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A Penn, une proche de Trump prône l’identification des Juifs pour les besoins d’une enquête

La présidente de la Commission américaine pour l'égalité des chances en matière d'emploi assure qu'"il n'y a pas d'autre moyen de protéger les victimes que de réunir des informations les concernant", mais d'aucuns mettent en garde contre la "constitution de listes de Juifs"

(De gauche à droite) Andrea Lucas, présidente de la Commission fédérale pour l'égalité des chances en matière d'emploi, s'entretient avec le fondateur du Brandeis Center, Kenneth Marcus, lors d'une conférence sur l'antisémitisme à l'université Harvard à Cambridge, dans le Massachusetts, le 16 avril 2026. (Avec l'aimable autorisation du Brandeis Center via la JTA)
(De gauche à droite) Andrea Lucas, présidente de la Commission fédérale pour l'égalité des chances en matière d'emploi, s'entretient avec le fondateur du Brandeis Center, Kenneth Marcus, lors d'une conférence sur l'antisémitisme à l'université Harvard à Cambridge, dans le Massachusetts, le 16 avril 2026. (Avec l'aimable autorisation du Brandeis Center via la JTA)

JTA — La collaboratrice de Trump à l’origine d’une enquête polémique sur l’antisémitisme à l’Université de Pennsylvanie a déclaré devant un parterre de dirigeants juifs que la liste des Juifs de l’université demandée par ses services était nécessaire pour identifier les « victimes potentielles ».

« Il n’y a pas d’autre moyen de protéger les victimes de harcèlement ou de discrimination que de recueillir des informations à leur sujet », a déclaré Andrea Lucas, présidente de la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi, lors d’une conférence sur l’antisémitisme et la loi à l’université Harvard.

Dans le cadre de son enquête sur l’antisémitisme à l’université Penn, la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi a demandé à cette université de l’Ivy League de lui donner la liste des professeurs, membres du personnel et étudiants juifs, ainsi que des informations personnelles les concernant, ce que l’université a refusé, affirmant que la demande « posait problème au regard de la vie privée et du Premier Amendement ». Toutefois, un juge nommé par Obama a statué il y a peu que l’administration Trump avait le droit de demander une telle liste.

Cette semaine, Penn a fait appel et demandé un sursis vis-à-vis de l’exécution de l’ordonnance du tribunal, laquelle les obligeait à produire cette liste avant le 1er mai.

L’affaire a suscité une vive opposition de la part de la communauté juive de Penn, et notamment de sa section Hillel. Les organisations en faveur de la liberté d’expression se sont elles aussi opposées à cette demande, bien que certains groupes juifs aient soutenu qu’elle était raisonnable.

Lucas, qui n’est pas juive, a déclaré qu’elle ne pouvait pas faire de commentaires sur cette affaire en raison du contentieux. Son représentant n’a pas répondu aux demandes d’entretien de la Jewish Telegraphic Agency suite à son intervention.

Mais à titre général, elle a défendu l’approche de ses services concernant les affaires d’antisémitisme, affirmant qu’en matière de recours collectifs sur des questions de harcèlement à l’embauche, l’indemnisation était subordonnée à la divulgation de l’identité des victimes.

« À un moment donné, soit le gouvernement dispose d’informations sur la religion des personnes, soit il est impossible de faire respecter les lois en leur nom. Je comprends la sensibilité de la question », a-t-elle déclaré à son auditoire. « Mais au final, c’est à la communauté juive de décider : voulez-vous la protection des droits civiques ? »

Lodo de l’Université de Pennsylvanie (UPenn), à Philadelphie, le 15 mai 2019. (Crédit : Matt Rourke/AP)

Cette conférence était organisée par le Brandeis Center for Human Rights Under Law, organisation juridique qui défend régulièrement les étudiants juifs et pro-Israël.

Elle s’est tenue à Harvard, dans le cadre d’un action commune entre Harvard et le Brandeis Center de lutte contre l’antisémitisme, en lien avec la gestion par l’université de l’activisme pro-palestinien dans le sillage du pogrom commis par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023. Y ont notamment pris part de prestigieuses figures d’organisations juives, à commencer par le conseiller juridique principal de Hillel International, des professeurs d’université juifs et des organisations de défense nettement pro-Israël, à l’image du Lawfare Project ou d’American Friends of Likud.

William Daroff, président de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, a pris la parole dans le cadre d’une table-ronde.

Lucas a revendiqué le besoin d’obtenir des informations sur
« l’affiliation des personnes à des organisations religieuses » afin de pouvoir les indemniser, le cas échéant, en vertu d’accords passés par ses services en matière de lutte contre les discriminations religieuses. Elle a ajouté que cette liste lui donnerait une image plus complète des victimes.

« J’ai des raisons de croire qu’il y a des victimes, mais je ne les connais peut-être pas toutes. D’où le besoin de collecter ces informations », a-t-elle dit en ajoutant que la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi ferait de même pour les plaignants racisés qui se plaignent de discriminations.

Le fondateur du Brandeis Center, Kenneth Marcus, lui-même ancien collaborateur de Trump, a interrogé la présidente sur scène et salué son action à la tête de ses services.

« Je crois que c’est une présidente qui a fait évoluer la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi et l’une des responsables les plus influentes en matière d’application des droits civiques », a déclaré Marcus à propos de Lucas, qui a été nommée par Trump membre de la commission en 2020 et présidente en 2025. L’affaire Penn remonte à 2023, soit avant le second mandat de Trump.

Le public n’a pas été pas forcément toujours d’accord avec les arguments de Lucas. Mark Rotenberg, conseiller juridique de Hillel International, a déclaré à la JTA que Hillel faisait siennes les préoccupations de son bureau de Penn au sujet de ces listes.

« Le gouvernement dispose de nombreux moyens pour déterminer l’ampleur de l’antisémitisme au sein de l’enseignement supérieur, sans pour autant devoir obliger les universités à établir et à remettre des listes de Juifs », a déclaré Rotenberg peu avant de participer à une autre table-ronde dans le cadre de cette conférence.

Il a ajouté : « Le fait de réduire la constitution de listes de Juifs à ce qui s’est fait pour les femmes ou d’autres passe totalement à côté du contexte historique grave, celui de Juifs qui se sentent mis à l’index par les autorités. Nous pensons que les responsables de la mise en oeuvre de la loi doivent en tenir compte au moment de choisir les outils à mettre en place pour faire face au terrible problème de l’antisémitisme sur les campus. »

Rotenberg a déclaré qu’il n’était pas le seul, dans le public, à ne pas être d’accord avec la présidente de la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi. « Le public a fait en sorte de rester courtois pour ne pas ouvrir un débat de fond sur la question. »

Mark Rotenberg, du Hillel International. (Emily Dunke)

Lucas n’a pas directement abordé la préoccupation des organisations juives tenant à « la collecte d’informations personnelles sur les Juifs – une collecte évocatrice de ce qui a, de tout temps, rendu les communautés juives vulnérables », comme l’a déclaré Penn Hillel en début d’année. Elle a porté l’accent sur les questions de protection de la vie privée.

« Je peux vous assurer que nous comprenons ces préoccupations et que nous prenons notre devoir de confidentialité très, très au sérieux », a-t-elle assuré.

La Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi enquête par ailleurs sur l’antisémitisme à l’Université de Californie. Son travail est différent de celui des autres enquêtes fédérales sur l’antisémitisme sur les campus, lequel relève du Département de l’Éducation et d’autres agences.

Sous la présidence de Lucas, la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi a été plus active en matière de poursuites dans les cas de discrimination antisémite sur le lieu de travail, une cause à laquelle la présidente tient particulièrement en raison de son intérêt pour les questions de liberté religieuse.

« De mon point de vue, la liberté religieuse doit être au coeur du travail de la Commission américaine pour l’égalité des chances en matière d’emploi », a-t-elle conclu. « Et la lutte contre l’antisémitisme fait, à l’évidence, partie intégrante de la défense de la liberté religieuse. »

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