Comment un haut cadre de Nvidia est devenu leader de la cause des otages du 7-Octobre
Gideon Rosenberg, responsable des ressources humaines pour les 5 000 employés de l'entreprise en Israël, raconte comment il a remué ciel et terre pour venir en aide à l'un de ses employés, Avinatan Or, détenu pendant deux ans à Gaza
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Gideon Rosenberg, cadre supérieur chez Nvidia, dit avoir attendu, pendant 745 jours, le moment où il retrouverait Avinatan Or, son employé – qui avait été enlevé lors du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, et maintenu en captivité dans les tunnels de la bande de Gaza. Une attente qui a été accompagnée par beaucoup d’espoir, ajoute-t-il.
Un moment qui est enfin arrivé il y a deux mois. Rosenberg, directeur juridique adjoint et responsable des ressources humaines en Israël au sein du géant américain des puces électroniques, se souvient de l’enthousiasme qu’il a ressenti à l’idée d’enfin accueillir Or – Or qu’il avait déjà l’impression de connaître, dit-il, même s’ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant.
« Quand j’ai rencontré Avinatan à l’hôpital, quelques jours après sa libération, ça a été absolument surréaliste », confie Rosenberg au Times of Israel lors d’une récente interview accordée alors qu’il se trouve dans les bureaux de Nvidia à Tel Aviv. « Jusqu’à ce moment-là, Or, pour moi, c’était quelqu’un qui apparaissait en deux dimensions sur une affiche et sur le tee-shirt que je portais depuis deux ans – et soudain, voilà qu’il s’est transformé en être humain en trois dimensions, il est devenu une personne réelle. C’était très, très étrange – mais nous étions tous très heureux, bien entendu ».
Âgé de 49 ans, Rosenberg est directeur du personnel chez Nvidia, en charge des 5 000 employés que compte l’entreprise au sein de l’État juif – des employés qui sont répartis dans cinq bureaux et centres de R&D qui sont situés dans les villes de Yokneam, Raanana, Tel Aviv et Beer Sheva. Or, 32 ans, a grandi dans la ville de Shilo, en Cisjordanie. Il est le deuxième d’une fratrie de sept enfants, et il a rejoint Nvidia en tant qu’ingénieur électricien après avoir obtenu son diplôme à l’université Ben Gurion, à Beer Sheva.
« J’en savais davantage sur Avinatan que sur n’importe quel autre employé – même si nous ne nous étions jamais rencontrés – parce que j’avais fait la connaissance de toute sa famille proche et élargie et parce que j’avais rencontré ses amis, avec lesquels j’avais passé de nombreuses heures », explique Rosenberg. « Je suis presque sûr d’en savoir plus à son sujet que ce qu’il pourrait souhaiter, grâce aux anecdotes qui m’ont été racontées sur son enfance et autres récits sur sa vie ».
Or, qui a été relâché le 13 octobre dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu conclu avec le groupe terroriste du Hamas à Gaza, a été principalement détenu seul en captivité dans des tunnels souterrains après son enlèvement lors du festival de musique électronique Nova, le 7 octobre 2023. Sa petite amie, Noa Argamani, avait, elle aussi, été kidnappée lors de la rave-party. Elle avait été secourue par les forces israéliennes qui l’avaient sauvé des geôles du Hamas, au mois de juin 2024.
La finalisation de l’accord de cessez-le-feu a été une étape déterminante vers la fin d’une guerre longue de deux années, un conflit qui avait été déclenché par les atrocités commises le 7 octobre 2023 – ce jour-là, des milliers de terroristes en provenance de Gaza avaient massacré plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, et ils avaient enlevé 251 personnes qui avaient été prises en otage dans la bande. Les otages, vivants ou morts, ont été rapatriés au sein de l’État juif au cours de courtes trêves, au fil des deux dernières années, en échange de la remise en liberté de prisonniers palestiniens qui étaient incarcérés en Israël pour atteinte à la sécurité nationale.
Or a été l’un des derniers captifs encore en vie à être remis en liberté.
« Il n’y a pas de manuel qui permette de gérer la prise d’otage d’un employé », indique Rosenberg. « Nous avons dû improviser au fur et à mesure, tout en continuant à faire notre travail quotidien, en prenant soin de nos autres employés qui servaient dans la réserve, qui avaient été évacués de leur domicile ou qui avaient perdu des membres de leur famille et des amis ».
Dans les jours qui avaient suivi le 7-Octobre, Rosenberg avait renforcé ses efforts – rassemblant les membres du personnel de l’entreprise en soutien à la famille et aux proches d’Or lors de manifestations et autres défilés fréquents. Mais il explique qu’il n’aurait jamais imaginé qu’il deviendrait, pendant plus de deux ans, l’un des principaux porte-parole de la campagne en faveur de la cause des otages, aux côtés des proches des captifs.
« Une fois qu’il a été confirmé qu’Avinatan avait été pris en otage le 7-Octobre, j’ai écrit un courriel personnel pour en informer le président-directeur-général de Nvidia, Jensen Huang, qui s’est montré très compréhensif. Il a transmis une note à tous les employés de l’entreprise dans le monde entier et, au cours des deux dernières années, il a apporté un soutien continu à la famille, il a parlé d’Or à l’occasion des divers événements qui étaient organisés en interne ou lors d’apparitions publiques », souligne Rosenberg.
Or et Huang se sont finalement rencontrés, la semaine dernière, au siège américain de Nvidia à Santa Clara, en Californie. Argamani, qui était également présente à la réunion, a dit que Nvidia ressemblait à « une grande famille ».
Pendant les deux années où Or a été retenu en captivité, Huang « a personnellement accompagné la famille et il a appelé à plusieurs reprises pour prendre de leurs nouvelles », a-t-elle confié.
« Constater combien l’entreprise l’a soutenu pendant tout ce temps a été, pour nous, l’illustration de ce que signifie vraiment la responsabilité mutuelle : même en période de réussite et de prospérité, ils ont soutenu leur employé et ils se sont battus à nos côtés », a écrit Argamani dans un message qui a été diffusé sur le réseau social X.
Dès les premiers jours de la captivité d’Or, au mois d’octobre 2023, Rosenberg avait pris la décision de faire tout son possible pour que son employé revienne bien en vie en Israël. Au départ, ce père de trois enfants se rendait chaque soir devant le quartier-général militaire de la Kirya à Tel Aviv, aux côtés de la famille d’Or. Dans les jours et les semaines qui avaient suivi, il avait également pris part à des marches organisées par les familles des captifs à Jérusalem et dans d’autres villes, sur tout le territoire de l’État juif.
« Nous avons commencé à aider la famille en faisant imprimer des tee-shirts et des pancartes, avec la photo d’Or et des slogans qui appelaient à son retour, et chaque dimanche, j’envoyais un courriel avec un lien vers un tableau Excel qui permettait aux employés de s’inscrire, du lundi au jeudi, pour soutenir la famille », raconte Rosenberg. « Alors que je portais un tee-shirt à l’effigie d’Avinatan lors d’une marche, au mois de novembre 2023, j’ai proposé mon aide aux organisateurs et avant même de réaliser ce qui était en train de se passer, on m’a tendu un mégaphone et je me suis retrouvé devant tout le monde en train de hurler : ‘Nous ne nous arrêterons pas tant qu’ils ne seront pas tous de retour’ et d’autres slogans ».
« J’ai une voix très forte et je suis grand, ce qui est utile », ajoute-t-il.
Les organisateurs du mouvement de protestation ont demandé à Rosenberg de revenir le lendemain, une demande qu’il n’a pas pu refuser, malgré ses obligations familiales. Ainsi, pendant les deux années de conflit qui ont suivi, il a porté le tee-shirt à l’effigie d’Or, devenant un fervent défenseur des familles des otages lors des grandes manifestations, des marches, des rassemblements quotidiens organisés sur la place des Otages à Tel Aviv – y compris le vendredi et le samedi, précise-t-il.
« J’ai promis aux familles des otages que je ne perdrais pas ma voix. Je leur ai promis que j’allais leur prêter ma voix jusqu’au retour de tout le monde », se souvient Rosenberg. « Et je n’ai jamais perdu ma voix ».
Rosenberg raconte que l’un des slogans qu’il a lui-même inventés, « Vous n’êtes pas seuls, nous sommes avec vous », est devenu ce leitmotiv qui l’a poussé à assister régulièrement aux rassemblements.
« Être une famille d’otage, c’est une situation où on se sent seul – je fais toujours la comparaison avec un téléphone : avant d’aller dormir, et parfois pendant la journée, vous allez le recharger parce que vous voulez être sûr qu’il soit à 100 % quand vous vous réveillerez le matin », explique Rosenberg. « C’est pareil pour les familles : il faut les recharger en énergie pour qu’elles puissent continuer à vivre leur quotidien, et il est impossible de les recharger à 100 % à moins de leur ramener leurs proches. Et même dans ce cas, elles ne seront pas rechargées à 100 % ».
« Et là était mon rôle en tant que soutien : je voulais m’assurer qu’elles pouvaient continuer et qu’elles ne se sentaient pas seules dans cette lutte pour ramener leurs proches, quelle que soit la manière dont elles voulaient mener cette lutte, chacune à sa manière », dit-il.
Et comment est-il parvenu à concilier sa casquette de cadre supérieur chez Nvidia et sa vie familiale pendant cette période difficile ?… A cette question, il répond qu’il est « efficace » dans ce qu’il fait et que de surcroît, il travaille avec une équipe solide qui sait mener à bien son travail, qu’il soit lui-même ou non à son bureau.
« J’étais toujours disponible, donc même pendant les marches, je pouvais répondre au téléphone », dit Rosenberg. « Pour Nvidia, une partie de mon travail consistait à m’assurer qu’Avinatan rentre à la maison – donc de mon point de vue, il a été assez facile d’équilibrer et de justifier la situation ».
« Si vous aviez posé la question à certaines des familles et à un grand nombre des personnes qui nous entouraient sur la place des Otages, la majorité d’entre elles auraient été incapables de dire ce que je faisais dans la vie – et c’était bien, car il ne s’agissait jamais de moi », note-t-il.
Les activités de R&D qui sont menées par Nvidia en Israël – c’est là où sont développés un grand nombre de processeurs haut de gamme et autres puces, des éléments essentiels à la formation des plus grands modèles d’IA – sont les plus importantes de l’entreprise en dehors des États-Unis. L’engouement pour les puces de Nvidia a rapidement fait grimper le cours de l’action de l’entreprise depuis début 2023, la transformant en première entreprise mondiale à atteindre une valeur de 5 000 milliards de dollars à la fin du mois d’octobre.
« Depuis le 7-Octobre, Nvidia a considérablement renforcé sa présence ici en Israël, et même si de nombreux employés remplissent actuellement leur devoir de réserve, nous n’avons manqué aucune étape importante », dit Rosenberg.
Rosenberg est en contact régulier avec Or depuis sa remise en liberté. Il espère qu’il pourra faire son retour au travail après une période de réadaptation, et il explique attendre avec patience ce moment.
« Nous n’abordons pas le sujet pour l’instant », déclare Rosenberg. « Il lui faudra du temps pour réintégrer son groupe de travail, mais je suis sûr qu’il en est capable ».
« Ce sera à lui et à lui seul de prendre cette décision », poursuit-il.
En repensant à ces deux années qui ont été particulièrement difficiles, Rosenberg affirme qu’il a été important pour lui de montrer par l’exemple qu’il était possible de concilier vie privée, travail, famille et autres activités.
« Et par ‘autres activités’, j’entends des activités qui sont susceptibles de bénéficier à la société dans son ensemble, et pas seulement à soi-même – qu’il s’agisse d’une heure par semaine ou d’une heure par mois pour venir en aide à quelqu’un, parce que tout le monde peut trouver cette capacité », s’exclame-t-il. « Avec un engagement civique réel, et pas seulement en temps de crise ».
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