Il n’est pas encore possible de dire si les tirs soudains de roquettes, entrées en Israël depuis la Syrie, avaient un lien avec la présence à Damas du chef de la Défense iranien. Mais au vu de l’initiative de l’Iran qui tente de s’implanter militairement dans la région, de la confiance retrouvée du régime syrien et d’autres facteurs suspects, il est probable que cet incident signifiait davantage.

Même si des tirs accidentels ont touché Israël dans le passé, cet incident ne rentre pas dans la même catégorie et ressemble plus à une tentative de la part de la Syrie de transmettre un message. D’abord l’heure – environ 5 heures du matin. La majorité des combats qui agitent la guerre civile syrienne se déroulent dans la journée et certainement pas avant l’aube. En second lieu, aucun acte de ce type, dans le passé, n’a eu lieu avec cinq roquettes consécutives.

Et en effet, l’incident semble plutôt lié aux tirs antiaériens visant les avions chasseurs israéliens qui effectuaient une mission de reconnaissance au-dessus du Liban la semaine dernière, et correspondent à un ton désormais plus agressif de Damas.

Ces développements sont une preuve du renforcement de la confiance du régime syrien. Samedi encore, l’armée d’Assad a capturé la ville chrétienne de Qaryatayn, qui avait été prise par l’Etat islamique et utilisée comme base par le groupe terroriste. Assad pourrait avoir le sentiment que la victoire est enfin à sa portée grâce à la présence à ses côtés de Téhéran ainsi que des milices chiites d’Irak, du Pakistan et Afghanistan, renforcées par 8 000 soldats bien armés du Hezbollah. Et il a peut-être ainsi eu le sentiment que le temps était venu d’envoyer à Israël un message de défiance.

Il faut rappeler que le même jour, le chef de la défense iranienne Mahmoud Bagheri a signé un protocole d’accord avec son homologue syrien Ali Ayyoub.

Le ministre syrien de la Défense, le Général Fahd al-Freij, à droite, rencontre le chef d'Etat-major des forces armées iraniennes, le major-général Mohammad Bagheri, à gauche, au ministère de la Défense de la capitale de Damas le 18 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / STRINGER)

Le ministre syrien de la Défense, le Général Fahd al-Freij, à droite, rencontre le chef d’Etat-major des forces armées iraniennes, le major-général Mohammad Bagheri, à gauche, au ministère de la Défense de la capitale de Damas le 18 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / STRINGER)

Selon SANA, l’agence de presse nationale dirigée par le gouvernement syrien, le protocole a pour objectif d’approfondir les liens entre les pays en matière militaire, de partage de renseignements et de technologies afin « d’améliorer la lutte contre le terrorisme ».

Cet accord est également un rappel de l’importance de la tentative iranienne de s’implanter sans entraves en Syrie alors que la coalition menée par les Etats-Unis et les milices kurdes achève sa campagne visant à repousser l’Etat islamique hors du pays.

Et pour le moment tout du moins, il semble que personne n’est en mesure d’arrêter la propagation de l’influence iranienne dans la région.

La Russie pourrait vouloir détourner le regard de la frappe israélienne mais cela ne torpillera  guère le plan nourri pour la Syrie par l’Iran, qui comprend une vaste présence militaire, durable dans le temps.

Même chose pour les Américains : Les Etats-Unis semblent de plus en plus désireux de ne plus intervenir, même pour leurs alliés.

C’est un fait qui est clairement apparu lorsque l’administration de Donald Trump a choisi d’ignorer la reprise de la ville irakienne de Kirkouk, qui se trouvait entre les mains des Kurdes qu’elle soutenait. Les Etats-Unis ont vendu les Kurdes en faveur d’un gouvernement de Bagdad appuyé par les milices chiites soutenues par l’Iran, une manière de conserver les Irakiens proches de Washington.

Soldats de l'ONU en patrouille près de la frontière syrienne, sur le plateau du Golan, après les tirs de cinq projectiles en Israël, le 21 octobre 2017. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Soldats de l’ONU en patrouille près de la frontière syrienne, sur le plateau du Golan, après les tirs de cinq projectiles en Israël, le 21 octobre 2017. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Sous de nombreux aspects, l’abandon des Etats-Unis de Kirkouk peut venir faire écho aux suites de l’attaque chimique, en 2013, de Ghouta, lorsque le président Barack Obama avait échoué à faire respecter sa ligne rouge. A ce moment-là, aux yeux de Moscou, de Damas et du reste du Moyen-Orient, ce manque de réaction avait fait naître l’idée que les Etats-Unis avaient peur.

La Russie, en comparaison, n’a pas hésité à intervenir et à protéger ses alliés et c’est son aide qui, pour tous, aura permis au régime d’Assad de renaître de ses cendres.

De manière détournée, Assad doit dire merci à l’Etat islamique qui aura amené la Russie à venir à son secours. L’une des raisons majeures de l’intervention de Moscou dans la guerre a été la crainte que l’EI puisse se propager, en tant que puissance militaire et en tant qu’idée – dans la région côtière à majorité alaouite, où la Russie a des actifs stratégiquement déterminants, notamment une base navale.

Il n’y a aucune raison de supposer que si le régime syrien avait combattu l’armée syrienne libre ou un autre groupe modéré, le Kremlin serait intervenu aussi rapidement pour soutenir Assad, l’un des plus grands tyrans de l’histoire moderne, un homme responsable de la mort d’environ un demi-million de personnes – majoritairement à travers des tortures, des exécutions et des attaques chimiques.

Si l’Etat islamique a pu représenter la plus grande menace pour le régime d’Assad, il s’est avéré qu’il aura également été sa planche de salut.