Blanchiment d’argent : présence croissante des Gardiens de la Révolution au Canada
Les libéraux au pouvoir "savent depuis des années qu'il y a des centaines de responsables du régime iranien au Canada", mais qu'ils n'ont pas agi assez vite, selon Melissa Lantsman
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Pour le boxeur Salar Gholami, l’annonce de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, fin février, a été un soulagement. Elle a été célébrée lors d’un rassemblement à Toronto.
Mais quelques heures plus tard, la salle de boxe de cet Irano-Canadien a été criblée de 17 balles.
Si les tirs n’ont fait que des dégâts matériels, ce militant de la diaspora iranienne du Canada, très actif, raconte avoir été profondément secoué par la fusillade. Il accueille régulièrement des enfants pour des cours de boxe dans cette salle.
« Je pensais que le Canada était un pays sûr », confie-t-il à l’AFP, alors que des gâteaux ont été installés pour célébrer le nouvel an persan.
Âgé de 32 ans, cet ancien combattant de haut niveau au physique imposant se décrit comme un activiste et milite ouvertement pour la chute du gouvernement de Téhéran. Sa salle de sport affiche d’ailleurs plusieurs portraits de Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d’Iran, exilé aux États-Unis.
À l’extérieur du bâtiment de Richmond Hill, en banlieue de Toronto, les impacts de balle sont encore visibles, tout comme les annotations de la police, trois semaines après la fusillade. La fusillade a relancé le débat sur la présence présumée de responsables iraniens au Canada, notamment de membres du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien.
Gholami n’a aucun doute quant aux responsables de ces tirs : « C’est sûr, c’est [la] République islamique. »
« Mobile inconnu »
Interrogée par l’AFP, la police régionale de York a déclaré que « l’enquête était toujours en cours et que le mobile restait inconnu ». Une personne vêtue de sombre, aperçue sur les lieux, est toujours recherchée. À ce stade, rien ne permet d’établir un lien entre le crime et un gouvernement étranger.
Après la fusillade, Gholami et d’autres Irano-Canadiens ont rencontré le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree. Ce dernier a assuré que l’expulsion des membres des Gardiens de la Révolution présents au Canada constituait « la priorité absolue » de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).
Toronto et ses vastes banlieues abritent l’une des plus importantes communautés iraniennes à l’étranger.
Les inquiétudes concernant la présence de responsables liés aux autorités iraniennes se sont accentuées en juin 2024, lorsque le Canada a inscrit le CGRI) sur la liste des entités terroristes. Ces inquiétudes se sont encore accentuées avec le déclenchement de la guerre, le 28 février, à la suite des frappes américano-israéliennes contre le régime iranien.
Selon les services d’immigration canadiens, des dizaines d’enquêtes sont en cours. Trente-deux individus ont reçu l’ordre de quitter le pays pour « avoir été des hauts responsables du régime ». Quatre d’entre eux ont choisi de partir d’eux-mêmes et une personne a été expulsée.
Blanchiment d’argent
Le Parti conservateur accuse le Premier ministre, Mark Carney, d’inaction.
« Il y a toujours eu des conflits à l’étranger, mais jamais ils n’avaient débordé dans nos rues comme aujourd’hui », a dénoncé Melissa Lantsman, cheffe adjointe du parti, dans un communiqué.
Elle affirme que les libéraux au pouvoir « savent depuis des années qu’il y a des centaines de responsables du régime iranien au Canada », mais qu’ils n’ont pas agi assez vite.
Joe Adam George, analyste en sécurité nationale à l’Institut Macdonald-Laurier, un groupe de réflexion conservateur, met lui aussi en garde contre la présence croissante des Gardiens de la Révolution au Canada. Selon lui, le pays constitue un terrain propice au blanchiment d’argent.
Dans une tribune publiée le 12 mars dans le National Post, il estime que « le Canada ne peut plus ignorer le dangereux réseau occulte de l’Iran ».
Toutefois, il juge auprès de l’AFP qu’il est « peu probable » que la fusillade visant la salle de boxe ait été menée par des agents officiels du gouvernement de Téhéran : ces derniers n’auraient pas pris le risque d’être arrêtés pour avoir tiré sur un bâtiment vide. Il penche plutôt pour des sympathisants.
De son côté, Gholami affirme que cette attaque ne l’arrêtera pas, même s’il s’inquiète pour sa sécurité. « Je suis un dur à cuire », dit-il.
« Mais je veux évidemment me protéger, ainsi que mes amis. »
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