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Avec des milliers d’amputés, Israël comble un vide en formant enfin des prothésistes

L’école de prothèses et d’orthèses d’ADI Negev répond à un besoin longtemps négligé, jusqu’ici patients et professionnels devaient se former ou se faire soigner à l’étranger

De gauche à droite : Yael Dotan Marom, directrice de l'école de prothèses et d'orthèses du village de rééducation ADI Negev-Nahalat Eran, la première en Israël, avec Baruch Cohen, membre de l'équipe d'intervention d'urgence du kibboutz Magen, blessé le 7 octobre 2023, et le Dr. Tzaki Siev-Ner, directeur du centre de rééducation Harvey et Gloria Kaylie, ADI Negev, le 24 décembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
De gauche à droite : Yael Dotan Marom, directrice de l'école de prothèses et d'orthèses du village de rééducation ADI Negev-Nahalat Eran, la première en Israël, avec Baruch Cohen, membre de l'équipe d'intervention d'urgence du kibboutz Magen, blessé le 7 octobre 2023, et le Dr. Tzaki Siev-Ner, directeur du centre de rééducation Harvey et Gloria Kaylie, ADI Negev, le 24 décembre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

ADI NEGEV – Baruch Cohen, 74 ans, ancien coordinateur de la sécurité du kibboutz Magen, a perdu sa jambe droite en affrontant des dizaines de terroristes du groupe terroriste palestinien du Hamas infiltrés depuis Gaza lors du pogrom du 7 octobre 2023.

Aujourd’hui, raconte-t-il, lorsqu’il se retrouve dans une foule, son regard se porte instinctivement sur les jambes des passants.

« Je peux dire s’ils portent une prothèse et s’ils ont été amputés au-dessus ou en dessous du genou, même lorsqu’ils sont en pantalon », confie Cohen au Times of Israel depuis le village de réadaptation ADI Negev–Nahalat Eran, situé à environ 40 minutes de Beer Sheva, où il est suivi en ambulatoire.

Lieutenant-colonel de réserve dans les parachutistes, Cohen et son équipe ont été salués pour avoir repoussé les vagues de terroristes qui s’apprêtaient à perpétrer un massacre au kibboutz Magen. Blessé à la jambe durant les combats, il a dû être amputé. Après des mois de rééducation et l’installation d’une première prothèse, il continuait toutefois à souffrir de « douleurs atroces », explique-t-il.

Ce n’est qu’après un déplacement à Chicago, en août 2025, pour être équipé d’une nouvelle prothèse, qu’il a commencé à ressentir un réel soulagement. La nouvelle prothèse qu’il a obtenue là-bas, dit-il, « est même rembourrée, ce qui me permet de conduire pendant des heures sans ressentir de douleur ».

Avec l’ouverture de l’École de prothèses et d’orthèses d’ADI Negev, Israël dispose désormais de son propre établissement spécialisé – une avancée majeure pour des amputés comme Cohen, qui se dit « plus heureux que quiconque » de cette initiative.

Shaul Raziel (à gauche), kinésithérapeute au centre hospitalier Kaylie à ADI Negev-Nahalat Eran, qui est étudiant à l’école de prothèses et d’orthèses du village, examine un blessé de guerre amputé des deux jambes originaire du sud d’Israël. (Crédit : Autorisation)

Un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué que l’État avait pris en charge les frais du voyage de Cohen à l’étranger pour recevoir sa prothèse, et qu’il avait également financé les déplacements nécessaires à l’ajustement des prothèses de 87 autres amputés récents.

Selon le ministère de la Défense, Israël compte actuellement 1 061 amputés ayant perdu un membre dans le cadre d’activités militaires, dont 88 soldats blessés lors des combats contre le Hamas à Gaza et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, à la frontière nord depuis le 7 octobre 2023.

ADI Negev estime par ailleurs qu’environ 18 000 autres personnes amputées vivent en Israël, un chiffre qui inclut les victimes de maladies ou d’accidents, ainsi que des civils blessés lors de guerres ou d’attentats terroristes.

Jusqu’en novembre, date d’ouverture de l’institut en partenariat avec la Recanati School for Community Health Professions de l’université Ben Gurion du Neguev, Israël ne disposait d’aucun programme officiel de formation pour les prothésistes et orthésistes certifiés (CPO). L’école n’a pas encore reçu de nom officiel.

« Il n’y a aucune raison pour que des amputés israéliens soient contraints de se rendre à l’étranger afin d’obtenir des prothèses de haut niveau », souligne le Dr Tzaki Siev-Ner, directeur de l’hôpital de rééducation Kaylie d’ADI Negev et responsable de l’école, lors d’un entretien avec le Times of Israel dans son bureau. « La start-up nation devrait être capable de produire des prothèses de pointe. »

La nouvelle école, qui propose un programme de master, est reconnue par l’International Society for Prosthetics and Orthotics et bénéficie de financements du ministère de la Santé, des Jewish Federations of North America (JFNA) et du Jewish National Fund-USA.

Siev-Ner explique que les étudiants y acquerront les compétences académiques nécessaires pour concevoir des prothèses et orthèses à partir de matériaux avancés et de technologies informatisées.

« Ce sera un incubateur d’innovation et d’entrepreneuriat dans le domaine », dit-il. « C’est ambitieux, mais j’y crois. »

Au complexe de thérapie sportive ADI Negev-Nahalat Eran, un kinésithérapeute aidant un patient équipé d’un bras prothétique à se préparer pour une séance de tir à l’arc adapté. (Crédit : ADI Negev-Nahalat Eran)

Yael Dotan-Marom, directrice académique de l’école, qui travaille depuis de nombreuses années avec des amputés, décrit ce projet comme sa « mission ».

Le programme s’étend sur deux ans, à raison de cinq jours par semaine. Les étudiants perçoivent une allocation et bénéficient d’une exonération totale des frais de scolarité.

La première promotion de l’école compte 12 étudiants, dont sept kinésithérapeutes et cinq ergothérapeutes. Deux d’entre eux ont eux-mêmes été blessés à la guerre, cinq sont des femmes et un est un Arabe israélien.

« La diversité des étudiants est essentielle pour moi », souligne Dotan-Marom.

Parmi eux figure Alexander Yurovitsky, 39 ans, kinésithérapeute, dont le grand-père, un vétéran russe qui a combattu les nazis, avait été amputé sous le genou.

« J’ai toujours trouvé sa prothèse de jambe plutôt cool, d’une certaine manière », explique Yurovitsky.

Il avait envisagé une formation à l’étranger, mais y avait renoncé, car cela coûtait trop cher.

« Dès que j’ai appris que j’avais été admis à l’école, j’ai tout laissé tomber à Haïfa et j’ai déménagé dans le sud d’Israël », raconte-t-il.

« Je ne pouvais pas leur donner ce dont ils avaient besoin »

L’école est située sur le campus d’ADI Negev, au cœur d’un parc verdoyant d’environ 16 hectares, aux portes d’Ofakim.

Les étudiants y apprennent le métier de prothésiste tout en travaillant avec certains des 400 résidents du site, ainsi qu’avec des centaines de patients suivis en ambulatoire.

Israël ne compte actuellement que cinq prothésistes-orthésistes certifiés (CPO), tous formés à l’étranger. Siev-Ner précise que la majorité des techniciens exerçant dans ce domaine ont appris leur métier auprès de mentors, en l’absence de programme de formation accrédité.

Les douze premiers étudiants de l’école de prothèses et d’orthèses d’ADI Negev-Nahalat Eran, en collaboration avec l’Université Ben Gurion du Néguev. Le Dr. Tzaki Siev-Ner, directeur de l’école, est en rouge ; à sa gauche, Yael Dotan Marom, directrice académique de l’école. À l’arrière-plan, une photo du conseiller clinique de l’école, Carey Glass, originaire du New Jersey, décédé une semaine avant l’ouverture de l’école. (Crédit : Autorisation)

Le professeur Yigal Flekht, directeur de la Recanati School for Community Health Professions à l’université Ben Gurion, a déclaré que l’école « développera une expertise dans un domaine critique et très demandé en Israël, afin de contribuer à rationaliser et à raccourcir le processus de rééducation des blessés ».

Une prothèse est un dispositif artificiel destiné à remplacer un membre manquant. Les orthèses servent à soutenir ou à stabiliser une partie du corps à la suite d’une blessure aiguë ou chronique des os et des tissus mous. Elles peuvent également être utilisées dans le cadre de maladies neurologiques telles que la paralysie cérébrale ou la sclérose en plaques.

Utay Ostrei, 49 ans, ergothérapeute à l’hôpital universitaire Soroka de Beer Sheva, dit avoir pris encore davantage conscience de l’importance cruciale des orthèses pendant la guerre.

« Je voulais aider les blessés », explique Ostrei.

Utay Ostrei (à gauche) et Alexander Yurovitsky, deux des douze étudiants de l’école de prothèses et d’orthèses ADI Negev-Nahalat Eran, la première école de ce type en Israël. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

« C’étaient de jeunes soldats, de belles âmes, mais je ne pouvais pas leur donner ce dont ils avaient besoin, faute de connaissances suffisantes. »

À ses frais, il a assisté à une conférence sur les orthèses aux États-Unis, puis visité un centre de prothèses dans le Maryland, où il a rencontré deux soldats israéliens en cours d’appareillage.

« Je trouvais fou qu’ils soient obligés de venir jusque-là pour recevoir des prothèses », confie-t-il. « Je comprends la nécessité, mais j’ai hâte d’en apprendre davantage pour que les patients d’ici puissent bénéficier des prothèses et orthèses de la meilleure qualité possible. »

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