C’est un Juif israélien né en Russie qui entre dans une mosquée de Médine, tefilin (phylactères) en main. Cela pourrait être le début d’une blague, mais non.

Ben Tzion, qui a récemment visité les lieux saints du monde musulman, de Téhéran à Qom, en passant par Beyrouth et Ryad, a déclaré mardi au Times of Israel qu’il n’avait jamais « été traité avec hostilité ».

Il a aussi affirmé qu’il ne cachait pas son identité juive, qu’il venait « en ami », qu’il manifestait son respect pour l’islam et le monde arabe. Il a trouvé que le monde musulman était un endroit accueillant. Il a également précisé qu’il voyageait en tant qu’individu, et qu’il ne représentait aucun gouvernement ni organisation.

Mais sur la Toile, les photos qu’il a publiées de sa visite de la mosquée du prophète à Médine, le deuxième lieu saint de l’islam, ont suscité la colère de nombreux musulmans. Et ces critiques ont révélé des dissensions au sein du monde musulman. Nombre d’entre eux ont protesté contre les voyages de Tzion, qui semblaient évoquer une preuve du rapprochement entre Israël et certaines zones du monde arabe, notamment l’Arabie saoudite.

Le hashtag #UnSionisteDansLaMosquéeDuProphète en arabe, qui relaie les voyages de Ben Tzion, a été utilisé plus de 90 000 fois en 2 jours, après la publication de ses photos. De nombreux détracteurs du voyage de Tzion sur Twitter ont été identifiés comme des Qataris ou des Palestiniens.

Un utilisateur a été « choqué d’apprendre » la visite du « sioniste » Ben Tzion à la mosquée de Médine, et a affirmé qu’elle était révélatrice d’une alliance entre Israël et l’Arabie saoudite.

L’allégation « cela semble être le fruit d’une alliance grandissante entre Israël et les Saoudiens » a été le moteur de la colère autour du voyage de Tzion. Bien que l’Arabie saoudite n’entretienne pas de relations diplomatiques officielles avec Israël, les deux pays semblent s’être rapprochés, en raison de leur opposition commune face au régime iranien.

La semaine dernière, le chef d’état-major israélien a déclaré aux médias saoudiens que l’État hébreu était prêt à partager du renseignement avec le royaume saoudien.

« Wow, juste wow. Honnêtement, à quoi vous jouez, les Saoudiens ? C’est une mauvaise blague que je ne comprends pas ? #صهيوني_بالحرم_النبوي », a écrit Ismail Munir, à l’intention du gouvernement saoudien, en utilisant le hashtag susmentionné.

Le docteur Saad al-Faqih, un dissident saoudien qui vit à Londres, a déclaré sur Twitter que la raison à l’origine de la visite de Tzion était son « amitié personnelle » avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

Le compte Twitter officiel de la mission américaine en Arabie saoudite à Ryad a retweeté l’affirmation de Faqih, puis l’a effacée et a publié des excuses pour cette publication « erronée ».

Tzion a déclaré au Times of Israel mardi avoir entrepris son voyage en Arabie saoudite en observant les procédures officielles pour l’obtention d’un visa. Il a assuré qu’il se déplaçait en toute légalité et qu’il avait obtenu les visas nécessaires. Il a également souligné qu’il voyageait « en tant qu’individu privé… je ne suis pas une personnalité politique, je ne travaille pour aucune organisation israélienne, ni pour ses agences de sécurité ou un quelconque establishment politique », a-t-il déclaré.

« Je suis un Juif indépendant, un citoyen israélien privé… Partout où je vais, je suis un ambassadeur d’Israël, à titre privé. »

Les utilisateurs des réseaux sociaux arabes ont été tellement surpris par les voyages de Tzion, qu’ils ont tenté de démontrer que ses photos étaient retouchées.

Un petit journal conservateur turc a publié les photos de Tzion en Une, avec en titre « Un juif pose dans une mosquée ».

Le docteur Hind Al-Muftah, vice-président de l’Institute for Graduate Studies de Doha a déclaré, que pour de nombreuses personnes, le problème n’était pas la normalisation des liens arabo-israéliens, mais le fait que les ressortissants qataris n’aient pas eu le droit de se rendre sur les lieux sains musulmans depuis que l’Arabie saoudite a instauré un blocus contre son voisin du Golfe, en juin, tandis qu’un Juif a, d’une certaine manière, réussi à se rendre sur place.

Tzion, qui publie périodiquement des chroniques sur la plate-forme de blogs du Times of Israel, est passé sur la BBC arabe mardi soir pour parler de ses voyages. L’animateur lui a demandé s’il avait pris en compte la sensibilité afférente à son passage à la mosquée, ce à quoi il a répondu : « j’ai été prier » en hébreu pour la paix parmi les peuples du Moyen Orient.

Est-ce que ses amis saoudiens qui l’ont conduit à la mosquée savaient qu’il était israélien ? « Ils savaient que je suis Israélien, et que j’ai aussi d’autres passeports, et que les Juifs sont acceptés en Arabie saoudite », a-t-il dit.

Un ancien ministre de la santé du Hamas, à Gaza, le docteur Bassem Naim, a relayé l’interview de Tzion à la BBC sur Twitter, avec les hashtag #LaNormalisationEstUnCrime, #UnSionisteDansLaMosquéeDuProphète et #LeBoycottd’IsraëlEstUnDevoir.

Mais les réactions au voyage de Tzion n’ont pas été toutes négatives dans le royaume saoudien.

Abdelali Ragad, un journaliste de la BBC arabe basé au Royaume-Uni, a décrit l’histoire de Tzion comme une histoire « inspirante », qui met en lumière l’assurance qu’avait Tzion que rien de mal ne lui arriverait.

Tzion a déclaré au Times of Israel qu’il était conscient des commentaires hostiles sur les réseaux sociaux, mais a déclaré que les gens qu’il a rencontrés en personne étaient très chaleureux.

Raphael Ahren a contribué à cet article.