« Atteinte à la liberté de la presse » en Israël : plusieurs projets inquiètent
Au menu : réforme de l'audiovisuel public, projet de loi permettant d'interdire des télévisions étrangères et fermeture annoncée de la très écoutée radio militaire
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Trois projets de la majorité au pouvoir en Israël suscitent une levée de boucliers sur fond d’inquiétudes pour la liberté de la presse.
Ces mesures sont sur la table à l’orée d’une année électorale, où le Premier ministre Benjamin Netanyahu compte briguer un nouveau mandat lors des législatives devant avoir lieu au plus tard en novembre 2026.
Selon les sondages, une large majorité d’Israéliens souhaite que M. Netanyahu rende des comptes pour la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l’attaque surprise et sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas à partir de Gaza.
Dans les mois ayant précédé les hostilités, son gouvernement, l’un des plus à droite qu’ait connu Israël, avait déjà profondément fracturé la société avec un projet de refonte de la justice ayant provoqué l’un des plus grands mouvements de contestation populaire de l’histoire du pays, sur fond de craintes d’une dérive vers un exercice autocratique du pouvoir.
La réforme de l’audiovisuel public présentée par le ministre des Communications Shlomo Karhi a été réprouvée par la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, pour qui ce projet de loi « met en danger le principe même de la liberté de la presse ».
Critique virulente de nombreux projets du gouvernement, Mme Baharav-Miara fait l’objet d’une procédure de destitution intentée par l’exécutif.
Le projet de M. Karhi vise à accentuer le contrôle de l’Etat sur la radio-télévision publique (KAN) avec une nouvelle autorité, qui serait à même « d’encourager la concurrence et réduire la bureaucratie ». Le ministre a assuré début décembre que cela permettrait « plus de liberté pour le public ».
Le syndicat des journalistes israéliens a saisi la Cour suprême contre ce projet, qualifié par Reporters sans frontières (RSF) de « clou dans le cercueil de l’indépendance des rédactions ».
« Ce n’est pas une réforme. C’est une campagne d’incitation à la haine et de bâillonnement de la presse libre », a fustigé lundi le chef de l’opposition et ancien journaliste, Yaïr Lapid, dénonçant « une prise de contrôle hostile des médias ».
Le Parlement discute aussi d’un amendement à la loi adoptée en avril 2024 pour fermer et interdire de diffusion en Israël la chaîne qatarie Al Jazeera, accusée par le gouvernement d’être « un organe de propagande du Hamas ».
L’amendement permettrait de fermer une télévision étrangère jugée pour le moins hostile indépendamment de la situation de guerre, qui était la condition sine qua non dans la loi originelle.
Mme Baharav-Miara a exprimé son opposition à ce texte qui étendrait le pouvoir du ministre des Communications de fermer une télévision sans décision de justice.
« La chaîne de production du terrorisme commence dans les esprits, et en particulier dans les médias, qui publient des informations confidentielles et empoisonnent les cœurs par la haine et la propagande antisémite », a déclaré début décembre l’auteur de l’amendement, le député Ariel Kelner, membre du Likud, le parti de M. Netanyahu.
« Plus qu’absurde »
Tout comme le texte sur l’audiovisuel public, l’amendement Kelner a été approuvé en première lecture et fait l’objet de travaux en commission avant un vote définitif à la Knesset.
Autre motif d’inquiétude : la décision du ministre de la Défense Israel Katz de fermer la radio militaire Galei Tsahal. Elle « est contraire aux principes fondamentaux de l’État de droit et porte atteinte à la liberté de la presse », estime l’Institut israélien pour la démocratie (IDI), cercle de réflexion classé au centre.
Galei Tsahal, fondée en 1950, est une radio généraliste réputée pour ses programmes d’information. Selon les dernières mesures, c’est la troisième station la plus écoutée d’Israël avec un taux d’audience de 17,7%, derrière 18,8% pour KAN et, en tête du classement, Gal Galatz (23,6%), la radio musicale de l’armée, non concernée par le projet de M. Katz.
Celui-ci a affirmé que Galei Tsahal cesserait d’émettre début mars 2026, après une présentation de son projet en décembre au conseil des ministres.
Enfin, le gouvernement israélien empêche toujours à la presse un accès indépendant à la bande de Gaza plus de deux ans après le début de la guerre.
A l’origine d’un recours devant la Cour suprême contre cette interdiction, l’Association de la presse étrangère (FPA) – où l’AFP est représentée – a dénoncé le 9 décembre une situation « plus qu’absurde » après que les juges ont accordé un nouveau délai au gouvernement sur le sujet.
« Ces reports répétés privent le monde d’une vision plus complète de la situation à Gaza », estime la FPA.
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