L’Egypte a commandé l’année dernière plus de 30 000 lance-roquettes à la Corée du Nord dans le cadre d’un accord clandestin en violation des sanctions et qui a été empêché à la dernière minute par les Etats-Unis, a annoncé lundi le Washington Post.

La découverte, qui a entraîné ce qu’un rapport des Nations unies a ensuite décrit comme la « saisie de munitions la plus importante de l’historie des sanctions contre la république populaire démocratique de Corée », a mis au jour l’un des accords secrets conclus entre les deux pays, qui ont poussé les Etats-Unis à se plaindre à l’Egypte, et à la décision prise de l’administration Trump cet été de geler ou reporter l’aide militaire de près de 300 millions de dollars au Caire.

Le navire transportant les armes en Egypte a été repéré à l’été 2016 par les renseignements américains, qui l’ont suivi alors qu’il quittait la Corée du Nord, avec un équipage nord-coréen, et naviguant vers l’ouest dans le Golfe d’Aden et le canal de Suez.

Les Etats-Unis ont alerté les autorités égyptiennes par la voie diplomatique. Le bateau, qui battait pavillon cambodgien, présentait une lourde bâche pour couvrir sa cargaison secrète.

La douane égyptienne attendait le navire quand il est entré dans les eaux égyptiennes, à la sortie du canal de Suez. Les douaniers ont découvert les armes cachées sous du minerai de fer : plus de 24 000 lance-roquettes, et les composants pour 6 000 autres.

La télévision sud-coréenne diffuse une vidéo d'un tir de missile de la Corée du Nord, le 12 février 2017. (Crédit : Jung Yeon-Je/AFP)

La télévision sud-coréenne diffuse une vidéo d’un tir de missile de la Corée du Nord, le 12 février 2017. (Crédit : Jung Yeon-Je/AFP)

Toutes étaient des copies nord-coréennes du RPG-7, une arme russe construite dans les années 1960, selon le Post.

Les caisses contenant les armes portaient le nom d’une entreprise égyptienne privée, non citée dans l’article, mais le nombre d’armes, et le fait qu’elles étaient clairement conçues pour un usage militaire à grande échelle, indiquaient qu’elles étaient en fait destinées à l’armée égyptienne.

L’Egypte a répondu qu’elle était transparente et se conformait aux résolutions du Conseil de sécurité.

Une enquête des Nations unies a cependant découvert que des hommes d’affaires égyptiens avaient commandé les armes, pour plusieurs millions de dollars, pour l’armée égyptienne, et avaient investi de grands efforts pour garder cet accord secret en raison des sanctions imposées à la Corée du Nord.

Selon Andrea Berger, spécialiste de la Corée du Nord et chercheuse du Middlebury Institute of International Studies de Monterey, en Californie, l’Egypte entretient toujours des relations diplomatiques avec Pyongyang et les relations militaires des deux pays remontent aux années 1970. Elles sont difficiles à briser.

Répliques du missile Scud-B nord-coréen, au centre, et du missile sol-air sud-coréen Hawk, à gauche, au mémorial de la guerre de Corée à Séoul, le 29 mai 2017. (Crédit : Jung Yeon-Je/AFP)

Répliques du missile Scud-B nord-coréen, au centre, et du missile sol-air sud-coréen Hawk, à gauche, au mémorial de la guerre de Corée à Séoul, le 29 mai 2017. (Crédit : Jung Yeon-Je/AFP)

« L’Egypte a régulièrement acheté à la Corée du Nord dans le passé, a dit Berger au Post. Je dirai aujourd’hui qu’elle est un client ‘résilient’. »

Les diplomates occidentaux ont indiqué que l’Egypte avait initialement démenti toute relation en lien avec la saisie d’armes, puis avait tenté de s’offusquer.

L’affaire expose les difficultés de la communauté internationale dans l’usage des sanctions économiques pour faire pression sur Pyongyang afin qu’il renonce à ses ambitions nucléaires.

Kim Jong-Un, le dirigeant nord-coréen, a réussi à adoucir les effets handicapants des sanctions en continuant à vendre des armes à bas pris à des pays comme la Birmanie, Cuba, la Syrie, l’Erythrée, et à au moins deux groupes terroristes, ainsi que des alliés cruciaux des Américains comme l’Egypte, ont indiqué des analystes au Post.

Le journal a décrit le marché comme « une sorte d’eBay mondial pour des armes anciennes et reconditionnées de l’époque de la Guerre froide, souvent à un prix bien inférieur à celui du marché. »

Citant des responsables du renseignement et des diplomates occidentaux, le Post signale que la Syrie a récemment acheté des équipements de protection contre les armes chimiques à Pyongyang et que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran et décrit comme « un client de longue date », a acheté des roquettes et des missiles nord-coréens.

Des fusils nord-coréens ont même été retrouvés sur les corps de combattants de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, même si, selon des responsables américains, ils avaient probablement été volés dans des stocks achetés il y a longtemps par le dictateur libyen décédé Mouammar Kadhafi.