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Analyse

De moins en moins d’Américains soutiennent Israël – qu’en sera-t-il du prochain président ?

2028 est encore loin - mais avec des critiques croissantes à l'encontre d'Israël, l'essor de l'antisémitisme et de l'isolationnisme, les candidats américains pourraient se détourner de cette alliance de longue date

Des personnes se rassemblent au Lincoln Memorial pour manifester leur soutien à Israël à Washington, DC, le dimanche 7 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)
Des personnes se rassemblent au Lincoln Memorial pour manifester leur soutien à Israël à Washington, DC, le dimanche 7 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Il y a environ un mois, alors que JD Vance venait de rentrer d’un voyage en Israël, un jeune homme de l’université du Mississippi lui a demandé pourquoi les États-Unis continuaient d’apporter leur soutien à l’État juif.

L’homme, qui portait une casquette « Make America Great Again », a d’abord accusé Israël de « nettoyage ethnique à Gaza ». Il a ensuite ajouté, sous les applaudissements : « Non seulement leur religion n’est pas compatible avec la nôtre, mais elle soutient ouvertement la persécution de notre foi ».

A une autre époque, un vice-président américain aurait peut-être réfuté ce vieux trope qui laisse entendre que les Juifs apporteraient leur soutien aux « persécutions » contre les chrétiens – ou il aurait au moins souligné que les États-Unis sont une démocratie multi-confessionnelle où les Juifs sont des citoyens à égalité avec les autres. Il aurait ensuite réaffirmé qu’Israël est depuis longtemps un allié fidèle, et qu’il le reste.

Vance n’a rien fait de tel. Au contraire, il a souligné qu’Israël ne « contrôlait » pas le président Donald Trump et il s’est vanté en disant que Trump avait été en mesure d’obtenir le cessez-le-feu à Gaza en « se montrant prêt à exercer des pressions » sur l’État juif. Il a ajouté : « Ce que je n’accepte pas, c’est qu’un pays puisse passer avant les intérêts des citoyens américains ».

Quelques semaines auparavant, le prédécesseur de Vance à la vice-présidence des États-Unis, Kamala Harris, avait été interrogée par un journaliste d’ABC qui lui avait demandé si Israël avait commis un « génocide » à Gaza. La candidate Démocrate à la présidence de 2024 avait répondu que les tribunaux seuls seraient amenés à apporter une réponse à cette question. Elle avait toutefois cité le nombre élevé de victimes civiles à Gaza avant de dire : « Nous devrions tous prendre du recul, nous poser cette question et y répondre avec honnêteté, c’est vrai ».

Harris a failli être élue à la Maison Blanche, l’année dernière. Vance pourrait bien conquérir cette dernière en 2028. Et ils ne sont pas les seuls.

Il y a deux mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié Trump de « meilleur ami » d’Israël. Mais alors que le parti Démocrate se montre de plus en plus critique à l’égard d’Israël, que le parti Républicain se conforte dans ses désirs d’isolationnisme et que l’antisémitisme se propage à gauche comme à droite de l’échiquier politique aux États-Unis, il devient de plus en plus plausible que le prochain président américain puisse ne pas être pro-israélien – du moins pas comme cela a été le cas jusqu’à présent.

Le vice-président américain JD Vance salue alors qu’il monte à bord de l’Air Force Two à destination de Washington, DC, à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, le 23 octobre 2025. (Crédit : Nathan HOWARD / POOL / AFP)

Il faut émettre des réserves, bien sûr : prédire les résultats de la prochaine élection présidentielle américaine trois ans à l’avance est une tâche vaine. Peu nombreux étaient ceux qui avaient prévu l’arrivée de Barack Obama en 2005, et encore moins celle de Donald Trump en 2013. Il est tout aussi impossible de prédire où en sera Israël dans trois ans, ou ce que signifiera exactement « soutenir » l’État juif.

En revanche, il est tout à fait possible d’affirmer, sans prendre le risque de se tromper, que l’époque où les candidats Démocrates et Républicains à la présidence étaient prêts à monter sur scène lors de la conférence annuelle de l’AIPAC à Washington, autrefois incontournable, pour déclarer leur soutien à Israël, est bel et bien révolue. Cela s’était encore produit en 2016 – il n’y a pas si longtemps. Et cela fait d’ailleurs, fait révélateur, cinq ans que l’AIPAC n’a plus organisé cette conférence, qui a appartenu à une époque où les deux partis américains soutenaient presque unanimement Israël, une époque dorénavant terminée.

Aujourd’hui, le Parti républicain prône le slogan « America First » – une politique qui s’accompagne d’une forte opposition aux aides étrangères. De l’autre côté, la nouvelle star des Démocrates est Zohran Mamdani, un militant anti-israélien de longue date qui refuse de reconnaître la légitimité d’Israël en tant qu’État juif et qui vient d’être élu maire de New York.

Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, s’exprime lors d’une conférence de presse dans le quartier du Queens à New York, le 5 novembre 2025. (Crédit : AP Photo/Heather Khalifa)

Alors que ces politiciens américains et d’autres, des deux côtés de la sphère politique, accusent Israël de « génocide » ou appellent les États-Unis à supprimer leurs aides étrangères, force est de constater qu’ils ne font que suivre leurs électeurs, dont un grand nombre se sont retournés contre Israël après deux ans de guerre à Gaza.

En 2016, lorsque Hillary Clinton et Donald Trump avaient pris la parole devant le public de l’AIPAC, Gallup avait révélé que 62 % des Américains éprouvaient de la sympathie pour les Israéliens, contre 15 % pour les Palestiniens. Un écart qui s’est désormais réduit à 46 % contre 33 % : c’est la première fois que le sondage révèle que moins de la moitié des Américains sont favorables aux Israéliens.

Au mois d’août dernier, 50 % des électeurs américains inscrits avaient estimé qu’Israël était en train de commettre un génocide, selon un autre sondage. Une autre enquête d’opinion a fait savoir que le soutien aux Israéliens et aux Palestiniens se divisait de manière équilibrée, à presque 50 % des personnes interrogées, 40 % affirmant qu’Israël tuait intentionnellement des civils.

Avec des chiffres qui sont particulièrement frappants chez les Démocrates : 59 % expriment leur sympathie à l’égard des Palestiniens, contre seulement 21 % à l’égard des Israéliens. Seuls 11 % des Démocrates ont estimé qu’Israël ne commettait pas de « génocide » à Gaza.

« Il faut un changement de mentalité total au sein du parti Démocrate », avait commenté Tommy Vietor, ancien assistant de l’ancien président américain Barack Obama, cet été sur Pod Save America, un podcast très populaire rattaché à la formation politique.

« Quand la guerre se terminera, nous ne reviendrons pas au statu-quo d’avant le 7-Octobre », avait-il poursuivi. « Parce que ce n’est pas là le positionnement qui s’exprime actuellement au cœur du parti, ce n’est pas là le positionnement actuel du monde. Nous n’allons pas verser des milliards de dollars par an en aides militaires. Nous n’allons pas opposer notre veto à chaque tentative de reconnaissance d’un État palestinien à l’ONU ».

Le président Donald Trump (au centre) marche avec le président Isaac Herzog (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’aéroport Ben Gurion, le 13 octobre 2025, près de Tel-Aviv. (AP/Evan Vucci)

Même parmi les Républicains, les tendances ne semblent guère réjouissantes pour Israël : un sondage de l’institut Brookings a révélé que la moitié des électeurs républicains âgés de 18 à 49 ans — en d’autres termes, ceux qui mettront un bulletin dans l’urne au cours des 25 prochaines années et plus — avaient une opinion défavorable d’Israël.

« Les conservateurs — Juifs, chrétiens et agnostiques — qui soutiennent Israël vont devoir réfléchir très sérieusement à leur manière de faire », a ainsi écrit Rod Dreher, un conservateur chrétien américain de premier plan, dans un récent article consacré à l’essor de l’antisémitisme parmi les jeunes du parti qui a été publié sur Substack – article qui a fait le tour des forums juifs et pro-israéliens sur les réseaux sociaux.

Une grande partie du texte évoque le retour de la sympathie pour le fascisme et la recrudescence de l’antisémitisme classique, influencé par le nazisme. Dreher laisse entendre, dans son article, que Vance doit en faire davantage pour garantir que l’influence d’antisémites comme Nick Fuentes sera marginalisée parmi les conservateurs.

« Le soutien à Israël s’est effondré chez les jeunes, et il ne reviendra pas de sitôt. C’est la réalité politique que nous devons affronter. Nous ne pouvons pas l’ignorer ou ‘l’annuler’. »

Dreher précise que le sentiment pro-israélien s’estompe également. « Le soutien à Israël s’est effondré chez les jeunes, et il ne reviendra pas de sitôt », écrit-il. « C’est la réalité politique que nous devons affronter. Nous ne pouvons pas l’ignorer ou ‘l’annuler’. »

Le président américain de l’époque, Joe Biden, à droite, étreint le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée à l’aéroport international Ben Gurion,non loin de Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

C’est également la réalité politique à laquelle Vance, Harris et d’autres politiciens doivent aujourd’hui faire face. Bien sûr, eux-mêmes et une multitude d’autres candidats à la présidence affirmeront probablement qu’ils sont pro-israéliens. Vance a soutenu la politique de Trump concernant Israël et il a paru bien s’entendre avec Netanyahu lors de sa visite.

De même, Harris n’a pas renié Israël pendant la campagne, malgré les pressions qui étaient exercées en ce sens. Sa convention Démocrate est restée célèbre pour avoir refusé à un militant pro-palestinien de s’exprimer depuis la tribune.

Mais la signification du terme « pro-israélien » dans la politique américaine fait débat.

Il n’y a pas si longtemps, aux États-Unis, « pro-israélien » signifiait soutenir la « sacro-sainte », disait-on, aide étrangère apportée à Israël. Cela impliquait d’offrir à Jérusalem une couverture diplomatique à l’ONU, de soutenir son droit à l’autodéfense et d’au moins feindre de bonnes relations de travail avec le Premier ministre et avec les hauts responsables de l’armée israélienne. Les éloges à l’égard d’une alliance « à toute épreuve » et « des relations particulières » étaient monnaie courante dans le passé, comme l’étaient aussi les promesses de réduire au maximum les différends entre les deux parties.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’adressant aux médias après avoir visité le Centre de coordination civilo-militaire, dans le sud d’Israël, le 24 octobre 2025. (Crédit : Fadel Senna/Pool Photo via AP)

Ainsi, même si le prochain président pourrait bien favoriser Israël de manières diverses, il est également de plus en plus possible d’imaginer qu’un candidat à la présidence, quel que soit son parti, s’écarte de de ces principes. « Aucun désaccord » entre Vance et Netanyahu ? Un veto assuré à l’ONU de la part d’une Maison Blanche Démocrate ? Le maintien d’une aide de plusieurs milliards de dollars de la part des deux partis ?…

Une fois encore, trois ans, c’est long. Il y aura peut-être un autre Premier ministre à Jérusalem. Les passions seront peut-être retombées après deux années de guerre, de traumatismes et d’antisémitisme. Un candidat traditionnellement pro-israélien, dans la lignée des Républicains Ted Cruz ou Marco Rubio, ou du Démocrate Josh Shapiro, pourrait encore être le porte-drapeau de son parti.

C’est encore possible. Mais est-ce certain ? Loin de là.

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