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Opinion

Avec deux frappes dans des capitales ennemies, la guerre entre en terrain inconnu

Alors qu'Israël s'efforce de desserrer l'étau que l'Iran a progressivement construit, le seul moyen de nous extraire de ce "territoire inconnu" exige une sagesse stratégique et une ténacité militaire, mais aussi le type de cohésion interne qui manque si dangereusement ici

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le leader du Hamas Ismail Haniyeh (à gauche) et le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 22 juin 2023. (Crédit : Salampix/ Abacapress.com, via Reuters)
Le leader du Hamas Ismail Haniyeh (à gauche) et le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 22 juin 2023. (Crédit : Salampix/ Abacapress.com, via Reuters)

Avec l’assassinat de deux chefs terroristes, des assassinats qui ont eu lieu dans les capitales de deux nations ennemies au cours des dernières heures, la guerre existentielle qui avait commencé pour Israël avec le pogrom du 7 octobre est dorénavant entrée en terrain inconnu.

L’élimination de Fuad Shukr, le plus haut responsable militaire du Hezbollah, lors d’une frappe à Beyrouth – une attaque qui a été confirmée par Israël – a fait la démonstration des capacités remarquables de l’État juif en matière de renseignement et de ses capacités à mener une frappe de précision, même sur une cible qui était parfaitement consciente du fait qu’elle était dans le viseur de Tsahal.

Ce qui a constitué une riposte au moins symbolique à l’attaque horrible au missile qui avait été perpétrée par le Hezbollah samedi dernier – et qui avait coûté la vie à douze enfants qui étaient en train de jouer au football dans un village druze.

Une riposte qui n’est toutefois nullement sans précédent. L’armée de l’air avait tué le chef militaire du Hamas Saleh al-Arouri dans une attaque de précision similaire, à Beyrouth, il y a sept mois et il y a 22 ans, une frappe contre un convoi de voitures, dans le sud du Liban, avait coûté la vie au dirigeant du groupe terroriste, Abbas Mousawi.

Une affiche de l’armée annonçant le meurtre de Fuad Shukr, du Hezbollah. (Crédit : Armée israélienne)

L’assassinat d’Ismail Haniyeh à Téhéran – dont la responsabilité a été attribuée à Israël qui n’a, de son côté, rien revendiqué – est un coup d’un ordre différent.

Israël s’en était déjà pris à des personnalités de premier plan dans le passé. L’État juif est largement considéré comme ayant été à l’origine de la mort de Mohsen Fakhrizadeh, responsable du programme nucléaire iranien, en 2020, par exemple. Le pays avait tué le fondateur du Hamas, Sheikh Ahmad Yassin, en 2004 dans la bande de Gaza. Et il a, dans le passé, pris pour cible des figures du groupe terroriste dans des capitales étrangères, avec l’assassinat manqué du prédécesseur de Haniyeh, Khaled Meshaal, par le Mossad à Amman, en 1997.

Mais aujourd’hui, selon les informations non-confirmées qui ont attribué la responsabilité du meurtre de Haniyeh à Israël, l’État juif a donc éliminé le chef de l’un des proxies terroristes de la république islamique et ce, à Téhéran – amenant la guerre directement, et de façon humiliante, au plein cœur de l’Iran.

Jusqu’à présent, le régime des ayatollahs était à la tête, depuis le 7 octobre, d’une guerre contre Israël en jouissant d’une relative impunité, dans le cadre d’un conflit qui s’étend dorénavant sur de multiples fronts. Malgré la formation, l’entraînement, la mobilisation des forces vouées à la destruction d’Israël – depuis le Hamas aux Houthis en passant par le Hezbollah et par les milices se trouvant sur le territoire syrien ou en Irak – et malgré ses avancées réalisées dans sa marche vers la bombe atomique, la république islamique restait elle-même largement en retrait du conflit régional qu’elle attisait par ailleurs. A une seule exception près : lorsqu’elle avait décidé de répondre au meurtre de deux chefs terroristes du Corps des gardiens de la révolution qui étaient de passage à l’ambassade iranienne de Damas, il y a quatre mois, et que l’Iran avait alors procédé au lancement de centaines de drones et de missiles en direction d’Israël qui avaient presque tous été interceptés.

« Représailles »

Les membres du conseil de l’université de Téhéran lors d’une manifestation condamnant le meurtre du chef du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, brandissant des drapeaux iraniens et palestiniens tandis qu’une image du drapeau israélien est peinte sur le sol de l’université, à Téhéran, le 31 juillet 2024. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Sans aucun doute, des « représailles » vont suivre – j’utilise ici des guillemets parce que personne ne doit perdre de vue le fait que cette guerre régionale a été initiée par le Hamas quand il a envahi un État souverain, Israël, depuis un territoire adjacent placé sous le contrôle du groupe terroriste, territoire qu’Israël ne revendique pas, et parce que le conflit a connu une escalade sous les coups de boutoir du Hezbollah et des Houthis qui ont suivi les orientations données par Téhéran.

Comme c’était déjà le cas au tout début de la guerre – quand le président américain Joe Biden avait mis en garde l’Iran et les autres ennemis d’Israël en les sommant de ne pas s’impliquer et qu’il avait déployé des porte-avions pour appuyer ses avertissements, avec un succès mitigé – le positionnement adopté par les États-Unis et ses actions seront probablement d’une importance déterminante alors que la république islamique examine ses options. Dans l’état actuel des choses, Israël est déjà presque un État paria.

Palestiniens du côté israélien de la barrière frontalière de Gaza lors de l’invasion et du massacre menés par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : REUTERS/Mohammed Fayq Abu Mostafa)

Malgré toutes les preuves de capacités de précision d’Israël, malgré sa volonté d’agir d’une manière que ses ennemis considéraient sûrement comme improbable, malgré l’humiliation de Téhéran, les événements qui se sont déroulés, ces dernières heures, ne représentent pas par eux-mêmes nécessairement un tournant susceptible d’apaiser la crise que traverse actuellement l’État juif. Cela pourrait d’ailleurs être le contraire. Parce que, je le répète, nous nous sommes aventurés en terrain inconnu.

Le Hezbollah est resté implacable, nullement découragé par de longs mois de contre-attaques israéliennes ; il a approfondi ses frappes à l’intérieur d’Israël, il garde la capacité d’entraîner de colossales dévastations dans le pays à l’aide de son important arsenal de roquettes et de missiles et il ne devrait pas être particulièrement ébranlé par l’élimination de l’un de ses dirigeants, même s’il s’agit de Shukr. Le groupe terroriste libanais a tué un civil israélien encore hier au Kibboutz HaGoshrim, confirmant le fait que la situation est intenable dans le nord du pays – ce nord dont des dizaines de milliers d’habitants restent déplacés tandis que ceux qui sont restés, parce qu’ils ne pouvaient pas partir vers le sud, affichent une vulnérabilité accrue.

Le lieu de l’attaque meurtrière au missile sur un terrain de football dans la ville druze de Majdal Shams, sur les hauteurs du Golan, le 29 juillet 2024. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

A Gaza, par ailleurs, 111 otages kidnappés en date du 7 octobre se trouvent encore entre les mains du Hamas – la mort de 39 d’entre eux a été confirmée. Il est impossible de dire comment l’élimination de Haniyeh aura un impact sur les efforts livrés pour finaliser un accord de cessez-le-feu contre otages et pour le mettre en vigueur, mais il est évident que le processus de négociations, qui n’a pas abouti dans les huit mois qui se sont écoulés depuis la trêve qui avait eu lieu à la fin du mois de novembre et qui avait permis à des captifs d’être relâchés, risque d’être compliqué.

Prêt à toutes les éventualités Ready

Israël a indiqué, après l’élimination de Shukr, ne pas chercher un conflit à grande échelle, tout en reconnaissant que le pays est prêt à toutes les éventualités. Et il doit assurément l’être.

Mais ce qui est évident, c’est que pour être prêt, il faut de la cohésion interne. Tout dépend, en réalité, d’une telle cohésion.

L’entrée par effraction, lundi, d’activistes d’extrême-droite dans deux bases de l’armée – à Sde Teiman et à Beit Lid — a été l’un des pires incidents illustrant la vilénie interne, l’irresponsabilité et la faiblesse dont nous avons été témoins au cours de ces derniers mois. La seule vision de membres de la coalition encourageant et participant à cette prise d’assaut illégale de bases militaires, tentant d’empêcher l’armée d’examiner les accusations lancées contre des réservistes qui auraient pu se rendre coupables de graves violences à l’encontre d’un terroriste présumé, a été le point d’orgue de tentatives systématiques visant à saper l’état de droit en Israël, des tentatives qui sont devenues la marque de fabrique de la coalition depuis qu’elle est arrivée au pouvoir, à la fin de l’année 2022.

Des manifestants ultra-nationalistes se heurtant à des soldats et à la police sur la base militaire de Beit Lid, le 29 juillet 2024. (Crédit : Capture d’écran X ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Aussi choquant qu’ait pu être cet assaut de lundi, avec des agitateurs armés qui portaient l’uniforme de Tsahal, les événements auraient pu être pires si les soldats qui repoussaient les intrus n’avaient pas pris le plus grand soin à éviter les effusions de sang.

Alors qu’Israël s’efforce – tardivement – de desserrer l’étau que l’Iran a progressivement construit autour de nous, le seul moyen de nous extraire de ce terrain inconnu exige non seulement une sagesse stratégique et une ténacité militaire hors- pair, mais aussi le type de cohésion interne qui a si dangereusement manqué ici.

« Nous ne cherchons pas la guerre, mais nous sommes prêts », a indiqué le porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, après avoir confirmé la mort de Shukr, dans la soirée de mardi. Et nous avons intérêt à l’être – à l’intérieur de notre territoire aussi.

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