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Au Yémen, menacé de catastrophe humanitaire, un système de santé au bord du gouffre

Dans l'ensemble du pays, "les hôpitaux et les structures de santé sont débordés", a averti cette semaine le Comité international de la Croix-Rouge (CICR)

Un Yéménite déplacé originaire de la côte ouest reçoit des soins médicaux à l'hôpital Prince Mohammed bin Salman d'Aden, au Yémen, mercredi 16 septembre 2026. (Crédit: AP/Abdulnasser Alseddik)
Un Yéménite déplacé originaire de la côte ouest reçoit des soins médicaux à l'hôpital Prince Mohammed bin Salman d'Aden, au Yémen, mercredi 16 septembre 2026. (Crédit: AP/Abdulnasser Alseddik)

Dans l’hôpital décrépi de Taëz, troisième ville du Yémen prise en étau par les Houthis pro-iraniens, les médecins s’affairent comme ils peuvent au milieu des brancards, et redoutent une fermeture faute d’électricité et de médicaments.

« Un patient sous dialyse, c’est comme un poisson. S’il sort de l’eau, il meurt », explique à l’AFP l’un d’eux, Ahmed al-Issai, qui a besoin de deux traitements par semaine et ne quitte pas son lit médicalisé.

Il reste « 14 jours de réserve » de carburant pour alimenter les groupes électrogènes, s’inquiète le directeur du Centre local de rein artificiel Youssef al-Zakri, depuis une salle où s’entassent quelques-uns des 420 malades perfusés pour insuffisance rénale.

« Nous ne savons pas ce qu’il adviendra d’eux » au-delà. Sans dialyse, « ils mourront », alerte-t-il.

Les combattants antigouvernementaux assiègent depuis début octobre la ville, bloquant la route qui la relie à Aden, où se trouve le gouvernement reconnu par la communauté internationale, soutenu par l’Arabie saoudite .

Et tout manque désormais, alors que le Yémen, l’un des pays les plus pauvres au monde, était déjà confronté avant la reprise des hostilités en juillet à une grave crise humanitaire.

« La plupart des établissements médicaux de Taëz sont menacés de fermeture en raison du manque de diesel », confirme à l’AFP Ilan Abdulhaq, vice-gouverneure chargée des affaires sanitaires.

Elle regrette également « une pénurie de médicaments et de fournitures médicales, introuvables en raison du blocus total imposé par la milice terroriste houthie aux entrées de la ville ».

Des discussions ont eu lieu selon elle pour mettre en place des corridors humanitaires mais « nous n’avons reçu aucune promesse à cet égard ».

Des blessés sont soignés à l’hôpital après une frappe sur le port de Mokha, au Yémen, vendredi 14 août 2026. (Crédit: AP/Abdulnasser Alseddik)

« Hôpitaux débordés »

Fadl al-Bukhari, qui souffre d’une maladie cardiaque, confie lui aussi sa détresse. « Les pharmacies disent : ‘Ce n’est pas entre nos mains’. Il y a un blocus, les médicaments ne sont pas arrivés », raconte-t-il.

Dans l’ensemble du pays, « les hôpitaux et les structures de santé sont débordés », a averti cette semaine le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

« Seules quelques structures de santé en état de fonctionner » dispensent « l’ensemble des soins de traumatologie, tandis que les hôpitaux de première ligne reçoivent un grand nombre de blessés en dépit de stocks limités de matériel chirurgical, de produits d’anesthésie, d’oxygène et de médicaments », complète Feras Abusamra, coordinateur santé.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également prévenu que les combats lui avaient coupé l’accès à 800 000 personnes, les lignes de front mouvantes entravant l’acheminement d’une aide humanitaire vitale, notamment vers Taëz.

La ville « présente certains des niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés du pays », souligne l’organisation onusienne. « Les réserves de farine de blé sont presque épuisées ».

Selon le PAM, plus de 18 millions de personnes sont confrontées à une forte insécurité alimentaire au Yémen, tandis qu’environ 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par l’escalade du conflit, mais encore plus par le nombre croissant de personnes que nous ne pouvons plus atteindre à cause de celui-ci », a commenté dans un communiqué El-Khidir Daloum, directeur de l’organisation dans le pays.

« Ce type de situation peut rapidement se transformer en catastrophe humanitaire », ajoute-t-il, alors que les combats au sol et les frappes aériennes ne connaissent aucun répit.

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