Ces athlètes israéliens qui courent aux US et défendent leur patrie meurtrie
Représentant l'État juif à distance, alors que les répercussions du 7 octobre continuent au pays et à l'étranger, Adisu Guadie et Sivan Auerbach ont reçu un accueil chaleureux
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Stillwater, Oklahoma, une ville universitaire du sud-ouest américain, est bien loin de Tel Aviv, la métropole du centre d’Israël, selon Adisu Guadie, champion israélien de course à pied et détenteur du record des courses sur piste de 10 000 mètres pour les moins de 20 ans et les moins de 23 ans.
Originaire de Tel Aviv, Guadie, 21 ans, est bien installé à l’université d’État de l’Oklahoma, à Stillwater, où il jouit d’une bourse complète en tant que membre de l’équipe d’athlétisme, qui se classe parmi les meilleures en matière de course de fond aux États-Unis.
Alors que d’autres universités américaines sont le théâtre de manifestations anti-Israël, Guadie et une autre athlète israélienne de l’OSU, Sivan Auerbach, ne cachent pas leur identité israélienne et juive. Guadie se présente à chaque course les cheveux rasés en forme d’étoile de David, et Auerbach, qui détient le record israélien des courses de 1 000 et 1 500 mètres, se drape dans le drapeau israélien.
Le gouverneur de l’Oklahoma, Kevin Stitt, dont l’université d’État de l’Oklahoma est l’alma mater, a déclaré qu’il était fier que les deux étudiants israéliens aient ressenti « le même sentiment de communauté que celui que j’ai ressenti lorsque j’étais là-bas ». Il a ajouté que « le fait que tous les Juifs américains ne jouissent pas du même sentiment d’appartenance et de sécurité que nos communautés juives de l’Oklahoma est absurde ».
Stitt a même invité les Juifs « persécutés » de New York à s’installer dans l’État du sud-ouest.
« Il y a des manifestants pro-Hamas et palestiniens partout », a récemment expliqué Stitt dans une interview au New York Post. « Et nous nous disons : ‘Mince, ça n’arrivera pas en Oklahoma' ».
Élevé à Tel Aviv, Guadie a commencé à courir à l’âge de 11 ans avec les Alley Runners, un projet social visant à responsabiliser les enfants à risque qui a été lancé en 2012 et qui a depuis évolué pour devenir Hapoel Tel Aviv, une équipe d’athlétisme professionnelle. Yuval Carmi, l’un des fondateurs de l’organisation, a expliqué que les juifs éthiopiens avaient eu du mal à s’intégrer dans la société israélienne et que le parcours de Guadie était « exceptionnel ».
« D’autres enfants étaient peut-être plus doués, mais Guadie était tenace », explique Carmi. « En dix ans, il n’a pas manqué un seul entraînement. Il est l’exemple des enfants qui participent aujourd’hui au programme. »
Guadie raconte que sa mère a entendu parler des Alley Runners et l’a inscrit comme activité extrascolaire. Les deux premières années, « Guadie ne parlait pas », raconte Carmi. Mais peu à peu, les Alley Runners sont devenus comme une famille.
Guadie est mince et musclé, avec des boucles douces et un visage anguleux. Il dit que ses parents étaient « très fiers » et l’ont toujours encouragé à courir, même s’ils n’en avaient pas les moyens financiers. Son père exerce des métiers physiques et sa mère est agent de service hospitalier. Au début, la seule paire de chaussures de course qu’ils pouvaient se permettre d’acheter à Guadie était des crampons de football, mais cela ne l’a pas empêché de prendre de l’avance sur les autres coureurs. (Il court aujourd’hui avec des Nike.) Il a récemment battu le record israélien du 10 km, avec un temps de 28:10. Son rêve est de participer aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles.
Dans un entretien Zoom avec le Times of Israel, Guadie s’est excusé en prenant quelques instants pour se faire du café, en moulinant des grains provenant d’Éthiopie, où il est né. À l’âge de 3 ans, sa famille a fait l’alyah en Israël.
Un accueil chaleureux de la communauté juive
Adisu Guadie, qui a cinq frères et sœurs, a confié qu’il était la « première génération » à étudier à l’université. Il étudie les systèmes d’information de gestion et, au cours de son premier semestre, à l’automne 2023, il a eu beaucoup de mal à s’immerger dans une langue et une culture nouvelles. Et puis il y a eu le massacre du 7 octobre, quand 3 000 terroristes du Hamas ont déferlé sur Israël depuis la bande de Gaza par voie terrestre, aérienne et maritime, tuant près de 1 200 personnes et prenant 251 otages, pour la plupart des civils.
« Je passais beaucoup de temps à regarder les informations », se souvient Guadie. « Je n’arrêtais pas de me demander ce que je faisais ici, je me sentais tellement seul. »
Il dit s’être rapproché d’Auerbach, qui éprouvait le même sentiment d’impuissance. Les deux jeunes athlètes ont tous deux servi dans l’armée israélienne, Guadie en tant qu’entraîneur adjoint dans une unité spéciale de l’armée de l’air, et Auerbach en tant qu’instructeur de fitness. Pour Auerbach, qui a grandi dans le moshav Ein Ayala, seul un autre Israélien pouvait comprendre ce qu’elle ressentait après le 7 octobre.
« Chaque Israélien connaît quelqu’un qui a été tué », a indiqué Auerbach, 24 ans, au Times of Israel. Elle a toujours cru qu’elle, Guadie et Lior Garzon, un joueur de basket-ball de l’OSU, étaient les seuls Israéliens de tout l’Oklahoma. La section Hillel la plus proche se trouve à l’Université d’Oklahoma, à environ 100 km de là. Mais après le déclenchement de la guerre, Sivan Auerbach a indiqué que la communauté juive locale avait pris contact avec les trois athlètes israéliens pour leur signifier qu’ils n’étaient pas seuls.
« Pour moi, tout est lié à ce qui se passe en Israël », a expliqué Sivan Auerbach. « Lorsque je cours, je considère mon sport comme un moyen privilégié de représenter Israël. »
Sur ses réseaux sociaux, Auerbach publie des articles sur la course à pied – et sur Israël. Elle se sent responsable d’éduquer les gens, expliquant que le sionisme n’est pas « un gros mot », mais signifie plutôt « le droit à l’autodétermination pour le peuple juif ». Elle s’inquiète du fait que les étudiants ne comprennent pas « les messages génocidaires » parce que « des discours de haine très violents sont normalisés ».
Il y a eu quelques très petites manifestations sur le campus de l’OSU, avec des étudiants scandant « du fleuve à la mer », mais pour l’essentiel, dit-elle, l’atmosphère est calme.
Elle sait que ses publications en faveur d’Israël ne sont « qu’une goutte au milieu de ce torrent de haine », mais elle continue à concilier ses entraînements – deux séances quotidiennes – et ses études, où elle suit un double cursus en informatique et en génie informatique.
« Cela me demande beaucoup », admet Auerbach, qui semble beaucoup plus heureuse de parler de son sport, entre deux tranches de clémentine.
Chez elle, en Israël, elle court au bord de la mer ou dans les montagnes du Carmel. À Stillwater, elle a dû s’habituer à « des kilomètres et des kilomètres de chemins de terre plats » et, dit-elle en plaisantant, à « un éventuel tumbleweed ».
Auerbach avait également l’habitude de gagner « beaucoup de courses » en Israël ; et elle a dû s’habituer à se faire « battre à plate couture » dans les compétitions sportives universitaires américaines.
Aujourd’hui, elle s’entraîne à « courir pour gagner » au sein de l’équipe des Cowgirls de l’OSU, classée troisième au niveau national. Elle a récemment reçu le prix Elite 90, décerné aux athlètes qui atteignent les championnats nationaux de la NCAA avec la meilleure moyenne. En février, elle a remporté la course de 1 km lors de la conférence Big-12. Son objectif est de battre le record national israélien du 800 mètres, qui est de 2:04 depuis 1993. Auerbach l’a déjà couru en 2:05. Comme Guadie, elle espère représenter Israël aux Jeux olympiques de 2028.
Interrogé sur les manifestants anti-Israël dans les universités, Stitt a récemment indiqué à Fox News qu’il les « expulserait », affirmant qu’ils devraient être « tenus pour responsables » de leurs discours haineux.
« Qui soutient le Hamas ? » a déclaré Stitt sur Fox News. »C’est pourquoi il est si important pour moi de défendre Israël et nos frères et sœurs juifs ».
Stitt, qui se définit comme un « chrétien qui aime la Torah », a été sévèrement critiqué en 2023 lorsque, après sa réélection, il a annoncé qu’il revendiquerait « chaque centimètre carré » de l’Oklahoma pour Jésus. Depuis, des dirigeants juifs l’ont rencontré et estiment que le problème a été résolu.
Peu après le début de la guerre, Stitt est devenu le premier gouverneur de l’Oklahoma en exercice à se rendre en Israël depuis 2003.
Depuis sa chambre dans la résidence de l’OSU, Guadie a déclaré qu’il s’était rendu compte qu’il était « encore plus sioniste » qu’auparavant. Le pays lui manque, ainsi que sa famille et ses amis.
« Je suis ici à Stillwater, faisant du mieux que je peux », a-t-il écrit dans une publication Instagram récente. « Mon cœur est avec mon peuple en Israël. Restez forts et aidez-vous les uns les autres. »
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