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À l’ONU, Sharaa dénonce les frappes israéliennes mais affirme que la Syrie est « engagée dans le dialogue »

Dans son premier discours à l'Assemblée générale de l'ONU, Sharaa a évoqué les souffrances endurées sous Assad qui poussent les Syriens à se ranger du côté de Gaza

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président syrien Ahmed Al-Sharaa s'exprimant lors de la 80ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU, à New York, le 24 septembre 2025. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)
Le président syrien Ahmed Al-Sharaa s'exprimant lors de la 80ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de l'ONU, à New York, le 24 septembre 2025. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies à New York dans la journée de mercredi, le président syrien Ahmed Al-Sharaa a condamné les frappes israéliennes qui prennent pour cible son pays et il a ajouté que Damas était « engagé dans un dialogue » avec Israël.

Dans son discours – le premier à avoir été prononcé par un dirigeant syrien à l’ONU depuis 1967 – Sharaa a appelé à la levée des sanctions imposées à la Syrie et il a souligné les souffrances endurées par la population syrienne sous le joug de « six décennies de dictature meurtrière », a-t-il dit, une dictature qui a pris fin avec le renversement du président de longue date Bachar Al-Assad en décembre par les forces de Sharaa.

Les souffrances des Syriens les obligent à « se positionner aux côtés du peuple de Gaza, de ses enfants et de ses femmes », a dit Sharaa à la fin de son discours, appelant à la fin des combats déclenchés par le pogrom qui avait été commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

À la suite du discours qui a été prononcé par Sharaa, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a diffusé un communiqué consacré aux négociations actuellement en cours entre Jérusalem et Damas dans le cadre d’un possible accord de sécurité. Ce communiqué a insisté sur le fait qu’Israël n’acceptera pas d’accord qui ne garantirait pas, par ailleurs, la sécurité de la minorité druze de Syrie.

Selon la déclaration israélienne, un accord avec la Syrie « dépend de la garantie des intérêts d’Israël – des intérêts qui comprennent, entre autres, la démilitarisation du sud-ouest de la Syrie et la sauvegarde de la sécurité des membres de la communauté druze en Syrie ».

Israël, où vivent environ 150 000 membres de cette communauté, avait invoqué la nécessité de protéger les Druzes syriens lorsque Tsahal avait mené des frappes aériennes dans le ciel de la Syrie, au début de l’année, dans un contexte de violences : les forces fidèles à Sharaa avaient ainsi participé à des massacres contre la population druze.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rend au sommet du mont Hermon, du côté syrien, en compagnie du chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi (à droite), et d’autres soldats, le 17 décembre 2024. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

Avec ce communiqué émis par Netanyahu, c’est la deuxième fois qu’Israël confirme, cette semaine, l’existence de pourparlers avec la Syrie. Alors que le Premier ministre a embarqué dans un vol pour les États-Unis, où il prendra part à l’Assemblée générale des Nations unies, des informations ont laissé penser qu’il pourrait s’entretenir avec le dirigeant syrien à New York, une rencontre qui serait historique.

Israël et la Syrie sont officiellement en guerre depuis 1948, date de la création d’Israël. Un conflit qui est ancré dans des conflits territoriaux, dans des affrontements militaires et dans une profonde méfiance politique.

Après le renversement d’Assad, Israël s’est emparé de la partie syrienne de la zone-tampon qui sépare les deux pays, invoquant la crainte que ce secteur ne tombe entre de mauvaises mains. Cette zone-tampon avait été délimitée dans le cadre de l’accord de désengagement de 1974 qui avait été conclu dans le sillage de la guerre du Kippour, en 1973.

Israël a également lancé de fréquentes attaques qui ont pris pour cible les biens et les infrastructures qui appartenaient à l’ancienne armée d’Assad, une armée qui avait été renforcée, dans ses dernières années d’existence, par les forces iraniennes et par les hommes du proxy libanais de la république islamique, le Hezbollah.

« D’exportateur de crise à opportunité de paix »

Sharaa, qui est l’ancien chef d’un groupe jihadiste rebelle autrefois affilié à Al-Qaïda, a promis dans son discours « d’essayer d’éradiquer le sectarisme et de lutter contre les tentatives qui visent à diviser à nouveau notre pays » au moment où ce dernier cherche à se réinventer.

« La Syrie retrouve la place qui lui revient parmi les nations du monde », a-t-il dit. « La Syrie est passée du statut d’exportateur de crises à celui d’opportunité de paix pour la Syrie et la région ».

Sharaa a ajouté que le régime d’Assad, qui est tombé à l’issue d’une guerre civile qui avait duré presque 14 ans, avait utilisé « les pires tortures contre notre peuple, des armes chimiques et des bombardements ».

« Il a déchiré notre pays et il a attiré des terroristes du monde entier. L’ancien régime a tué environ un million d’innocents, il a déplacé des milliers, des millions de personnes et il a détruit deux millions de maisons », a-t-il continué.

Le peuple syrien « n’a eu d’autre choix que de s’organiser militairement pour renverser un régime criminel », a-t-il poursuivi, notant que que l’offensive lancée par les rebelles « a privilégié la tolérance ; elle n’a pas visé les civils. Elle a visé la justice en l’absence de vengeance. Nous avons restauré nos droits et nous avons remporté la victoire ».

« Je garantis que tous ceux qui ont été à l’origine du sang qui a coulé seront traduits en justice et qu’ils devront rendre des comptes », a précisé Sharaa.

Un combattant anti-régime arrachant une affiche du dictateur syrien déchu Bashar el-Assad (à gauche) et son frère Maher, à l’aéroport de la ville d’Alep, au nord de la Syrie, le 2 décembre 2024. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

« Dans ce contexte, les bombardements et les attaques israéliennes à l’encontre de mon pays se poursuivent, ce qui entre en contradiction avec le soutien international qui est apporté à la Syrie et ce qui menace de créer de nouvelles crises », a-t-il déploré.

« Face à ces agressions, la Syrie s’engage à dialoguer et nous nous engageons à respecter l’accord de désengagement de 1974 », a expliqué Sharaa. « Nous appelons la communauté internationale à se tenir à nos côtés face à ces attaques ».

Le président américain Donald Trump (à droite) serrant la main du président par intérim syrien Ahmed al-Sharaa (à gauche) à Ryad, le 14 mai 2025. (Crédit : Bandar al-Jaloud/Palais royal saoudien/AFP)

Sharaa a appelé à la levée complète des sanctions imposées à son pays sous le régime d’Assad. Le président américain Donald Trump avait rencontré le nouveau leader syrien à Ryad au mois de mai dernier et il avait ordonné la levée de la majorité des sanctions – mais la Caesar Syria Civil Protection Act adoptée en 2019, une loi qui autorisait les sanctions, reste encore en vigueur aux États-Unis.

Damas « est en train de mettre en place des institutions et des lois qui garantissent les droits de tous, sans exception », a affirmé Sharaa. « Nous sommes déterminés à restaurer la gloire, la dignité et l’honneur de la Syrie ».

Il a remercié « tous ceux qui ont soutenu la cause syrienne », énumérant « la Turquie, le Qatar, le Royaume d’Arabie saoudite et tous les États arabes et islamiques, les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ».

« Nous ne souhaitons à personne les souffrances qui ont été endurées par la Syrie. Nous sommes parmi les peuples les plus profondément conscients des horreurs de la guerre et de la destruction », a conclu Sharaa

« C’est la raison pour laquelle nous nous positionnons fermement aux côtés du peuple de Gaza, de ses enfants et de ses femmes, et de tous les peuples qui sont victimes de violations et d’agressions ».

« Nous appelons à la fin immédiate de la guerre », a-t-il ajouté.

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