L’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas ont tous deux repris la fausse assertion que ce serait un Juif – ou des Juifs – qui seraient responsables de l’incendie de la mosquée Al-Aqsa en 1969 causé par un fondamentaliste chrétien, qui a eu lieu il y a 48 ans.

Marquant la date anniversaire de cet incident qui était survenu le 23 août, les deux parties ont une fois encore attribué l’incendie aux Juifs et ont fait le lien entre cet événement et le récent conflit autour du mont du Temple, qui a donné lieu à des semaines de protestations et de violences.

Denis Michael Rohan, fondamentaliste chrétien australien alors âgé de 28 ans, atteint d’une pathologie mentale, avait mis le feu à la mosquée Al-Aqsa, pensant qu’il avait reçu un « signe de Dieu » lui demandant de commettre ce crime. Les Palestiniens et une grande partie du monde arabe avaient attribué la responsabilité de l’incendie – qui avait détruit une partie du plafond en bois et une chaire vieille de 800 ans, cadeau du héros islamique Saladin – au gouvernement israélien.

Le docteur Mahmoud Habbash, juge à la Cour suprême de la Charia de l’Autorité palestinienne et proche conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas, a indiqué mardi dans une déclaration publiée sur le site de Wafa, l’agence officielle de l’AP, que « le feu qui avait éclaté à la mosquée d’Al-Aqsa il y a 48 ans sous l’impulsion d’un terroriste juif d’origine australienne brûle encore aujourd’hui, et ce sera le cas tant que le noble sanctuaire et la ville sainte [de Jérusalem] seront violés par l’occupation israélienne. »

Le Dr Mahmoud Habbash, juge suprême de la Charia de l'Autorité palestinienne et conseiller de Mahmoud Abbas sur les affaires religieuses et islamiques. (Crédit : autorisation)

Le Dr Mahmoud Habbash, juge suprême de la Charia de l’Autorité palestinienne et conseiller de Mahmoud Abbas sur les affaires religieuses et islamiques. (Crédit : autorisation)

Après un attentat terroriste commis le 14 juillet au cours duquel trois Arabes israéliens ont tué deux policiers israéliens avec des armes introduites clandestinement sur le site, Israël avait installé de nouvelles mesures de sécurité, notamment des détecteurs de métaux et des caméras, ce qui avait mené à des affrontements presque quotidiens entre manifestants palestiniens et forces de l’ordre israéliennes dans la Vieille Ville et dans ses environs, ainsi qu’à Jérusalem Est et en Cisjordanie.

Ces mesures avaient également été le point de départ d’un boycott de la part des fidèles musulmans qui avaient menacé de ne pas revenir sur le site jusqu’au retrait des installations.

Ces émeutes avaient fait cinq morts du côté palestinien et un terroriste palestinien avait tué les trois membres d’une famille attablée pour son repas du Shabbat dans l’implantation de Halamish, en Cisjordanie. Il avait justifié ce geste en disant qu’il voulait venger Al-Aqsa.

Habbash a expliqué que « les récents événements dans la ville occupée de Jérusalem sont un message affirmant que les Palestiniens ne pardonneront jamais, qu’ils n’oublieront jamais, et qu’ils n’abandonneront jamais aucun de leurs droits légitimes garantis par le droit international et humanitaire. »

Selon un rapport publié lundi par l’observatoire israélien Palestinian Media Watch (PMW), la chaîne officielle de télévision de l’AP a diffusé un documentaire affirmant que l’incendie de 1969 avait été « programmé par des responsables juifs de haut rang. »

Mardi, le Hamas, groupe terroriste qui contrôle la bande de Gaza, a diffusé un communiqué attribuant l’incendie à un « criminel sioniste ».

« En cette journée de 1969, la mosquée Al-Aqsa avait été gravement endommagée après qu’un criminel sioniste, Denis Michael Rohan, a incendié le lieu saint », disait le communiqué.

Il ajoutait que le Hamas rendait hommage « au peuple de Jérusalem qui a montré un grand courage et une constance dans sa résistance aux complots ourdis par l’occupation israélienne pour s’emparer de la mosquée Al-Aqsa, pour la judaïser et dénaturer sa réalité historique. »

L’agence publique turque Anadolu s’est également référée de manière incorrecte à Rohan en évoquant un « Juif extrémiste », dans un article au sujet des Palestiniens qui célébraient la date anniversaire de l’incendie.

Remarquablement, l’agence de presse palestinienne Maan a pour sa part écrit un article basé sur celui d’Anadolu mais a rappelé que Rohan était chrétien.

Le mont du Temple, appelé Haram al-Sharif par les musulmans, est le lieu le plus saint du Judaïsme et le troisième lieu saint de l’Islam. Le complexe, et la mosquée Al-Aqsa construite à son sommet, est une source de tensions récurrentes à Jérusalem ces dernières années.

Ainsi, les Palestiniens n’ont cessé de dénoncer les « provocations » israéliennes sur le mont comme étant l’un des principaux catalyseurs d’attaques violentes. Ils s’inquiètent par ailleurs de plus en plus des intentions d’Israël au sujet de ce lieu saint, accusant souvent l’Etat juif de tenter d’imposer un plus grand contrôle sur le complexe, et même de programmer l’élimination de la mosquée pour mettre en place une hégémonie des Juifs.

Israël a nié à plusieurs reprises vouloir procéder à des changements dans le status quo en vigueur sur le site.