Rechercher

Damas clame son droit à se défendre contre Tsahal alors que des Druzes sont massacrés

Selon le régime, "l'agression perfide d'Israël" a tué plusieurs soldats et civils ; des Druzes israéliens manifestent et franchissent la frontière ; un élu Likud appelle à "éliminer" Sharaa

Les forces de sécurité syriennes posant pour une photo sur un rond-point de la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025, à la suite d'affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes. (Crédit : Sam Hariri/AFP)
Les forces de sécurité syriennes posant pour une photo sur un rond-point de la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025, à la suite d'affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes. (Crédit : Sam Hariri/AFP)

La Syrie a condamné mardi les frappes israéliennes qui ont visé les forces gouvernementales entrées dans la ville à majorité druze de Soueïda et affirmé tenir Israël pour responsable de leurs « conséquences ».

La Syrie « condamne dans les termes les plus fermes l’agression israélienne traîtresse menée aujourd’hui avec des attaques coordonnées de drones et des frappes aériennes », qui ont tué « des membres des forces armées » ainsi que « plusieurs civils innocents », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Damas « tient Israël pour pleinement responsable de cette agression et de ses conséquences » et affirme son droit « à défendre son territoire et son peuple par tous les moyens permis par le droit international », a ajouté le ministère.

Un responsable américain a quant à lui déclaré à Axios qu’à la demande des États-Unis, Israël avait accepté de suspendre les frappes dans la nuit de mardi.

L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a jugé mardi « inquiétantes » les violences dans la région à majorité druze de Soueïda (sud), affirmant œuvrer « avec toutes les parties » pour un retour au calme.

« Les récentes escarmouches à Soueïda sont inquiétantes […] et nous essayons d’arriver à un résultat pacifique et inclusif pour les Druzes, les tribus bédouines, le gouvernement syrien et les forces israéliennes », a écrit l’émissaire américain sur le réseau social X, énumérant toutes les parties impliquées dans cet accès de violence.

Le responsable a également déclaré qu’Israël avait frappé les forces militaires syriennes alors que Damas avait prévenu Jérusalem de son intention d’envoyer des troupes dans le sud de la Syrie. Il a insisté sur le fait que cette initiative n’était pas dirigée contre Israël, mais visait plutôt à mettre fin aux affrontements entre les milices druzes et les clans bédouins.

Mardi, Israël a mené une campagne de bombardements intensifs contre les forces gouvernementales syriennes alors qu’elles entraient dans la ville druze de Soueïda, dans le but, selon le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz, de protéger « les Druzes de Syrie en raison de l’alliance fraternelle profonde qui nous lie à nos citoyens druzes en Israël ».

Ils ont déclaré que l’entrée de soldats et d’armes syriens dans la région violait « la politique de démilitarisation qui avait été décidée et qui interdit l’entrée dans le sud de la Syrie de forces et d’armes susceptibles de mettre en danger Israël ».

L’armée israélienne a déclaré avoir « frappé plusieurs véhicules blindés, dont des chars, des véhicules de transport de troupes blindés, des rampes de lancement multiples de roquettes, ainsi que des voies d’accès, afin d’empêcher leur arrivée dans la région », après avoir identifié, lundi soir, une colonne blindée se dirigeant vers Soueïda.

Un avion de combat israélien tirant une fusée éclairante au-dessus de la ville à majorité druze de Soueïda, le 15 juillet 2025, à la suite d’affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)

Ces bombardements pourraient compliquer les efforts diplomatiques en cours visant à apaiser les tensions entre la Syrie et Israël, qui a déployé des troupes dans une bande de territoire syrien adjacente à la frontière après la prise du pouvoir par une coalition rebelle menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ex branche d’Al-Qaïda en Syrie dans le pays l’an dernier.

Selon la chaîne N12, Israël avait averti le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa de ne pas nuire à la population druze avant de lancer sa récente frappe contre des cibles du régime.

De multiples communications ont été transmises à Damas à l’avance par les voies diplomatiques, notamment américaines et françaises, selon N12.

« Si le régime syrien s’en prend aux Druzes, il ne nous laissera pas d’autre choix que d’intervenir », a déclaré lundi le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar à son homologue français Jean-Noël Barrot lors d’une conversation téléphonique, selon la chaîne.

Un haut responsable israélien cité par N12 a déclaré que ces événements récents reflétaient l’instabilité croissante en Syrie et jetaient le doute sur la capacité du régime Sharaa à gouverner efficacement. Si la situation ne s’améliore pas, Israël voit désormais peu de chances d’aboutir à une avancée, même modeste, dans les négociations avec le nouveau gouvernement de Damas, a déclaré ce responsable.

Mercredi, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a indiqué que le bilan des violences à Soueïda, ville du sud de la Syrie, s’élevait à 248 morts depuis dimanche, tandis que deux correspondants de l’AFP ont fait état de tirs dans cette ville à majorité druze.

Un bilan précédent de cette ONG faisait état de 203 morts mardi. Selon l’OSDH, 64 combattants druzes et 28 civils druzes ont été tués, dont 21 ont été exécutés sommairement par des membres des forces gouvernementales. L’ONG a également indiqué que 138 membres des forces de sécurité et 18 combattants bédouins, entrés dans la ville à leurs côtés, avaient été tués.

Malgré un cessez-le-feu annoncé par les autorités, la situation restait confuse dans la ville.

Les forces de sécurité syriennes entrant dans la ville à majorité druze de Soueïda, à la suite d’affrontements entre des clans bédouins et des combattants druzes, le 15 juillet 2025. (Crédit : Sam Hariri/AFP)

Dans la soirée de mardi, le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé que des affrontements se poursuivaient « dans certains quartiers » de Soueïda et a affirmé que les accords passés avec les chefs religieux pour rétablir le calme avaient été « violés ».

Les habitants de Soueïda, principalement druzes, espéraient que l’arrivée des forces gouvernementales mardi mettrait fin aux affrontements sectaires meurtriers avec les clans bédouins locaux.

Mais mardi, une ONG a accusé les forces gouvernementales d’avoir exécuté une vingtaine de civils druzes après leur déploiement dans la ville de Soueïda, dans le sud de la Syrie, où des habitants terrorisés ont témoigné de nombreuses exactions.

Mardi matin, les forces syriennes ont été déployées dans cette ville, jusque-là tenue par des combattants druzes locaux, dans une claire volonté du pouvoir islamiste d’étendre son autorité après des violences entre groupes druzes et bédouins ayant fait plus de cent morts depuis dimanche.

Des exécutions, des pillages et des incendies criminels ont été signalés, alors que les troupes gouvernementales et leurs alliés semaient la terreur dans les quartiers druzes, poussant des milliers de membres de cette minorité religieuse à fuir.

« Les forces gouvernementales sont entrées dans la ville sous prétexte de rétablir l’ordre… Mais malheureusement, elles se sont livrées à des pratiques sauvages », a déclaré Rayan Maarouf, rédacteur en chef du site d’information Suwayda 24.

« Il y a eu des cas de civils tués… des dizaines… mais nous n’avons pas de chiffres précis », a-t-il ajouté, accusant les combattants du gouvernement et leurs alliés.

L’OSDH a affirmé que 21 civils druzes avaient été « exécutés » par les forces gouvernementales, parmi lesquels douze personnes tuées après la « prise d’assaut » d’une maison d’hôtes de la ville.

Des membres des forces de sécurité syriennes patrouillant dans une zone située entre Mazraa et Walga, près de la ville à majorité druze de Soueïda, le 14 juillet 2025, à la suite d’affrontements entre des clans bédouins et de clans druzes. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)

Une vidéo non authentifiée circulant sur les réseaux sociaux montrait au moins dix personnes en civil, couvertes de sang, à l’intérieur de la maison d’hôtes, certaines allongées au sol.

L’ONG a également rapporté qu’un groupe armé lié aux forces gouvernementales avait exécuté « quatre civils druzes, dont une femme », dans un village voisin, et qu’un autre groupe avait abattu trois hommes en présence de leur mère.

Un correspondant de l’AFP, entré à Soueïda peu après les forces gouvernementales, a vu des corps gisant au sol, tandis que des coups de feu retentissaient par intermittence dans la ville déserte, soumise à un couvre-feu.

Des Druzes israéliens manifestent et franchissent la frontière syrienne

En réponse à ce carnage, des dizaines de civils druzes israéliens ont franchi la frontière syrienne mardi, près de la ville druze de Majdal Shams, située sur le plateau du Golan.

L’armée a déclaré que les civils qui avaient franchi la frontière avaient été arrêtés, ajoutant que « les troupes de Tsahal s’efforçaient actuellement de les ramener en toute sécurité » sur le territoire israélien.

Des manifestants druzes ont protesté mardi dans plusieurs endroits du nord d’Israël en raison des affrontements meurtriers qui ont opposé cette semaine des milices druzes à des clans bédouins dans le sud de la Syrie.

Selon les médias arabophones, les manifestants exigent que le gouvernement israélien intervienne davantage pour soutenir leurs coreligionnaires en Syrie. Certains d’entre eux ont incendié des pneus de voiture et bloqué la circulation à plusieurs endroits.

Des manifestants brûlant des pneus, brandissant des drapeaux druzes et bloquant la circulation sur la Route 6, dans le nord d’Israël, le 15 juillet 2025. (Crédit : Police israélienne)

La police israélienne a indiqué que la Route 6, à proximité du carrefour d’Elyakim, avait été fermée à la circulation dans les deux sens en raison de ces manifestations. D’autres manifestations de moindre ampleur ont été signalées près de Shfaram et Rameh, deux localités arabes situées plus au nord.

Les forces de sécurité, présentes sur place, ont tenté de « maintenir l’ordre public et diriger les automobilistes vers des itinéraires alternatifs » qui n’étaient pas bloqués à la circulation.

Alors que les affrontements entre les forces syriennes et les milices druzes se poursuivaient, le ministre des Affaires de la Diaspora Amichaï Chikli (Likud), a directement appelé à « l’élimination sans délai » du président syrien Sharaa, dans des messages publiés en anglais et en hébreu sur son compte X.

La province de Soueïda abrite la plus importante communauté druze du pays, une minorité ésotérique issue de l’islam qui comptait quelque 700 000 membres en Syrie avant la guerre civile, et est aussi implantée au Liban et en Israël.

Israël, qui bombarde depuis lundi des positions des forces gouvernementales syriennes dans la région de Soueïda, a affirmé qu’il ne permettrait pas de présence militaire dans le sud de la Syrie, à proximité de leur frontière commune.

« Nous agissons pour empêcher le régime syrien de leur nuire [aux druzes] et pour garantir la démilitarisation de la zone adjacente à notre frontière avec la Syrie », ont déclaré Katz et Netanyahu.

« Nous ne permettrons pas le retour à une situation où un ‘second Liban’ est établi » dans cette région, a affirmé plus tard le Premier ministre, faisant référence aux conflits qui ont opposé son pays au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Après la chute du dictateur syrien Bashar el-Assad, les violences meurtrières de mars contre la communauté alaouite, dont il est issu, puis contre les Druzes, ainsi qu’un attentat contre une église à Damas en juin, ont ébranlé la confiance dans la capacité du nouveau pouvoir syrien à protéger les minorités.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.