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À Athènes, 81 ans après la Shoah, des familles juives retrouvent leurs effets personnels

Près de 70 000 personnes, soit 86 % de la communauté juive grecque, ont été exterminées durant l'occupation nazie. Aujourd'hui, cette communauté ne compte qu'environ 5 500 membres

Une parente de Dimitris Vafeiadis embrasse ses effets personnels lors d'une cérémonie organisée pour la restitution aux familles des effets personnels des prisonniers grecs des camps de travail forcé nazis, dans le cadre de la campagne internationale « StolenMemory », au ministère grec des Affaires étrangères à Athènes, le 25 juin 2026. (Crédit: Angelos Tzortzinis/AFP)
Une parente de Dimitris Vafeiadis embrasse ses effets personnels lors d'une cérémonie organisée pour la restitution aux familles des effets personnels des prisonniers grecs des camps de travail forcé nazis, dans le cadre de la campagne internationale « StolenMemory », au ministère grec des Affaires étrangères à Athènes, le 25 juin 2026. (Crédit: Angelos Tzortzinis/AFP)

Une montre, un bracelet, une broche, un portefeuille avec des pièces de monnaies, une bague… 81 ans après, ces effets personnels, enlevés à quatre déportés de Grèce dans le camp de concentration de Neuengamme en Allemagne, ont été restitués jeudi à Athènes à leurs familles.

La remise a eu lieu lors d’une cérémonie émouvante au ministère grec des Affaires étrangères dans le cadre de la campagne #StolenMemory lancée en 2016 par les Archives Arolsen, un centre qui détient les archives les plus complètes au monde sur les victimes et survivants des camps nazis.

Les yeux de Kaiti Kerasiotis s’embuent. Elle tient après tant d’années dans ses mains la montre de son mari Evangelos, déporté en mai 1944 à seulement 19 ans.

« Je n’arrive pas à y croire », murmure la retraitée.

« Quand un soir, j’ai été contactée par des élèves cherchant à avoir des informations sur Evangelos, j’ai ressorti les photos enfouies, je me suis replongée dans le passé et je me suis dit il n’a finalement pas été oublié », confie-t-elle aux médias, accompagnée de ses enfants et petits-enfants.

Car ce sont des élèves grecs qui ont été chargés de retrouver la trace des familles de ces prisonniers grecs déportés entre 1943 et 1944 dans le cadre de la collaboration du programme #StolenMemory avec les ministères grecs des Affaires étrangères et de l’Education.

« Alors que les survivants des camps ne sont plus très nombreux, de nouvelles formes de mémoire, plus participative, doivent être développées », a indiqué Moritz Wein, directeur des Archives Arolsen.

L’intérêt pour les histoires personnelles ne faiblit pas d’après M. Wein, qui note que ces deux dernières années, les demandes des familles pour retrouver les traces de leurs proches déportés dans les camps nazis ont explosé.

« Le rôle des archives à l’heure de l’intelligence artificielle et de la distorsion de l’histoire prend d’autant plus d’importance », constate-t-il.

Près de 70 000 personnes, soit 86 % de la communauté juive grecque, ont été exterminées pendant l’occupation nazie en Grèce (1940-1944). Aujourd’hui, cette communauté ne compte qu’environ 5 500 membres.

La montre d’Evangelos Kerasiotis lors d’une cérémonie organisée pour la restitution aux familles des effets personnels de prisonniers grecs ayant été détenus dans des camps de travail forcé nazis, dans le cadre de la campagne internationale « StolenMemory », au ministère grec des Affaires étrangères à Athènes, le 25 juin 2026. (Crédit: Angelos Tzortzinis/AFP)

« Dépouillés », « déshumanisés »

Les lycéens d’Evosmos, près de la ville de Thessalonique (nord) où vivait une forte communauté juive, ont recherché durant des mois dans les archives municipales, de la police et la Croix-Rouge grecque pour retrouver la famille d’Evangelos.

Déporté à Neuengamme, près de Hamburg, Evangelos fut ensuite transféré au camp de travail de Salzgitter-Drütte puis à Bergen-Belsen, où les forces britanniques attestèrent de sa présence après la libération.

Il rentra en Grèce en août 1945 et rejoindra la police mais mourut à seulement 24 ans, d’une maladie cardiaque liée aux épreuves endurées dans les camps.

A son tour, Panagiota Galani récupère la montre de son oncle, Georgios Sagmatopoulos, déporté à 24 ans en Allemagne. Sa mère et sa grand-mère l’ont cherché pendant des années et n’ont eu confirmation de sa mort qu’en 1962.

Les effets personnels de Dimitris Vafeiadis, lors d’une cérémonie de restitution aux familles des effets personnels de prisonniers grecs des camps de travail forcé nazis, organisée dans le cadre de la campagne internationale « StolenMemory », au ministère grec des Affaires étrangères à Athènes, le 25 juin 2026. (Crédit: Angelos Tzortzinis/AFP)

« On a toujours vécu avec l’ombre de cet oncle qui n’était pas rentré, et ma grand-mère aurait été très émue de retrouver cette montre », avoue la jeune femme.

Pour retrouver les descendants de Nikolaos Fassouliotis, Chypriote qui vivait en Grèce en 1944 lors de sa déportation, les lycéens athéniens ont dû envoyer des dizaines d’emails et passé plusieurs coups de fil avant de retrouver une de ses filles à Chypre.

Mort en 2000, l’ancien déporté avait refait sa vie et eu six enfants à Chypre. Konstantina retrouve le bracelet de son père où était gravé le nom de ses deux enfants issus d’un premier mariage.

« J’espère retrouver aussi un jour les traces de la famille de mon père », lâche-t-elle la gorge nouée.

Moritz Wein lui transmet un sac rempli de documents ayant appartenu à son père: papier d’enregistrement dans les camps, notes sur les travaux forcés effectués…

« Ces hommes ont été dépouillés de leurs biens à l’entrée des camps, déshumanisés par les nazis, et aujourd’hui grâce à la restitution de ces objets à leurs familles, nous leur redonnons une part de leur identité », souligne M. Wein.

Les Archives Arolsen disposent encore de 2000 enveloppes avec les effets personnels de déportés de plusieurs pays, qui n’ont pas retrouvé leur destinataire.

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