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Carnet du journaliste

Après le déracinement d’un hameau palestinien par des extrémistes juifs, les militants s’en prennent aux pouvoirs politiques

Les anciens habitants de Muarrajat imputent au gouvernement la responsabilité des violences croissantes des partisans du mouvement pro-implantation en Cisjordanie

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Un campement établi par des militants extrémistes à quelques 50 mètres du hameau bédouin palestinien de Muarrajat dans le sud de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, le 6 juillet 2025. (Crédit: Jeremy Sharon/The Times of Israel)
Un campement établi par des militants extrémistes à quelques 50 mètres du hameau bédouin palestinien de Muarrajat dans le sud de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, le 6 juillet 2025. (Crédit: Jeremy Sharon/The Times of Israel)

MUARRAJAT, Cisjordanie – Jusqu’à la semaine dernière, environ 30 familles bédouines palestiniennes avaient élu domicile à Muarrajat, un ensemble d’habitations délabrées et de bergeries installées dans le désert accidenté du sud de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie. Dans le hameau, une école qui avait été financée par l’UE accueillait les enfants.

Puis les partisans du mouvement pro-implantation sont revenus.

Jeudi et vendredi, dans l’incapacité de supporter plus longtemps les actes de harcèlement et d’intimidation toujours plus nombreux de la part des extrémistes juifs, les familles ont définitivement quitté le petit village, craignant pour leur vie. C’est ainsi que Muarrajat est devenu le dernier hameau de la région à se vider de ses résidents palestiniens sous l’effet d’une vague croissante de persécutions israéliennes.

Le petit village était déjà abandonné lorsque le journaliste que je suis s’est aventuré sur la colline poussiéreuse où il a été construit. Quelques activistes appartenant à des organisations de défense des droits de l’Homme étaient néanmoins présents, montant la garde autour des derniers biens laissés derrière eux par les villageois.

Non loin de là, un petit groupe d’extrémistes juif se reposait à l’ombre d’une tente dressée sur les lieux, un campement placé sous la protection du coordinateur de la sécurité d’une implantation voisine qui, l’arme à la main, m’a affirmé que les parcelles tombaient sous la juridiction de la communauté israélienne.

Les familles palestiniennes ont complètement disparu. Elles se sont dorénavant dispersées, habitant sous des tentes ou dans d’autres logements de fortune temporaires dans les villes et villages voisins.

Selon Alia Mleihat, une habitante du hameau âgée de 28 ans, le village existait déjà depuis 40 ans. Elle a accepté de s’entretenir avec le ToI par téléphone, faisant appel aux services d’un traducteur.

« Nous avons quitté notre maison en versant des larmes amères », a raconté Mleihat, qui a quitté Muarrajat dans la soirée de vendredi avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Elle a ajouté que la famille vivait dorénavant dehors, dans la banlieue de Jéricho.

Les habitants du hameau bédouin palestinien de Mu’arrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, emballent leurs affaires à la suite d’actes de harcèlement et d’intimidations intenses de la part de partisans du mouvement pro-implantation israéliens, le 4 juillet 2025 (Autorisation : Alia Mleihat)

Depuis que Mleihat s’est exprimée auprès du Times of Israel, elle et sa famille ont été forcées de quitter l’endroit où elles logeaient par les soldats de l’armée israélienne, a-t-elle confié à des activistes dans le cadre d’un groupe de discussion sur la messagerie WhatsApp.

Les habitants et les militants se souviennent que mercredi, des résidents d’implantation sont arrivés dans le village et qu’ils ont commencé à dresser un campement à quelques mètres seulement des habitations. Les attaquants, qui avaient déjà harcelé les villageois par le passé, sont entrés par effraction dans les logements ; ils ont volé des biens et des têtes de bétail, ils ont détruit des objets et ils ont menacé de recourir à la violence physique.

Les soldats appelés en renfort ne se sont pas contentés de ne pas empêcher le saccage, ajoutent-ils. Ils ont protégé les partisans du mouvement pro-implantation lorsque ces derniers ont pris d’assaut les maisons.

Activistes et résidents mettent également en cause la police qui, affirment-ils, n’est pas intervenue – deux voitures de patrouille sont arrivées dans le hameau dans la nuit de mercredi à jeudi, mais elles ne se sont aventurées que de 50 mètres à l’intérieur du village. Ils font remarquer qu’elles sont soigneusement restées à l’écart des extrémistes qui harcelaient les résidents.

Tsahal a fait savoir que les soldats déployés dans la soirée de mercredi à Muarrajat n’avaient été témoins d’aucune violence et que les forces de sécurité du district « œuvrent à assurer la sécurité de tous les habitants ».

Interpellés sur les accusations qui ont laissé entendre que les troupes avaient accompagné et assuré la protection des résidents d’implantation alors même que ces derniers s’introduisaient par effraction dans les logements des villageois, les militaires n’ont pas apporté de réponse.

De son côté, la police a insisté sur le fait que les forces de l’ordre « sont arrivées immédiatement après avoir été sollicitées, elles ont rejoint les soldats qui se trouvaient sur le terrain et elles ont agi de manière à prendre en charge les frictions entre les deux parties qui lui avaient été signalées ».

Selon le communiqué qui a été émis par la police, les agents « n’ont décelé aucun signe d’activité criminelle » au cours des perquisitions qui ont été effectuées sur les lieux, notant que les activistes n’ont déposé aucune « plainte concrète » pour dénoncer d’éventuels comportements répréhensibles.

En riposte, les militants ont fait savoir qu’ils avaient signalé en temps réel aux forces de l’ordre que des extrémistes juifs leur avaient jeté des pierres, qu’ils les avaient poursuivis avec des matraques et qu’ils avaient empêché une habitante de rentrer chez elle.

L’organisation de défense des droits de l’Homme B’tselem a fait remarquer qu’avec ce départ des familles de Muarrajat, c’est au moins la vingtième fois que des communautés palestiniennes se dépeuplent suite aux actes de harcèlement commis par les partisans du mouvement pro-implantation depuis le début de la guerre contre le Hamas, une guerre qui avait été déclenchée par le pogrom commis par le groupe terroriste dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Des soldats boivent à côté de Zohar Sabah, un extrémiste juif qui a participé à l’établissement d’un campement à l’extérieur du hameau bédouin palestinien de Muarrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, le 3 juillet 2025. (Autorisation : Looking the Occupation in the Eye)

Selon l’association, ces violences perpétrées par les extrémistes ont dépossédé plus de 1 100 Palestiniens au total. Dans le secteur situé entre Ramallah et Jéricho, où se trouvaient de nombreux villages vidés de leurs habitants, Muarrajat était le dernier hameau encore debout.

Il n’y a rien pour vous ici : cet endroit est à nous

Mleihat se souvient que les extrémistes juifs ont fait irruption chez elle dans la nuit de mercredi à jeudi, qu’ils ont menacé sa famille, qu’ils ont volé ses affaires et qu’ils ont cassé tout ce qui se trouvait dans l’habitation.

« Ce n’est pas seulement qu’ils nous ont pris notre maison, ils nous riaient au nez, ils nous disaient : ‘Il n’y a rien pour vous ici, cet endroit est à nous’, » dit-elle.

Elle insiste toutefois sur le fait que, selon elle, les partisans du mouvement pro-implantations ne sont pas les seuls à blâmer. Elle attribue la responsabilité plus large de ce qui s’est passé à l’État d’Israël.

Alia Mleihat, ancienne résidente du hameau bédouin palestinien de Muarrajat. (Autorisation : Alia Mleihat)

« Tout ce qui est arrivé ici s’est produit sous couvert de l’armée israélienne et de la police. Au lieu de protéger les habitants, ils ont protégé les colons », s’exclame-t-elle.

Elle souligne la présence, au gouvernement, du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui font ouvertement la promotion, tous les deux, d’une expansion illimitée des implantations.

« Tout ça s’est passé avec la bénédiction du gouvernement, sous la protection de Ben Gvir et de Smotrich », affirme-t-elle.

Selon la jeune femme et les militants israéliens des droits de l’Homme, les partisans du mouvement pro-implantation ont volé 64 moutons et chèvres à Muarrajat, mercredi et jeudi. Une plainte a depuis été officiellement déposée auprès de la police.

« Je me sens brisée, je n’ai pas pu protéger ma maison, je suis désespérée et j’éprouve une grande tristesse », confie-t-elle.

Elle ajoute que les extrémistes juifs ont aussi « profané » les maisons des villageois en buvant de l’alcool à l’intérieur lorsqu’ils sont entrés par effraction, en violation de la loi islamique.

Sur des images montrant des affrontements dans le village – une vidéo qui a été diffusée cette semaine par l’ONG Looking the Occupation in the Eye, qui s’oppose au mouvement pro-implantation – un extrémiste juif tient dans une main une bouteille de vin et un verre dans l’autre.

Personnage central

Selon Neta Ben Porat, une militante de l’organisation, les actes de harcèlement commis à l’encontre des résidents de Muarrajat ont commencé il y a environ quatre ans, lorsqu’un extrémiste juif, Zohar Sabah, a établi un avant-poste illégal à l’Est de l’implantation de Mevoot Yericho, située au sud-est de Muarrajat, dans la vallée du Jourdain.

Sabah, dont la présence a été remarquée dans le nouveau campement dressé à proximité de Muarrajat à plusieurs reprises, avait été sanctionné par les États-Unis et par le Royaume-Uni pour ses activités extrémistes avant que l’administration Trump ne renonce aux mesures de répression prises à l’encontre des partisans violents du mouvement pro-implantation, dès l’entrée en fonction du nouveau président américain.

Au mois de septembre, Sabah a été mis en examen en Israël pour son implication dans un incident relatif à l’agression d’habitants de Muarrajat et de militants israéliens pour la paix qui se trouvaient dans le hameau. Sabah était accompagné de cinq activistes du mouvement pro-implantations, parmi lesquels se trouvaient des mineurs. Il est accusé d’intrusion et d’avoir proféré des menaces dans ce dossier. Son procès devait commencer, le mois dernier, devant le tribunal de district de Jérusalem, mais il a été reporté en raison du déclenchement de la guerre avec l’Iran.

Au mois de février dernier, la mosquée du hameau avait été incendiée. Sur les images de l’incendie filmées par les caméras de sécurité, l’un des assaillants disait, en hébreu, « Allumez-le ».

Sabah lui-même a été aperçu, au mois de mai, dans un avant-poste illégal établi à moins de cent mètres du hameau de Maghar al-Deir, à une trentaine de kilomètres au nord de Muarrajat.

Les résidents palestiniens de Maghar al-Deir emballent leurs affaires alors qu’ils fuient le village de Cisjordanie le 22 mai 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Quelques jours seulement après l’installation de cet avant-poste, les 150 habitants de Mughayyir al-Deir ont fui leurs maisons en raison des actes de harcèlement et d’intimidation des extrémistes israéliens.

Des tactiques similaires ont été utilisées à Wadi as-Seeq, à 13 kilomètres environ de Muarrajat, où des partisans du mouvement pro-implantations ont installé un avant-poste à seulement 200 mètres des maisons palestiniennes au début de l’année 2023. Ces Israéliens, qui ont depuis été sanctionnés par les États-Unis et par d’autres pays, ont intensifié leurs actes de harcèlement à l’encontre des villageois dans le sillage de l’attaque du 7 octobre, poussant les habitants à abandonner le hameau.

Des extrémistes, dans le sud des collines de Hébron, ont lancé des attaques similaires dans le hameau d’Umm Al Khair la semaine dernière, selon les résidents.

Passer le temps avec les agresseurs présumés

Ben Porat explique que les événements qui ont entraîné le départ définitif des habitants de Muarrajat ont commencé au début de la semaine dernière, lorsque des partisans du mouvement pro-implantations de la région ont fait irruption dans une maison alors qu’une famille prenait son petit déjeuner à l’intérieur. Ils les ont attaqués et ils ont détruit leurs effets personnels.

Le même groupe est ensuite revenu et il a établi un petit campement au milieu du hameau, s’installant également dans une habitation vide. Chaque soir, les individus allumaient des feux de joie et s’asseyaient autour.

Dans l’après-midi de mercredi, le nombre d’extrémistes juifs qui s’étaient installés dans le campement s’élevait dorénavant à une douzaine. Les villageois des environs ont indiqué avoir ressenti trop de nervosité pour dormir, cette nuit-là.

Deux jeunes activistes du mouvement pro-implantations fument sous le porche d’une maison dans le hameau bédouin palestinien de Muarrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, le 2 juillet 2025. (Autorisation : Looking the Occupation in the Eye)

Une photo prise à cette occasion montre deux jeunes Israéliens en train de se détendre sous le porche d’une maison du village, fumant des cigarettes.

Lorsque Ben Porat et d’autres militants ont appelé la police pour signaler le nombre croissant de militants du mouvement pro-implantation qui se trouvaient sur place, cette dernière leur a simplement dit de réunir eux-mêmes des informations sur les faits.

Ben Tzion Eshel, un autre activiste, a confié qu’il avait bien tenté de filmer les extrémistes juifs qui se trouvaient à l’intérieur du hameau, ajoutant que lorsqu’il s’était approché d’eux, ils lui avaient jeté des pierres avant de le poursuivre, des matraques à la main.

Des soldats ont fait leur apparition plus tard dans la soirée mais ils n’ont rien fait, déplore Ben Porat, qui fait remarquer qu’ils ont simplement « passé le temps » avec les partisans israéliens du mouvement pro-implantations dans leur campement.

Neta Ben Porat, militante de l’organisation Looking the Occupation in the Eye, 6 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon / The Times of Israel)

À un moment donné, dans la nuit, les jeunes Israéliens se sont enfuis avec des têtes de bétail sans que l’armée ne juge utile d’intervenir, raconte-t-elle.

La police a refusé à plusieurs reprises d’envoyer des agents sur les lieux malgré les nombreux appels des résidents et des activistes. Elle a fini par leur dire de cesser d’encombrer la ligne téléphonique, poursuit Ben Porat.

Elle ajoute que le coordinateur de la sécurité de Mevoot Yericho, Gavriel Kalisch, était présent lors de ces incidents. il était armé d’un fusil d’assaut fourni par l’armée.

Lorsque les militants sont revenus dans la matinée de jeudi, ils ont constaté que tout ce qui se trouvait dans l’habitation qui avait été envahie en début de semaine avait été sorti et éparpillé aux quatre vents. Le climatiseur de la famille avait été volé ainsi qu’une somme d’environ 4 000 shekels, note Porat.

Du matériel avait également disparu dans l’école du village dont la construction avait été financée par l’Union européenne – notamment plusieurs ordinateurs – et des graffitis en forme d’étoile de David avaient été peints à plusieurs endroits dans les locaux de l’école.

Une étoile de David peinte à la bombe sur une porte d’école dans le hameau bédouin palestinien de Muarrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, le 6 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon / The Times of Israel)

Dans le campement des extrémistes juifs, les militants ont aperçu trois soldats en train de boire, passant le temps avec Sabah.

Les extrémistes ont fini par quitter ce campement, installant un nouveau poste improvisé de l’autre côté de Muarrajat, un poste dressé à seulement 50 mètres de l’école.

Dimanche matin, plusieurs personnes ont été aperçues en train de s’abriter du soleil à l’intérieur de l’une des deux tentes installées par les extrémistes sur le nouveau site.

Des militants ont déclaré qu’un âne attaché à un poteau par les jeunes Israéliens appartenait à un habitant de Muarrajat, et qu’un canapé placé juste à l’extérieur de la tente avait été volé dans une maison palestinienne située juste en face du campement. Un canapé assorti se trouvait toujours sur le terrain de Muarrajat, dimanche matin.

Ben Tzion Eshel, un vétéran de l’activisme contre le mouvement pro-implantation, se tient devant une maison désormais vacante dans le hameau bédouin palestinien de Muarrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, le 6 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon / The Times of Israel)

Et une bergerie appartenant au village, à quelques mètres du campement des extrémistes juifs, était utilisée par ces derniers qui y avaient fait entrer leur propre troupeau.

Interrogé par le Times of Israel aux abords du campement, Kalisch déclare qu’aucun des individus, dans la tente, n’est disposé à communiquer avec un journaliste.

Il ajoute que le campement a été dressé dans les limites de la juridiction de Mevoot Yericho, et qu’il en a interdit l’accès en sa qualité de coordinateur de la sécurité – même si les bases juridiques de ces propos restent douteuses.

Gavriel Kalisch, coordinateur de la sécurité de l’implantation de Mevoot Yericho, sort de son véhicule dans un nouveau campement établi par des extrémistes juifs à côté du hameau bédouin palestinien de Muarrajat, dans le sud de la vallée du Jourdain, le 6 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon / The Times of Israel)

Contacté par le Times of Israel, le directeur municipal de Mevoot Yericho, Yoel Shiloh, explique que le terrain qui accueille le nouveau campement se trouve effectivement dans les limites juridictionnelles de son implantation.

Il note que Mevoot Yericho n’a pas donné aux extrémistes israéliens l’autorisation d’installer leur campement, mais il précise que l’implantation ne voit aucun inconvénient à leur présence « temporaire » sur le site.

Shiloh nie avec eu connaissance des actes de harcèlement et des vols qui, selon les habitants, sont survenus dans le hameau.

Un berger juif garde ses moutons près d’un avant-poste en Cisjordanie, le 29 juin 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

En réponse à une demande de commentaire, Tsahal a fait savoir que « aucune information faisant état d’incidents violents n’a été signalée avant le départ des Palestiniens ».

« Avant leur départ et au cours des dernières semaines, certaines informations ont fait état d’incidents qui ont opposé des Palestiniens et des civils israéliens dans le secteur du village de Muarrajat, situé dans le district de la vallée du Jourdain. Lorsque les forces de Tsahal sont arrivées sur les lieux, aucun incident violent n’a été observé ».

« La police a été avertie du départ de certains habitants du village, qui ont quitté le hameau », a poursuivi l’armée.

« Les forces de sécurité mènent des opérations dans la région pour garantir la sécurité de tous les résidents », a-t-elle conclu.

La police, de son côté, a annoncé que « contrairement à ce qui a été affirmé, les forces de l’ordre sont arrivées immédiatement après avoir été sollicitées, elles ont rejoint les soldats qui se trouvaient sur le terrain et elles ont agi de manière à prendre en charge les frictions entre les deux parties qui lui avaient été signalées ».

« La police israélienne rejette catégoriquement toutes les tentatives illégitimes qui visent à vilipender les activités menées par les forces de sécurité et elle continuera à agir de manière décisive, de manière responsable et impartiale pour garantir la sécurité publique, pour faire respecter la loi et pour prévenir toutes les formes de violence ».

La loi est entre les mains des extrémistes juifs

Mleihat explique qu’elle et sa famille vivent actuellement dehors, dans une banlieue de Jéricho. Elle déclare que les partisans du mouvement pro-implantations ont même volé une tente qui appartenait à ses parents.

« J’en veux à l’État d’Israël et à Tsahal parce qu’ils nous laissent sans défense », dit-elle.

« La loi est entre les mains des extrémistes juifs ; Ben Gvir et Smotrich leur ont apporté une légitimité », poursuit-elle.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich visitant l’avant-poste agricole illégal de Mishkenot Harel, dans le centre de la Cisjordanie, le 29 décembre 2024. (Crédit : Bureau du ministre des Finances Bezalel Smotrich)

Smotrich, qui est à la fois ministre des Finances et ministre délégué au sein du ministère de la Défense, s’est vanté d’avoir favorisé l’expansion massive des activités du mouvement pro-implantations au cours des dernières années, notamment en légalisant rétroactivement des avant-postes non autorisés. Ben Gvir a été accusé d’utiliser son portefeuille pour renforcer le contrôle que les politiques peuvent avoir sur la police.

D’autres branches du gouvernement ont également soutenu des implantations illégales – cela a notamment été le cas du ministère de l’Agriculture, qui a financé des avant-postes agricoles illégaux.

« L’État d’Israël utilise ces colons comme branche opérationnelle ; il leur apporte son soutien, son appui et ses ressources dans le but de procéder à un nettoyage ethnique dans la vallée du Jourdain », indique Ben Porat, qui est mère de trois enfants et qui travaille comme cadre dans le secteur de la haute technologie lorsqu’elle n’est pas bénévole pour le groupe Looking the Occupation in the Eye.

En avril, le ministère des Implantations et des missions nationales a offert 19 véhicules tout-terrain à des extrémistes juifs qui ont établi et qui gèrent des avant-postes illégaux.

Zohar Sabah (deuxième à partir de la droite), fondateur d’un avant-poste illégal dans la vallée du Jourdain, lors d’une cérémonie organisée par le ministère des Implantations et des missions nationales pour remettre des véhicules tout-terrain à des colons gérant des avant-postes illégaux, le 6 avril 2025 (Autorisation : ministère des Implantations et des missions nationales).

Ces véhicules tout-terrain ont été remis lors d’une cérémonie officielle qui a été organisée au sein de l’avant-poste illégal de la ferme de Meitarim, dans le sud des collines de Hébron, en présence de Smotrich et de la ministre des Implantations et des missions nationales, Orit Strock, qui est membre du parti d’extrême droite de Smotrich.

Une photo transmise par le ministère montre Sabah aux côtés de Strock et d’autres hommes, en train de prendre possession des véhicules.

A plusieurs reprises, des extrémistes ont été vus en train de harceler des bergers palestiniens et leur troupeau en utilisant des quads.

Dimanche, deux véhicules tout-terrain identiques à ceux qui ont été offerts par le ministère des Implantations étaient garés devant le campement dressé par les partisans du mouvement pro-implantations situé aux abords de Muarrajat.

Un véhicule tout-terrain utilisé par des militants pro-implantations à l’extérieur d’un nouveau campement de colons établi à côté du hameau bédouin palestinien de Muarrajat dans le sud de la vallée du Jourdain, le 6 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon / The Times of Israel)

« Il n’y a pas de terrorisme émanant de ces villages [palestiniens], le terrorisme vient des avant-postes, mais ces derniers ne sont pas évacués même s’ils sont illégaux », déplore Ben Porat.

Eshel, qui milite depuis longtemps contre l’activisme du mouvement pro-implantations, est pessimiste s’agissant de la possibilité d’enrayer la propagation des violences commises par les extrémistes, et de freiner le dépeuplement des communautés rurales palestiniennes qui découle de ce phénomène.

« La seule chose que nous puissions faire, c’est être courageux et notre courage est nécessaire pour témoigner de ce qui se passe », dit-il, évoquant les activistes qui courent eux-mêmes des risques dans leur mission de protection des Palestiniens agressés par les extrémistes violents.

« Ce que nous faisons est également précieux pour la jeune génération de Palestiniens, car ils constatent qu’il y a des Juifs qui savent faire preuve d’amour, qui n’ont pas de haine », ajoute-t-il. « C’est là notre principale contribution ».

Mleihat qui, malgré toute, reste consciente des forces qui s’opposent à elle et à ses anciens voisins, est plus optimiste.

« J’espère que nous pourrons retourner dans nos maisons », s’exclame-t-elle. « Nous sommes contre la violence, nous voulons vivre en paix, mais nous voulons vivre sur nos terres ».

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