Dans les derniers jours de la Knesset sortante, alors que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu faisait adopter à toute vitesse une série de lois controversées, l’une d’entre elles s’est avérée suffisamment inacceptable pour pousser plusieurs députés de la coalition à faire défection.
Cette loi, qui suspend les mesures coercitives à l’encontre des hommes ultra-orthodoxes refusant de se soumettre à l’enrôlement militaire obligatoire, notamment les arrestations, visait à répondre à une revendication majeure des partenaires haredim de la coalition Netanyahu, qui souhaitent légiférer pour accorder des exemptions à leur communauté.
La mesure a été adoptée à une large majorité, mais pas à l’unanimité. Parmi les quatre députés de la coalition qui ont rompu les rangs figurait Dan Illouz, du Likud, l’un des détracteurs les plus virulents des exemptions de service militaire accordées aux Haredim. La veille, il avait voté contre une Loi fondamentale déclarant l’étude de la Torah « valeur fondamentale », destinée à empêcher la Haute Cour d’ordonner l’enrôlement des Haredim étudiant en yeshiva.
Moins de 24 heures après le vote sur le gel des arrestations, Illouz a annoncé qu’il quittait définitivement le parti, déclarant que le Likud avait été « piraté » et qu’il ne pouvait plus demander aux Israéliens de voter pour lui.
La rupture était réciproque.
Né et élevé à Montréal, Illouz avait fait son entrée à la Knesset en 2023 grâce au quota réservé par le Likud aux nouveaux immigrants. Mais après des années de défiance ouverte, il avait peu de chances d’obtenir une place suffisamment élevée sur la liste du Likud pour revenir au Parlement.
Au cours de la majeure partie de la législature actuelle, Illouz s’est retrouvé de plus en plus isolé au sein de son parti en raison de son opposition publique au maintien des exemptions de service militaire et des aides de l’État accordées aux étudiants des yeshivot.
Après que Netanyahu eut limogé le ministre de la Défense, Yoav Gallant, en 2024, notamment en raison de son opposition aux efforts de la coalition visant à légiférer sur les exemptions de service militaire accordées aux Haredim, Illouz, aux côtés de son collègue député sortant du Likud Yuli Edelstein, est devenu le seul membre du parti à s’opposer à ce qu’ils considéraient comme une capitulation quasi totale du gouvernement face à ses partenaires haredim.
Après le limogeage de Gallant, le parti s’en est pris à Illouz, le privant de ses fonctions au sein des commissions de la Knesset à titre de sanction, l’empêchant de déposer des propositions de loi pendant des semaines et le marginalisant de plus en plus au sein du parti.
Le député insiste sur le fait que ce n’est pas lui qui a abandonné le Likud, mais bien le Likud qui a renoncé à ce qu’il appelle ses « valeurs traditionnelles ».
Idéologue de droite convaincu, Illouz soutient l’annexion de la Cisjordanie. Il a été le fer de lance d’une loi controversée qui a suscité la colère internationale en interdisant à l’Office controversé de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) d’opérer en Israël et en restreignant fortement ses activités en Cisjordanie et à Gaza.
Il a également fait adopter une autre loi interdisant l’établissement à Jérusalem de missions diplomatiques autres que des ambassades, dans le but de consolider la revendication d’Israël sur la capitale.
Il s’est également opposé aux accords d’échange d’otages et de prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël, en contrepartie de la fin de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Pour Illouz et d’autres dissidents, l’attachement du Likud aux valeurs et aux politiques de droite a été sacrifié sur l’autel des exigences de la coalition ultra-orthodoxe, notamment en ce qui concerne le service militaire.
Tout en continuant de se présenter comme le porte-drapeau de la droite israélienne et le gardien de la sécurité d’Israël, le parti a, dans les faits, affaibli l’armée en cherchant à préserver de larges exemptions militaires pour les ultra-orthodoxes, malgré la grave pénurie d’effectifs de Tsahal et la fatigue endémique des réservistes, et ce, après avoir présidé à la pire catastrophe sécuritaire de l’histoire de l’État.
« Nous avons tenu un discours de parti de droite et promis au peuple israélien de mettre en œuvre des politiques de droite, mais nous avons fait tout le contraire », a déclaré Illouz lors d’une récente interview accordée au Times of Israel.
Selon lui, le parti n’est plus guidé par une idéologie ou une ligne politique, mais par la détermination à rester au pouvoir ; Netanyahu serait prêt à payer n’importe quel prix exigé par les Haredim en échange de leur soutien.
« Si vous votez Likud aujourd’hui, vous votez pour [le dirigeant de Yahadout HaTorah, Yitzhak] Goldknopf et [le chef de Shas, Aryeh] Deri. Si quelqu’un ne souhaite pas conférer ce genre de pouvoir aux partis haredim, alors il ne peut plus voter pour le Likud », a-t-il déclaré.
Avec le départ d’Illouz et l’élimination des dernières poches de dissidence interne, le contrôle de Netanyahu sur le parti semble désormais plus assuré que jamais.
Près de trois ans après le 7-Octobre – le plus grand échec en matière de sécurité de l’histoire d’Israël -, le Premier ministre a survécu à ce que beaucoup pensaient être la fin de sa carrière politique. Il a mené à bien un mandat complet de quatre ans, a résisté aux appels de plus en plus pressants en faveur d’une commission d’enquête nationale et est sorti de plusieurs mois de luttes internes avec une influence sans précédent sur la liste du parti à la Knesset, à l’approche des élections d’octobre.
Pourtant, cette domination interne ne s’est pas traduite par une force électorale. Depuis des mois, le Likud stagne dans les sondages avec 20 à 22 sièges, soit bien moins que les 32 qu’il détient actuellement, et il est incapable de former une coalition gouvernementale sans faire appel à des partis de l’opposition, selon la plupart des enquêtes. Dans le même temps, le parti Yashar de son principal rival, Gadi Eisenkot, ne cesse de progresser et est en passe de former une coalition composée de partis opposés à Netanyahu et à ses alliés.
Dans un entretien accordé au Times of Israel fin juillet, Illouz a fait valoir que Netanyahu avait réussi à dominer le Likud, mais qu’il avait également rendu ce parti incapable de regagner la confiance de l’ensemble de l’opinion publique israélienne.
Cette interview a été éditée et condensée dans un souci de clarté et de concision.
Times of Israel : Vous avez annoncé votre départ du Likud à la suite de l’adoption de la loi visant à geler les arrestations des réfractaires à la conscription, mesure à laquelle vous vous opposiez depuis longtemps. Pourquoi avoir choisi ce moment pour partir ?
Dan Illouz : Tout au long de la législature de la Knesset, j’ai été la voix principale au sein de la coalition pour dénoncer le maintien d’une situation dans laquelle une grande partie de la population ne sert pas dans l’armée, alors que nous avons désespérément besoin de soldats et que les réservistes effectuent des centaines de jours de service chaque année.
Au cours de la dernière semaine de la législature de la Knesset, le Premier ministre Netanyahu a décidé d’accorder aux partis ultra-orthodoxes tout ce qu’ils voulaient. Ils ont adopté deux lois qui, ensemble, leur donnent les moyens, au moins à court terme, de continuer à ne pas servir dans l’armée et de bénéficier d’innombrables avantages de la part de l’État, alors que Tsahal manque désespérément de soldats et que la communauté ultra-orthodoxe n’a aucune incitation à servir. Je ne peux pas m’associer à cela.
À quel moment avez-vous compris que vous n’aviez plus d’avenir au sein du Likud ?
Je réfléchis depuis longtemps à mon avenir au sein du Likud, et ce depuis le 7-Octobre, car il s’agissait d’un événement majeur. En tant que jeune député sans véritable responsabilité en matière de sécurité nationale, je me suis demandé ce que j’aurais pu faire différemment pour empêcher cette tragédie.
En observant ce qui se passait autour de moi, j’ai vu un Premier ministre qui faisait tout son possible pour éviter d’assumer ses responsabilités. Je ne considère pas cela comme juste ni comme le type de leadership dont le pays a besoin. Nous l’avons constaté à travers ses efforts pour empêcher la mise en place d’une commission d’enquête [d’État] sur les circonstances et les causes des événements du 7-Octobre, ainsi que par de nombreuses autres actions qu’il a menées ces dernières années. Mais c’est ce qui a été, pour moi, le principal élément déclencheur.
Si ce moment a été si déterminant pour vous, pourquoi avoir choisi de rester au gouvernement et de ne le quitter qu’après près de trois ans ?
Parce que j’étais l’une des rares personnes de la coalition à lutter contre la non-conscription des Haredim. Si j’étais parti, j’aurais cédé ma place à la personne suivante [sur la liste], ce qui aurait permis l’adoption de nombreuses lois néfastes. La chose responsable à faire était de mener ce combat de l’intérieur, et non de fuir.
Je ne le critique pas, car il a démissionné pour de nombreuses raisons, mais lorsque Gallant a quitté la Knesset, sa voix est simplement revenue à la personne suivante sur la liste. Et lorsque nous avons tenté d’empêcher l’adoption des lois votées lors de la dernière semaine de la session de la Knesset, je peux vous dire qu’une voix supplémentaire nous aurait été d’une grande aide.
J’ai été élu pour représenter les personnes qui ont voté pour le Likud et qui souhaitaient voir des principes sionistes défendus à la Knesset par un parti de droite. J’ai estimé qu’il était de mon devoir de continuer à les représenter à la Knesset, et c’est ce que j’ai fait.
Quelques autres défections ont eu lieu, notamment celles de Yuli Edelstein et de Sharren Haskel, du parti Tikva Hadasha, mais elles restent peu nombreuses. Pensez-vous que d’autres membres du Likud partagent votre point de vue sur le parti, mais qu’ils ont trop peur de le quitter, ou êtes-vous en minorité ?
De nombreux autres députés sont d’accord avec moi sur ces questions. Certains n’ont tout simplement pas assez de courage pour tenir tête à la direction du parti.
D’autres estiment sincèrement qu’il est, pour quelque raison que ce soit, plus important que le Likud soit au pouvoir plutôt que de rester ferme sur ces questions. Je ne suis absolument pas d’accord : je pense que la raison pour laquelle un gouvernement de droite doit être au pouvoir, c’est pour que nous puissions faire avancer notre programme, qui inclut notamment le soutien à l’armée.
Si nous sommes au pouvoir mais que nous ne faisons pas avancer ce programme, à quoi sert alors le pouvoir ?
Certains ont laissé entendre que votre décision de quitter le Likud était en réalité motivée par le fait que, après avoir rompu les rangs sur des questions telles que l’exemption du service militaire pour les Haredim, vous saviez que vous n’aviez que peu de chances d’être réélu lors des primaires du parti. Que répondez-vous à cela ?
Ils oublient un fait très important : je savais exactement quel prix politique je paierais pour mes prises de position lorsque je les ai adoptées. Il était très clair qu’il y aurait un prix politique à payer, et je l’ai payé fièrement, car je suis entré en politique pour défendre des valeurs et des principes, et non pour simplement m’asseoir dans un fauteuil confortable et me qualifier de député à la Knesset.
Vous vous attendiez donc à être sanctionné sur le plan électoral ou politique ?
Je savais qu’il y avait de très fortes chances que cela arrive, mais je l’ai fait quand même. Mais le fait que d’autres ne se soient pas rangés à mes côtés pour défendre ces valeurs, qui sont celles du Likud, de droite, et pour lesquelles nous avons été élus, m’a fait comprendre que je n’avais plus ma place au sein du Likud.
Selon vous, le Likud est-il aujourd’hui un parti de droite ? Est-ce un parti sioniste ?
Le Likud est devenu un parti davantage soucieux de conserver le pouvoir que de promouvoir une quelconque politique. Quel que soit le nom qu’on lui donne, cela n’a pas vraiment d’importance, car le Likud fera tout ce qu’il peut pour rester au pouvoir.
Quand je repense au dernier mandat, nous nous présentions comme un parti de droite et nous disions au peuple d’Israël que nous mettrions en œuvre des politiques de droite, mais nous avons fait tout le contraire.
En matière de sécurité, l’armée a certes remporté des victoires incroyables, mais tous les fronts sur lesquels nous nous sommes battus sont encore ouverts aujourd’hui. Nous n’avons en réalité remporté la victoire sur aucun de ces fronts.
« En matière de sécurité, l’armée a certes remporté des victoires incroyables, mais tous les fronts sur lesquels nous nous sommes battus sont encore ouverts aujourd’hui. Nous n’avons en réalité remporté la victoire sur aucun de ces fronts. »
De plus, l’alliance avec les Haredim rend impossible le recrutement des soldats dont Tsahal a désespérément besoin.
À votre avis, qu’est-ce qui a exactement mal tourné au sein du parti ?
Netanyahu a affirmé, et je pense qu’il a en partie raison, qu’il avait besoin d’un plus grand contrôle sur la liste [électorale] pour y faire entrer des personnes compétentes, car la population israélienne en a assez de la liste du Likud, souvent très agressive et peu constructive, qui n’est pas très bien perçue par l’opinion publique en général.
Cela ne vaut pas pour tous les membres du Likud. Il y a aussi d’excellents députés, mais lorsque j’étais à la Knesset, entendre d’autres membres du Likud hurler sur leurs collègues et voir leur comportement me faisait tout simplement honte. Cela ne me rendait pas fier d’être un « Likudnik ». J’ai également discuté avec des « Likudnikim » sur le terrain, des électeurs, et ils partagent ce sentiment.
Je comprends donc Netanyahu, mais il pense que cela résoudra son problème électoral, et il se trompe.
Pourquoi cela ?
Le Likud est actuellement en mauvaise posture dans les sondages, non seulement en raison de sa liste, mais aussi des politiques menées par Netanyahu ces dernières années : une politique de sécurité qui ne nous a apporté aucune victoire sur aucun front, et une politique de capitulation totale face aux partis haredim.
Si vous votez Likud aujourd’hui, vous votez pour Goldknopf et Deri. Si vous ne souhaitez pas conférer ce genre de pouvoir aux partis haredim, vous ne pouvez plus voter pour le Likud.
« Si vous votez Likud aujourd’hui, vous votez pour Goldknopf et Deri. »
Ce sont des mesures que le Premier ministre a lui-même menées ; changer la liste n’y changera donc rien. Le Premier ministre reste le Premier ministre. Netanyahu reste Netanyahu.
Vous avez récemment déclaré qu’après le 7-Octobre, un nombre important de députés du Likud souhaitaient la démission de Netanyahu. Des efforts ont-ils été déployés par la suite, ou des discussions ont-elles eu lieu pour tenter de concrétiser cet objectif ?
Au moins un tiers du parti le souhaitait, car ses membres comprenaient qu’après un événement d’une telle ampleur, un changement de direction s’imposait. Pas immédiatement après le 7-Octobre, mais quelques mois plus tard, des tentatives ont été faites pour déterminer qui pourrait le remplacer, mais elles ont échoué, car tout le monde se disputait pour savoir qui serait le mieux placé pour prendre sa succession. Ainsi, à cause de l’ego de chacun, cela ne s’est jamais produit.
Il y avait également des fidèles de Netanyahu qui restaient fermement convaincus qu’il ne devait pas démissionner. C’est assez ironique et amusant de voir certaines des personnes qui font aujourd’hui le plus d’efforts pour rester dans les bonnes grâces de Netanyahu alors que je sais qu’elles faisaient partie de celles qui tentaient de le remplacer à l’époque.
Il faut se rappeler qu’après le 7-Octobre, un large consensus s’était dégagé en Israël sur la nécessité de renouveler l’ensemble des dirigeants militaires, de sécurité et politiques. La plus grande réussite politique de Netanyahu a en réalité été de rester en fonction pendant toute la durée de son mandat de quatre ans, dans l’espoir que les gens oublient ce qui s’était passé le 7-Octobre.
En fin de compte, je pense qu’il se trompe et que les résultats des élections montreront que personne n’a oublié. Il est impossible d’oublier ces heures où nous avons vu des gens pleurer depuis leurs abris et appeler à l’aide sans que personne ne vienne. Même si certaines personnes ont recommencé à soutenir Netanyahu avec le temps, je pense que la grande majorité des Israéliens n’ont pas oublié le 7-Octobre et veulent du changement.
« Même si certaines personnes ont recommencé à soutenir Netanyahu avec le temps, je pense que la grande majorité des Israéliens n’ont pas oublié le 7-Octobre et veulent du changement. »
Parlons à présent de vos projets actuels. Envisagez-vous de rester en politique et de rejoindre un autre parti ?
Pendant cette législature, j’ai reçu de nombreux appels pour savoir si d’autres options m’intéressaient, mais j’ai toujours répondu que je ne voulais rien envisager tant que la Knesset n’était pas dissoute, car je représentais encore les électeurs du Likud.
Mais depuis la dissolution de la Knesset, j’ai commencé à me renseigner. J’espère continuer à servir le peuple d’Israël depuis la Knesset, mais je ne resterai pas à n’importe quel prix. Je ne rejoindrai un parti que s’il me permet de promouvoir les valeurs que je considère comme justes pour Israël.
Avez-vous eu des discussions avec Edelstein, Haskel ou d’autres personnalités qui, selon certaines informations, seraient en train de former un parti dissident de droite ?
Pas de commentaire. [Dan Illouz a annoncé mercredi soir qu’il rejoignait les rangs d’Israel Beytenu dirigé par Avigdor Liberman]
Accepteriez-vous de siéger au sein d’un gouvernement composé des partis actuellement dans l’opposition, avec Eisenkot ou Naftali Bennett à sa tête ?
Toutes les options sont sur la table. Je recherche un parti qui me permette de promouvoir mes valeurs conservatrices de droite.
Pour moi, la ligne rouge à ne pas franchir dans la prochaine coalition est qu’elle ne doit pas inclure de partis non-sionistes, notamment les partis ultra-orthodoxes qui font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher la communauté haredi de s’intégrer à la société israélienne – ce dont Israël a désespérément besoin – ni les partis arabes, non pas parce qu’ils sont arabes, mais parce qu’ils sont non-sionistes.
la Communauté du Times of Israël !
