plus importante de leurs revenus.

Et tout comme la concurrence est insuffisante en Israël, celle venue de l’étranger – qui pourrait faire baisser les prix – est limitée par de formidables barrières à l’importation, en particulier dans des secteurs tels que l’agriculture.

TVA sur toutes les commandes Amazon, Ali Express à l’étude

L’économiste en chef du ministère des Finances, Shira Greenberg, parle depuis quelques mois de percevoir la TVA (17 %) sur tous les articles commandés auprès de détaillants en ligne étrangers, tels qu’Amazon et Ali Express, pour aider à réunir les fonds nécessaires au remboursement du déficit du pays.

Jusqu’à présent, les achats de moins de 75 dollars sont exonérés de TVA, ce qui permet aux Israéliens de contourner les prix gonflés dans leur pays et de faire pression sur les détaillants israéliens pour qu’ils baissent également leurs prix. Le nombre de colis arrivant en Israël depuis de telles plateformes est passé de 8,5 millions il y a dix ans à environ 50 millions aujourd’hui. La population du pays s’élève à environ neuf millions d’habitants.

Sur cette photo du 20 décembre 2017, un employé sélectionne un article sur un rayon et le scanne avec un terminal portable pour exécuter la commande d’un client à l’entrepôt Amazon Prime à New York. (AP Photo/Mark Lennihan)

À la question de savoir combien le gouvernement est censé gagner en supprimant cette exemption, un porte-parole du ministère des Finances s’est contenté de répondre : « Ce sera pertinent lorsqu’il y aura un gouvernement et des discussions budgétaires ».

Coût de la vie élevé

C’est la forte concentration du marché au cœur de l’économie israélienne qui explique en grande partie pourquoi une étude de CEOWorld publiée au début du mois a révélé qu’Israël se classait à la huitième place mondiale en termes de coût de la vie, au-dessus de pays connus pour être chers tels que Singapour et la Corée du Sud.

Il convient de noter que le salaire mensuel moyen israélien s’élevait à 11 004 shekels (2 862 euros) en juillet 2019, selon le Bureau central des statistiques. À Singapour, il serait de 5 034 euros.

Lobby99, une organisation à but non lucratif qui fait du financement participatif pour faire pression sur le gouvernement et la Knesset au nom des citoyens, a découvert que Schestowitz contrôlait environ 66 % du marché des dentifrices tandis que Diplomat régnait sur environ 80 % du marché des rasoirs, 81,5 % du marché des shampooings antipelliculaires et 57 % du marché du savon liquide. (Ndlr : la directrice de la politique publique et des relations gouvernementales de Lobby 99 est l’épouse d’un rédacteur du Times of Israel).

Selon The Marker, Schestowitz contrôle également près de 52 % du marché des sauces pour pâtes, grâce à ses droits exclusifs d’importation et de distribution de Barilla, et 32 % du marché des boissons au soja, grâce à ses droits sur Alpro.

Yoni Schestowitz, propriétaire et PDG de Schestowitz. (Capture d’écran)

Les enquêteurs de Lobby99 ont comparé les prix israéliens d’un peu moins de 70 produits importés par Diplomat, Schestowitz et une autre société appelée Leiman Schlussel avec ceux des États-Unis. (Deux autres entreprises qui importent exclusivement des produits similaires, mais qui n’ont pas été incluses dans les recherches du Lobby99, sont Unilever Israël et Alpha Cosmetics, cette dernière appartenant à la famille Brand. Alpha dispose des droits exclusifs d’importation de Nivea, Labello et d’une multitude de parfums prestigieux).

Les écarts les plus flagrants concernent les ventes de Gillette de Procter & Gamble par Diplomat et de dentifrice Colgate par Schestowitz. Un paquet de 16 lames de rasoir Gillette Fusion s’est avéré coûter 159,90 shekels (41,57 euros) en Israël et 54,36 shekels (14,13 euros) aux États-Unis, tandis qu’un rasoir Skinguard coûte 64 shekels (16,64 euros) en Israël contre 29,36 shekels (7,63 euros) aux États-Unis.

Un tube de 100 millilitres de dentifrice Colgate Optic White coûte 23 shekels (5,98 euros) en Israël, contre 8,23 shekels (2,14 euros) aux États-Unis.

Sur 69 articles, seuls 16 étaient moins chers en Israël, dont (chez Diplomat) le café Jacobs (importé de Russie), Pampers (d’Allemagne et du Mexique), la lessive en gel Tide de France, les produits Milka d’Allemagne et les friandises Baci produits en Italie.

Des articles de Colgate en vente à Jérusalem, le 5 février 2020. (Sue Surkes/Times of Israel)

Parallèlement aux prix élevés, on entend régulièrement des allégations de comportement d’intimidation de la part des grands importateurs et distributeurs pour mettre fin à ce que l’on appelle les importations parallèles. Les grandes entreprises internationales fixent des prix différents pour les différents pays. Les importateurs qui achètent des stocks à l’étranger où un produit particulier est moins cher et proposent ensuite de le vendre en Israël à un prix inférieur sont appelés importateurs parallèles.

Harel Wiesel. (Capture d’écran)

Fox Group, détenu et dirigé par Harel Wiesel, possède la franchise pour Nike et Foot Locker (par l’intermédiaire de sa filiale Retailers), ainsi que pour d’autres grandes marques telles qu’American Eagle, Billabong, Mango, Children’s Place, Urban Outfitters, Fox (mode) et Fox Home. Il est propriétaire du site de mode et d’articles ménagers en ligne TerminalX et s »est associé au détaillant de vêtements et de jouets pour bébés Shilav et à Laline, qui vend des produits de bain et de beauté.

Fox Group vend des produits Nike dans ses magasins Nike et Foot Locker, ainsi que dans certains de ses autres magasins de sport plus petits. Actuellement, il crée également une nouvelle chaîne appelée Just Sport.

La semaine dernière, huit propriétaires de magasins de sport ont déposé une action collective pour un montant de 230 millions de shekels (57,5 millions d’euros) devant le tribunal de district de Tel Aviv contre Nike Israel et Retailers, les accusant de faire preuve de discrimination et de prendre des mesures punitives à leur encontre (par exemple, en interrompant les approvisionnements, en retardant les livraisons de modèles présentés dans d’autres magasins), en bloquant les importations parallèles moins chères et en coordonnant les prix dans les magasins.

Schestowitz, quant à lui, a comparu devant le tribunal de district de Jérusalem, qui fait office de tribunal de la concurrence du pays, pour s’être entendu avec Colgate-Palmolive afin de tenter de limiter les importations parallèles et d’écarter la concurrence. L’autorité de la concurrence a porté l’affaire devant le tribunal en 2018 après avoir découvert plus de 2 000 communications par courrier électronique entre Schestowitz et Colgate Palmolive envoyées sur plusieurs années et contenant des rapports détaillés de la première sur les importations parallèles de produits Colgate en Israël.

The Marker a rapporté mercredi que le tribunal avait suggéré un compromis et donné à l’Autorité de la concurrence et à Schestowitz jusqu’au 9 mars pour parvenir à un accord. Dans l’intervalle, il a imposé une ordonnance temporaire permettant à Schestowitz de continuer à communiquer à Colgate-Palmolive des détails tels que le nom du magasin où les importations parallèles sont vendues, mais sans des détails tels que des codes-barres et des photographies. La communication doit être faite uniquement par écrit et dans un format que l’autorité de la concurrence peut contrôler.

Au début de ce mois, l’émission « It’s worth money » de la Treizième chaîne a interviewé Yossi Kagan, PDG de Lindo, un important importateur parallèle de parfums en Israël. Kagan a déclaré qu’il y a environ deux mois, il a commencé à approvisionner la branche Be de Shufersal, qui vend des produits de beauté et d’intérieur, dans ce qu’il a décrit comme la première initiative d’une grande chaîne pour vendre des importations parallèles. Lindo, et à son tour la chaîne Be, ont vendu à des prix inférieurs à ceux fixés par Schestowitz.

Yossi Kagan, PDG de Lindo, un importateur parallèle de parfums. (Capture d’écran)

Soudain, a expliqué Yossi Kagan, des choses étranges ont commencé à se produire. Il a eu la visite surprise de quatre fonctionnaires du ministère de la Santé qui l’ont interrogé sur ses ventes à la chaîne Be. Il y a eu des tentatives pour empêcher certains de ses clients d’acheter ses produits. « Même si j’achète à des prix plus élevés, je vends toujours moins cher que Schestowitz », a-t-il déclaré à l’émission. Par exemple, il a déclaré que la chaîne Be a pu faire baisser le prix d’une bouteille de 100 millilitres de Narciso Rodriguez de plus de 400 shekels (100 euros) à 299 shekels (74,75 euros) après avoir signé avec lui. La semaine dernière, elle se vendait encore dans la chaîne de pharmacies Superpharm au prix de 424,50 shekels (106 euros).

Coca Cola condamné à une amende de 39 millions de shekels

En mars 2017, la Central Bottling Co. de Dudi Wertheim (Coca Cola Israël) s’est vu infliger une amende de 62,7 millions de shekels (15,67 millions d’euros) pour avoir exploité son statut de monopole et tenté de repousser la concurrence. L’amende a été réduite en décembre à 39 millions de shekels (9,75 millions d’euros).

Des bouteilles de Coca-Cola empaquetée dans l’usine Coca-Cola à Bnei Brak, le 23 novembre 2009. (Yaakov Naumi / Flash90)

Parmi les politiques que l’entreprise aurait adoptées, il y avait le refus d’autoriser la présence de produits concurrents dans les réfrigérateurs qu’elle fournissait aux détaillants, ainsi que la tentative de forcer les détaillants à retirer les réfrigérateurs des concurrents.

La Central Bottling Company commercialise exclusivement du Coca-Cola et des marques de boissons non alcoolisées telles que Kinley, Fanta, Sprite et Fuze Tea. Elle possède également la laiterie Tara (et sa filiale Meshek Zuriel Dairy), l’eau minérale Neviot, les jus frais Prigat et la licence de brassage des marques de bière Tuborg, Carlsberg, Stella Artois, Guinness et autres en Israël.

Colgate : ne lutte que contre les caries ?

Lobby99 a été créé en réponse à la présence et au pouvoir des 215 lobbyistes commerciaux employés par les entreprises pour influencer les 120 parlementaires de la Knesset.

Les personnes qui font des dons à Lobby99 peuvent voter sur les questions sur lesquelles l’organisation devrait se concentrer. Lors d’un vote en septembre, la lutte contre les prix élevés des produits importés a obtenu le plus de suffrages.

Lobby99 a écrit à Michal Halperin, directeur de l’Autorité de la concurrence, au début de cette année : « Le cas de Schestowitz [et son rapport présumé à Colgate-Palmolive sur les importations parallèles de dentifrice de la société] fournit une étude de cas représentative du manque de compétitivité sur le marché des biens de consommation importés ».

Il a demandé à l’Autorité de la concurrence d’examiner ces accords exclusifs et d’imposer des sanctions sur les pratiques restrictives, qui sont interdites par la loi.

Dror Strum. (Crédit: Facebook)

Dror Strum, ancien chef de ce qui s’appelait alors l’Autorité antitrust, qui dirige aujourd’hui l’Institut israélien de planification économique, a demandé à Michal Halperin de déclarer les monopoles de Schestowitz et de Diplomat, citant à la fois la définition d’un monopole de la loi de 2013 comme contrôlant plus de 50 % du marché dans un secteur particulier, et la définition plus large contenue dans un amendement à cette loi adopté à l’été 2019. L’amendement a étendu la définition d’un monopole aux entreprises qui ne contrôlent pas nécessairement plus de la moitié du marché, mais qui pratiquent des prix beaucoup plus élevés que ce qu’elles pourraient proposer dans un marché plus concurrentiel.

Michal Halperin n’a pas encore répondu à Dror Strum. Mais elle a informé Lobby99 au début du mois qu’elle ne déclarerait pas les deux mastodontes en situation de monopole – malgré le fait que Schestowitz et Diplomat contrôlent plus de 50 % du marché dans certains secteurs et qu’il a été démontré que leurs produits coûtent plus cher qu’à l’étranger.

Michal Halperin, directrice de l’Autorité de la concurrence. (Capture d’écran)

Halperin a fait valoir que l’Autorité « n’interdisait pas, pour l’essentiel, les accords exclusifs », ajoutant que « les accords exclusifs, étant des accords verticaux, peuvent s’avérer efficaces pour les consommateurs ».

Elle a affirmé que toute décision selon laquelle les entreprises étaient des monopoles serait uniquement déclaratoire, et s’est abstenue de définir les accords exclusifs de ces monopoles comme des pratiques restrictives.

Déclarer un monopole peut avoir de graves conséquences. Tout d’abord, cela facilite considérablement l’action en justice des citoyens contre les monopoles, car ils n’ont pas à prouver les pratiques monopolistiques, ce qui est notoirement difficile. Il leur suffit de prouver que le monopole a abusé de sa position. Deuxièmement, cela oblige l’entreprise à mettre de l’ordre chez elle – à revoir ses prix et son comportement envers ses concurrents et à s’assurer qu’elle n’utilise pas son pouvoir sur un produit pour en vendre un autre en regroupant les deux. (Un exemple serait de vendre uniquement un rasoir Gillette avec un déodorant). Le non-respect de la loi exposerait alors cette entreprise non seulement à des recours collectifs devant les tribunaux, mais aussi à l’intervention de l’Autorité de la concurrence.

Eli Cohen, membre du parti Koulanou et ministre de l’Economie et de l’Industrie, assiste à une réunion de la faction Koulanou à Tel Aviv, le 1er avril 2019. (Flash90)

La semaine dernière, le ministre de l’Economie, Eli Cohen, est intervenu, menaçant de légiférer si Michal Halperin ne qualifiait pas de monopoles des entreprises telles que Schestowitz et Diplomat. L’intéressée a riposté, en estimant que l’autorité n’était pas soumise à des interférences politiques.

Dans son intervention à l’émission « It’s worth the money », Mme Halperin a insisté sur le fait que les importations parallèles avaient augmenté ces dernières années et que l’Autorité de la concurrence tenait tête à « des dizaines de grandes entreprises », parmi lesquelles Coca Cola, Tnuva, Bezeq (qui s’est vu infliger une amende de 30 millions de shekels), le port d’Ashdod et Schestowitz.

Mais elle s’est abstenue d’utiliser son pouvoir pour poursuivre pénalement les monopoles. En fait, il n’y a pas eu de poursuites pénales en Israël depuis de nombreuses années.

Et les amendes qui ont été imposées sont une broutille pour des géants tels que Coca Cola.

Les cartels des tailleurs d’arbres et des marchands de lessive

Le rapport de l’autorité sur ses activités en 2018, publié en hébreu à la fin de l’année dernière, détaille les amendes « convenues » avec certaines grandes entreprises telles que la chaîne de supermarchés Shufersal (290 000 shekels) et le groupe Delek (257 000 shekels).

Mais un éditorial de Haaretz du début du mois a accusé l’organisation de se concentrer sur les petites et moyennes entreprises telles que les cartels des tailleurs d’arbres et des marchands de lessive et sur une tentative du syndicat des chauffeurs de taxi d’empêcher les chauffeurs d’accorder des réductions aux personnes qui se rendent à l’aéroport international Ben Gurion, plutôt que de s’opposer aux grands monopoles. (Soit dit en passant, ce n’est pas une coïncidence si Uber ne se trouve pas en Israël – le lobby des taxis du pays est bien trop puissant).

Il reflète les affirmations des critiques selon lesquelles l’autorité n’a pas réussi à s’attaquer aux principaux domaines de concentration économique qui ont réellement un impact sur la vie des gens, tels que les banques et le monopole du gaz naturel. Et il a souligné que d’autres organismes publics tels que l’Autorité israélienne des valeurs mobilières, l’Autorité fiscale israélienne, le département de supervision bancaire de la Banque d’Israël, l’Institut des normes d’Israël et le ministère de la Protection de l’environnement traitent de la même manière les grands joueurs avec des gants de velours. Pourquoi ? « Parce que les grandes entreprises ont des batteries d’avocats et d’économistes qui sapent la confiance des autorités dans leur capacité à porter plainte et à les faire condamner ».

Distributeurs de la banque Hapoalim. Illustration. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une déclaration au Times of Israel, le ministère de l’Economie a énuméré diverses mesures qui, selon lui, ont été prises pour réduire la concentration du marché et faire baisser le coût de la vie. Il s’agit notamment de la loi dite des cornflakes, adoptée en 2015 – qui autorise les importations parallèles et vise à réduire les délais de sortie des marchandises des ports – ainsi que de la réforme réglementaire et des mesures permettant d’introduire dans le pays jusqu’à cinq articles, ou jusqu’à 1 000 dollars de marchandises (selon le montant le plus élevé), par mois, sans permis d’importation, comme indiqué sur le site web du gouvernement (en hébreu).

Mais les critiques disent qu’il n’y a pas de réelle volonté politique de s’opposer aux monopoles et qu’il n’y a pas non plus d’effort concerté des consommateurs pour faire baisser les prix.

Tant que le débat public sera dominé par la sécurité et que les élections se tiendront sur la base de personnalités et d’idées plutôt que sur les véritables questions du jour, des organisations telles que Lobby99 et l’Institut israélien de planification économique continueront à mener une bataille difficile pour le changement.

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