Lapid : L’enquête du Contrôleur sur le 7 octobre sert à éviter une enquête d’État à Netanyahu

'Attaquer l'institution du contrôleur de l'État est dangereux', dit Englman, accusé d'aider le Premier ministre “à se soustraire à son devoir de mettre en place une commission d'État”

Le contrôleur de l'État Matanyahu Englman (G) lors de la conférence de l'Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 3 septembre 2024. (Tomer Neuberg/Flash90) ; Le chef de l'opposition Yair Lapid dirige une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset, Jérusalem, le 4 septembre 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré jeudi aux représentants du contrôleur de l’État qu’il n’avait aucune confiance dans l’enquête menée par leur bureau sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre, affirmant qu’elle servait principalement de couverture politique au Premier ministre Benjamin Netanyahu plutôt que d’être un effort de bonne foi pour découvrir la vérité sur ce qui s’est passé.

Lapid a allégué que le contrôleur d’État, Matanyahu Englman, avait lancé l’enquête « uniquement pour aider le Premier ministre Netanyahu à éviter la création d’une commission d’enquête d’État » et déclaré qu’il n’était « pas convaincu de l’intégrité de cette enquête ».

« Plutôt que de parler de responsabilité et d’enquêtes objectives, le contrôleur devrait s’assurer que le bureau du Premier ministre ne modifie pas les protocoles et établisse immédiatement une commission d’enquête d’État », a exigé Lapid, selon un communiqué publié par son porte-parole à l’issue d’une réunion avec les représentants.

« Je suis une personne respectueuse de la loi, je répondrai donc à vos questions, mais je considère que cette enquête est une mise en scène orchestrée par le contrôleur de l’État au service de Netanyahu », a-t-il déclaré lors de la réunion.

En réponse, Englman a qualifié les accusations de partialité politique portées par le leader de Yesh Atid d’infondées.

Lors d’une visite dans les régions du nord d’Israël, régulièrement visées par les attaques de roquettes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, le contrôleur a insisté sur le fait qu’il examinait tous les aspects des manquements qui ont permis au Hamas d’envahir de nombreuses communautés et bases militaires dans le sud d’Israël et de perpétrer les atrocités au cours desquelles ils ont assassiné près de 1 200 personnes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donne une conférence de presse, le 4 septembre 2024. (Capture d’écran/YouTube)

« Toute attaque contre l’institution du contrôleur de l’État est dangereuse et porte atteinte aux gardiens de l’ordre et au tissu démocratique de l’État d’Israël », a affirmé Englman.

« Comme je l’ai dit plus d’une fois, l’examen porte sur tous les échelons – politique, civil et militaire. Chaque titulaire d’une agence soumise à l’examen [du bureau du contrôleur de l’État] est tenu de coopérer pleinement avec l’examen, conformément à la loi fondamentale [pour le contrôleur de l’État] », a-t-il poursuivi, ajoutant que « nous poursuivrons l’examen sans crainte ».

En décembre, Englman a annoncé qu’il mènerait une enquête approfondie sur les nombreux échecs ayant précédé, accompagné et suivi l’invasion et les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre, y compris les échecs des militaires et des services de renseignement. Cette initiative a toutefois été vivement contestée par plusieurs groupes de surveillance gouvernementaux, qui craignaient qu’elle n’interfère avec les capacités opérationnelles de Tsahal en temps de guerre et ne minimise la responsabilité des décideurs politiques dans l’assaut dévastateur.

En juin, la Haute Cour a ordonné à Englman de suspendre son enquête, avant de l’autoriser à la reprendre sous certaines conditions.

Lors de la conférence de l’Association du barreau israélien à Tel Aviv mardi, Englman a critiqué les dirigeants politiques et militaires du pays, les accusant d’entraver les enquêtes sur le massacre du 7 octobre et de refuser d’en assumer la responsabilité.

« Il n’y a pas une seule personne parmi les élus, les titulaires de la fonction publique, les chefs militaires et les responsables de la sécurité qui ait respecté les normes et les délais prévus pour garantir la responsabilité », a-t-il affirmé.

Le personnel du service de secours ZAKA collectant des vêtements qui appartenaient aux victimes du massacre du Hamas du 7 octobre, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 19 novembre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Englman a également critiqué mardi l’establishment de la Défense pour avoir essayé de faire obstacle à son enquête sur les actions de Tsahal avant le 7 octobre. Il a reproché à cet établissement d’avoir « construit des murs élevés et infranchissables empêchant l’examen », et a ajouté que « le bureau du Premier ministre, bien qu’il ait fourni du matériel, continue de dresser des obstacles perturbant les activités professionnelles requises ».

En réponse aux propos d’Englman, Tsahal a publié une déclaration affirmant respecter le bureau du contrôleur et être ouverte aux critiques, tant qu’elles ne compromettent pas « l’effort de guerre ni l’attention de la direction militaire – comme l’a statué la Haute Cour ».

Tsahal a mené ses propres enquêtes internes sur ses agissements du 7 octobre, supervisées par une sous-commission spéciale de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Lapid s’est montré extrêmement critique de la gestion de Netanyahu avant, pendant et après le 7 octobre.

Témoignant devant une commission d’enquête civile indépendante à Tel Aviv la semaine dernière, l’ancien Premier ministre a affirmé que Netanyahu avait longtemps ignoré « les avertissements stratégiques répétés d’une éruption de violence et d’une perte de dissuasion ».

La commission, une enquête non officielle visant à « découvrir la vérité et à prévenir la prochaine catastrophe », a été créée en juillet en raison du refus de Netanyahu de mettre en place une commission d’enquête officielle de l’État.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid témoignant devant la commission d’enquête citoyenne non officielle sur l’incapacité à prévenir et à répondre au pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas, le 29 août 2024. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

S’adressant aux journalistes lors d’une rare conférence de presse en début de semaine, Netanyahu a insisté sur le fait qu’il ne soutiendrait pas la création d’un tel organe tant que les combats se poursuivraient, afin que les soldats et les officiers ne soient pas distraits par la recherche de conseils juridiques.

« Il n’y a pas d’urgence à le faire aujourd’hui ; l’urgence est de ne pas le faire aujourd’hui. Et à la fin de la guerre, nous déciderons comment et quand nous procéderons », a-t-il affirmé.

Les critiques de Lapid à l’égard d’Englman jeudi ont également suscité une réponse sévère de la part du ministre du Logement Yitzchak Goldknopf, le chef du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah.

Critiquant Lapid pour « arrogance débridée », Goldknopf a insisté sur le fait que « en tant que représentants de la population, nous sommes obligés de maintenir et de renforcer le statut des gardiens de l’État d’Israël, qui sont chargés de maintenir la loi et l’ordre ».

Le ministre du Logement et de la Construction, le leader de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, à Tel Aviv, le 4 février 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Monsieur le ministre Goldknopf, j’ai été heureux d’apprendre que vous étiez ‘obligé de maintenir et de renforcer le statut des gardiens dans l’État d’Israël’ », a tweeté Lapid en réponse. « Je suis convaincu que cela signifie que vous ne laisserez personne s’attaquer à la procureure générale, au procureur de l’État, à la Haute Cour de justice et aux conseillers juridiques de tous les ministères. »

Le parti de Goldknopf a été un ardent défenseur de la refonte du système judiciaire proposée par le gouvernement, qui aurait réduit le pouvoir de contrôle judiciaire de la Cour suprême, limité le pouvoir des conseillers juridiques des ministères et scindé le rôle du procureur général en deux postes.

Des membres du cabinet ont demandé le renvoi de la procureure générale Gali Baharav-Miara, et le ministre de la Justice Yariv Levin a plaidé en faveur de la reprise de son projet de réforme du système judiciaire, actuellement suspendu.

Lazar Berman a contribué à cet article.

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