Des chercheurs créent une molécule immuno-activatrice pour renforcer la lutte contre le cancer
Cinq mois après la destruction de leur laboratoire par une frappe iranienne, l’Institut Weizmann conçoit des MiTE grâce à l’IA et aux mégadonnées
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Une étude du Centre de recherche en immunothérapie de l’Institut Weizmann des sciences, publiée cette semaine, révèle une nouvelle classe de molécules capables de stimuler la réponse immunitaire et d’aider l’organisme à combattre les cellules cancéreuses.
Publié mercredi dans la prestigieuse revue Cell, l’article du professeur Ido Amit, directeur de l’Institut Weizmann, a été publié cinq mois seulement après la frappe directe par un missile balistique iranien sur le bâtiment Wolfson de l’institut, qui abritait le laboratoire d’Amit.
« Nous avons perdu soixante-dix pour cent de notre matériel », a confié Amit au Times of Israel. « Il ne restait presque rien. Malgré cela, nous avons improvisé et trouvé des solutions pour poursuivre nos recherches avec encore plus de détermination. »
L’étude se concentre sur les macrophages, terme issu du grec signifiant « gros mangeurs ». Ces globules blancs spécialisés éliminent habituellement les bactéries, les virus et les cellules cancéreuses.
Mais dans l’environnement tumoral, ils cessent d’éliminer les cellules cancéreuses et contribuent au contraire à leur développement. Le laboratoire a donc conçu des molécules biologiques capables de bloquer ces macrophages dangereux tout en activant d’autres cellules immunitaires afin d’attaquer les tumeurs.
La recherche a été menée par Michelle von Locquenghien, doctorante, ainsi que par les docteures Pascale Zwicky et Ken Xie du laboratoire d’Amit, en collaboration avec des chercheurs du département d’immunologie systémique de Weizmann et des scientifiques de la société Immunai, basée à New York.
Cette avancée pourrait avoir des applications majeures en immunothérapie, notamment pour des cancers comme ceux du pancréas ou du poumon, qui répondent encore peu aux traitements actuels.
« Nous pensons que cette recherche offrira de nouvelles possibilités, y compris pour les patients résistants à plusieurs types d’immunothérapie », a déclaré Amit. « Le potentiel est considérable. »
De nouvelles molécules biologiques avec des anticorps spéciaux
Amit avait déjà observé que, plongés dans l’environnement tumoral, certains macrophages changent de rôle : au lieu de protéger l’organisme, ils favorisent la progression du cancer.
Ces macrophages exprimaient des niveaux particulièrement élevés d’un récepteur appelé TREM2. Les patients dont les tumeurs étaient fortement infiltrées par ces macrophages TREM2 répondaient généralement mal à l’immunothérapie et présentaient des taux de survie plus faibles.
Pour contrer ce phénomène, l’équipe a mis au point de nouvelles molécules biologiques dotées d’anticorps capables de neutraliser l’activité de ces macrophages TREM2.
Ces molécules contiennent également des cytokines, des protéines puissantes qui réveillent le système immunitaire et stimulent les cellules tueuses naturelles afin qu’elles s’attaquent à la tumeur. Les chercheurs ont baptisé ces composés MiTE, acronyme de Myeloid targeted immunocytokines and natural killer T cell Enhancers, autrement dit des immunocytokines ciblant les cellules myéloïdes et des activateurs de cellules natural killer et de cellules T.
Les MiTE ont permis de localiser les cellules problématiques et de réactiver la réponse immunitaire au cœur même de la tumeur.
Pour mettre au point ces molécules, les chercheurs se sont appuyés sur des technologies avancées en génomique, en intelligence artificielle, en analyse de mégadonnées et en immunologie synthétique. Ils ont également utilisé la transcriptomique spatiale, une technique qui permet de visualiser l’emplacement des gènes dans chaque tissu et d’identifier ceux qui sont actifs.
« Nous avons découvert que les macrophages porteurs de TREM2 se trouvaient souvent à proximité immédiate de cellules immunitaires tueuses qui semblaient épuisées », a expliqué Michelle von Locquenghien.
Cette compréhension de la « dimension spatiale » a conduit les chercheurs à concevoir des molécules biologiques capables de revitaliser ces cellules tueuses afin qu’elles attaquent la tumeur tout en réduisant les dommages aux tissus sains, a-t-elle indiqué.
Une technique pour cartographier les gènes à l’intérieur des tissus
Les chercheurs ont indiqué que les MiTE avaient entraîné une réduction spectaculaire de tumeurs agressives chez la souris.
« Dans de nombreux cas, les tumeurs ont entièrement disparu », a déclaré Amit.
En testant les MiTE sur des échantillons de tissus de carcinome rénal provenant de patients, les scientifiques ont observé des résultats similaires, notamment une activation immunitaire et la réactivation de cellules immunitaires tueuses.
« Il s’agit d’une invention unique en son genre, qui n’a pas d’équivalent ailleurs », a déclaré Amit.
Les chercheurs prévoient désormais de faire progresser les MiTE vers une application clinique, après avoir évalué leur sécurité à long terme. Ils ont également indiqué qu’ils étudieraient des associations de MiTE avec des traitements existants, notamment la chimiothérapie et la radiothérapie.
Cette approche est « remarquable et innovante », a estimé le Dr Florent Ginhoux, directeur de laboratoire à l’hôpital Gustave Roussy en France, dont les travaux portent également sur les macrophages, l’immunothérapie et les cancers.
Le Dr Ginhoux, qui n’a pas participé à l’étude, a expliqué dans une réponse écrite au Times of Israel que l’approche d’Amit permettait de contourner « l’environnement immunosuppresseur créé par les cellules tumorales et entretenu par les macrophages exprimant TREM2 ».
Reconstruire « tout ce qui est brisé »
L’attaque iranienne contre l’Institut Weizmann a eu lieu pendant la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran en juin.
Immédiatement après la frappe, Amit a expliqué que la première priorité de l’équipe avait été d’évaluer « ce que nous pouvions réellement sauver ».
« Nous avions des échantillons collectés pendant de très nombreuses années et ils avaient pratiquement tous disparu », a-t-il déclaré.
« Nous avons alors commencé à nous dire que nous allions reconstruire tout ce qui avait été détruit, et même l’améliorer. Et c’est ce que nous faisons depuis, en poursuivant toutes nos recherches. »
Au cours du premier mois suivant l’attaque, les chercheurs ont travaillé depuis le département de physique et se déplaçaient en voiturettes de golf pour mener leurs expériences dans différentes parties de l’institut.
« Nous n’avions pas de laboratoire fixe », a-t-il expliqué. « Nous avons désormais quitté l’institut pour nous installer dans le parc scientifique, où nous disposons d’un laboratoire magnifique. Nous sommes encore plus productifs qu’auparavant. »
Amit a indiqué que son équipe de recherche, composée de scientifiques étrangers, était restée en Israël pendant les deux années de guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas. Ce conflit a été déclenché par le pogrom du 7 octobre 2023, au cours duquel des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël, assassinant plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et enlevant 251 personnes qu’ils ont emmenées en otages dans la bande de Gaza.
« Même si Xie vient de Nouvelle-Zélande, Zwicky de Suisse et Locquenghien d’Allemagne, ils sont restés pour mener leurs travaux », a-t-il souligné. « Ils sont restés pleinement engagés à faire progresser la science. »
L’attaque iranienne « a mis à l’épreuve notre passion pour la recherche scientifique », a-t-il déclaré. « Nous avons appris à contourner les obstacles, à les franchir et à les surmonter. Nous avons trouvé la résilience nécessaire et n’avons laissé rien nous arrêter. »
« Ce que nous faisons est essentiel pour l’humanité », a-t-il ajouté. « Tous ces conflits finiront par être résolus. Notre tâche, elle, est de poursuivre une recherche qui serve réellement l’humanité, partout dans le monde. »
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