Alan Bergman, « figure paternelle » de Barbra Streisand, décède à l’âge de 99 ans
Originaire de Brooklyn, le compositeur juif oscarisé et son épouse Marilyn sont à l'origine de certains des plus grands succès de Barbra Streisand et du film "Yentl"
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JTA — Le parolier oscarisé Alan Bergman, qui a coécrit avec son épouse Marilyn les paroles de certains des plus grands succès de Barbra Streisand ainsi que celles du film « Yentl », sorti en 1983, est décédé jeudi à son domicile de Los Angeles. Il avait 99 ans.
Les Bergman formaient déjà un duo de paroliers confirmé lorsqu’ils ont rencontré Barbra Streisand en 1962, après un spectacle au Bon Soir, une boîte de nuit de Manhattan. Ce n’est toutefois qu’en 1969 qu’elle a enregistré l’une de leurs chansons, « Ask Yourself Why », pour son album « What About Today? ».
S’ensuivit une série de tubes emblématiques pour Streisand, fruit d’une collaboration fructueuse entre ces deux Juifs natifs de Brooklyn : « The Way We Were », écrite pour le film du même nom sorti en 1973, et « You Don’t Bring Me Flowers », duo de Streisand avec Neil Diamond, également originaire de Brooklyn, sorti en 1978. En 2011, Streisand a enregistré un album de chansons d’Alan Bergman, « What Matters Most ».
Streisand a évoqué leur collaboration dans un communiqué publié vendredi. Marilyn Bergman est décédée en 2022 à l’âge de 93 ans.
« Alan Bergman était non seulement un parolier prolifique, un mari, un père et un grand-père incroyable, mais il était aussi comme un père pour moi », a déclaré Streisand.
« Nous nous sommes rencontrés il y a plus de 60 ans et nous n’avons jamais cessé de nous aimer et de collaborer ensemble. Ma dernière conversation avec lui portait sur une merveilleuse chanson sur laquelle il travaillait. À 99 ans, son talent créatif était intact. J’aime à penser qu’il est à nouveau dans les bras chaleureux de Marilyn, et je suis sûre qu’ils collaborent à nouveau sur une autre chanson ! Ils me manqueront tous les deux. »
« The Way We Were » fut la chanson la plus vendue de l’année 1974 et valut aux Bergman leur deuxième Oscar, sur un total de trois. Ils avaient déjà remporté l’Oscar pour « The Windmills of Your Mind », sur une musique de Noël Harrison, que l’on pouvait entendre dans le film L’Affaire Thomas Crown, sorti en 1968.
En 1983, trois des chansons nominées pour l’Oscar de la meilleure chanson étaient écrites par les Bergman, qui ont reçu seize nominations au total. Cette année-là, ils ont partagé l’Oscar de la meilleure chanson originale avec le compositeur Michel Legrand pour « Yentl ». Ce film, qui raconte l’histoire d’une femme juive se faisant pour un homme afin d’étudier la Torah dans une yeshiva au début du XIXᵉ siècle en Pologne, a marqué le retour aux sources juives du chanteur et des paroliers.
« Lorsque nous avons travaillé sur Yentl, nous avons fait beaucoup de recherches », avait expliqué Alan Bergman à la journaliste Abigail Pogrebin dans une interview pour son livre Stars of David: Prominent Jews Talk About Being Jewish, publié en 2005. Le couple se souvenait des séances régulières avec un rabbin réformé et un rabbin orthodoxe. « Nous nous sommes rencontrés une fois par semaine pendant un an – Barbra, Alan, moi-même et quelques autres amis », avait raconté Marilyn Bergman dans la même interview.
Outre leur collaboration avec Streisand, les Bergman ont écrit les paroles de la chanson à succès de Frank Sinatra « Nice ‘n’ Easy » ainsi que les génériques des sitcoms des années 1970 « Maude », « Alice » et « Good Times ». La version de Stephen Bishop de « It Might Be You », tirée du film « Tootsie », est restée huit semaines dans le top 40 en 1983.
Parmi leurs collaborateurs les plus fréquents pour l’écriture de chansons figurait le regretté Marvin Hamlisch, compositeur juif avec lequel ils ont partagé l’Oscar pour « The Way We Were » ainsi que trois Emmy Awards. « Véritable maître dans son art, Alan laissera une empreinte indélébile à travers ses chansons », a déclaré la succession de Hamlisch dans un communiqué.
Alan Bergman est né le 11 septembre 1925 au Brooklyn Jewish Hospital, le même hôpital où Marilyn est née trois ans plus tard.
Sa mère, Ruth (Margulies), était femme au foyer et bénévole au sein de la communauté, et son père, Samuel, travaillait dans le commerce de vêtements pour enfants. Bergman a déclaré avoir été victime de l’antisémitisme social de l’époque et a raconté à Pogrebin qu’il avait été refoulé du West Side Tennis Center de Forest Hills, à New York, lorsqu’il avait postulé pour devenir ramasseur de balles.
« Eh bien, j’avais du culot à l’époque et j’ai dit [au responsable] : ‘Je suis un assez bon joueur de ping-pong. J’ai remporté plusieurs championnats ; je vais aller au Brooklyn Daily Eagle et leur dire que vous ne m’avez pas laissé entrer parce que je suis juif.’ »
L’homme céda, avait raconté Bergman. « Et j’ai été ramasseur de balles pendant deux ans. C’est comme ça que j’ai appris à jouer au tennis. »
Bergman a étudié à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill, puis a obtenu une maîtrise en musique à l’UCLA. Il a rencontré son épouse dans les années 1950, alors qu’ils travaillaient avec le compositeur Lew Spence.
Dans Stars of David, sa fille Julie décrit le judaïsme de ses parents comme « davantage politique que spirituel », même si son père ramassait souvent les morceaux de verre brisé lors des mariages juifs et les conservait en souvenir pour le couple. Elle se souvient également de ce que son père disait chaque année, lorsqu’ils se rendaient à la synagogue pour les fêtes du Nouvel an juif.
« Je me souviens qu’il se penchait toujours vers moi et me murmurait : ‘Tu sais, les Juifs du monde entier font exactement la même chose en ce moment’ », a déclaré Julie, écrivaine et productrice de films.
Il laisse derrière lui sa fille et sa petite-fille, Emily Sender.
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