Dans un bazar de Téhéran, les commerçants redoutent la faillite
Dans ce marché du nord de la capitale iranienne, la plupart des boutiques sont désormais vides. Les vendeurs tentent d'attirer les rares clients en vantant leurs produits
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Dans un bazar de Téhéran, Nassir se remémore l’époque où les habitants achetaient ses fruits secs au kilo. C’était avant que la guerre avec les États-Unis ne fasse flamber les prix, mettant en péril la survie des commerces comme le sien.
Dans ce marché du nord de la capitale iranienne, la plupart des boutiques sont désormais vides. Les vendeurs tentent d’attirer les rares clients en vantant leurs produits.
« Autrefois, il y avait des clients qui achetaient deux à cinq kilos. Maintenant, ils se contentent d’un seul kilo, ou d’une livre », décrit le vendeur de fruits secs, âgé de 61 ans.
« Les prix sont vraiment élevés. Nous le savons tous, ce serait mentir que de dire le contraire », reconnaît-il.
Face aux fluctuations de la monnaie qui aggravent l’incertitude, il appelle les autorités à « stabiliser les taux de change » afin de donner un peu de visibilité aux entreprises.
Il faut désormais 2,7 millions de rials pour obtenir un dollar, contre 1,7 million avant le début de la guerre, le 28 février.
« Il nous faut des dirigeants compétents, dynamiques, et des économistes qualifiés pour gérer le pays », s’agace Nassir, blâmant les « incompétents », sans les désigner ni vouloir donner son nom de famille.
« Lutte désespérée »
L’économie du pays a été mise à rude épreuve par des années de sanctions, mais la guerre déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines et le blocus des ports iraniens par les États-Unis ont encore accru la pression sur la population.
Selon les chiffres officiels, l’inflation s’élevait à près de 90 % sur un an en septembre, et les prix des denrées alimentaires ont plus que doublé par rapport à l’an dernier.
Dans l’une des ruelles étroites du bazar de Tajrish, un artiste de rue joue de la guitare tandis qu’un autre improvise des percussions pour gagner un peu d’argent.
Non loin, Ali Norouzi, 36 ans, qui tient une boutique de vêtements de sport, décrit « une lutte désespérée, une tentative de la dernière chance » pour garder son commerce ouvert.
« Les fabricants font faillite, licencient du personnel et ferment leurs établissements, et cela nous touche inévitablement. » Et « quand les gens n’achètent plus », la faillite est inévitable, au vu de la hausse des loyers, des impôts et des factures d’énergie.
Finie l’époque où il commandait en gros pour remplir ses stocks. Il n’achète plus que quelques articles, juste pour éviter que ses vitrines ne paraissent trop vides.
« Nous aurions besoin de stabilité, que les prix se maintiennent pendant trois à six mois », soupire-t-il.
« Juste exister »
Comme d’autres badauds, Azadeh est venue « regarder les vitrines » dans le bazar Tajrish, mais sans rien acheter. À 45 ans, elle a perdu son emploi.
Pour la période courant de fin mars à fin juin 2026, au pic des hostilités, le PIB a reculé de 10,1 % sur un an, selon le Centre iranien des statistiques.
Le salaire mensuel minimum a chuté d’environ 120 dollars américains il y a un an à 65 dollars américains aujourd’hui.
Le ministre de l’Économie, Ali Madanizadeh, rejette toutefois les prédictions d’un effondrement économique imminent. Il accuse les adversaires de l’Iran de faire grimper les taux de change et d’alimenter les inquiétudes de la population.
Azadeh cite pour sa part le prix des torchons de cuisine, affirmant qu’il a quintuplé en quelques mois.
« Les prix n’ont pas juste augmenté, ils ont explosé », dit-elle, confiant désormais se priver de fruits, et ne plus pouvoir s’offrir des vacances.
« Nous ne sommes pas seulement censés exister, mais aussi vivre, non ? » interroge-t-elle.
« Tant de choses – acheter des vêtements, sortir, se divertir, aller au restaurant – ont complètement disparu de notre vie », lui fait écho Mojtaba Rezaï, un mécanicien de 57 ans, de passage au marché.
Lui dit n’avoir pu conserver qu’un dixième de sa clientèle.
« Je suis gêné quand je dois annoncer mes prix. Les marchandises coûtent désormais deux ou trois fois plus cher. Il y a des gens qui entrent, demandent le prix et repartent. »
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