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Israël prend des mesures pour presser le Hamas de restituer les corps des 24 otages tués

Le poste-frontière de Rafah va rester fermé et l'acheminement de l'aide humanitaire va être limité ; l'identité des 4 corps sans vie d'ores et déjà restitués a été confirmée

Les forces de sécurité israéliennes rendent hommage aux quatre otages dont les dépouilles sont transportées par un convoi arrivant à l'institut médico-légal Abu Kabir à Tel Aviv, le 13 octobre 2025 (Crédit : Dor Pazuelo/Flash90).
Les forces de sécurité israéliennes rendent hommage aux quatre otages dont les dépouilles sont transportées par un convoi arrivant à l'institut médico-légal Abu Kabir à Tel Aviv, le 13 octobre 2025 (Crédit : Dor Pazuelo/Flash90).

Mardi, Israël a décidé de ne pas rouvrir, mercredi, le poste-frontière de Rafah entre la bande de Gaza et l’Égypte – comme l’exigeait l’accord de cessez-le-feu – accusant le Hamas de ne pas avoir respecté son engagement de restituer les corps sans vie de tous les otages décédés encore détenus par les terroristes palestiniens dans la bande de Gaza.

Israël réduirait également l’acheminement des aides à Gaza dans le cadre des sanctions prises contre le groupe terroriste.

Ces mesures font suite à une évaluation des autorités de la Défense israélienne selon laquelle le Hamas n’a pas fait d’efforts significatifs pour restituer les dépouilles des otages qui se trouvent encore au sein de l’enclave.

Les familles des otages, de leur côté, ne cachent pas leur colère et le principal groupe qui les représente exige que la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu soit suspendue jusqu’à ce que leurs proches soient rapatriés pour être dignement inhumés.

La Croix-Rouge a, de son côté, indiqué qu’il faudrait « beaucoup plus de temps » pour récupérer les corps sans vie des 24 otages restants en raison de la situation à Gaza, tandis que Tsahal a annoncé que les experts médico-légaux avaient identifié les quatre otages tués restitués lundi soir par le Hamas .

Selon l’armée, des représentants des autorités militaires ont informé les familles de Guy Illouz, 26 ans, décédé des suites de blessures non soignées en captivité, Bipin Joshi, 23 ans, ressortissant népalais assassiné en captivité, et de deux autres otages dont les noms seront publiés ultérieurement, que les corps des otages avaient été bien été rendus.

Le Hamas avait annoncé lundi avoir restitué les dépouilles de Yossi Sharabi, 53 ans, et du capitaine Daniel Perez, 22 ans, un soldat de l’armée israélienne, en plus de celles d’Illouz et de Joshi.

Les corps sans vie sont revenus en Israël quelques heures après que le Hamas a libéré les 20 derniers otages encore en vie, enlevés lorsque le groupe terroriste a envahi l’État juif, le 7 octobre 2023, ce qui a déclenché la guerre de Gaza.

Sur la base d’informations provenant des services de renseignement, l’armée a expliqué qu’Illouz avait été blessé et kidnappé vivant par des terroristes du Hamas aux abords de Tel Gama, à la frontière de Gaza, où il avait trouvé refuge après le massacre perpétré lors de la rave-party Nova dans la région de Reim, le matin du pogrom du 7 octobre.

Illouz, dont le décès a été confirmé en décembre 2023, est mort en captivité des suites de blessures non soignées subies lors de l’attaque sanglante, a déclaré l’armée israélienne.

Le Forum des familles d’otages et des proches de disparus, qui représente la majorité des familles d’otages, a cité les propos tenus par Maya Regev, une ex-otage, selon lesquels Illouz était inconscient lorsqu’on l’avait enlevé et qu’il était mort de ses blessures à l’hôpital Shifa de Gaza, où on l’avait attaché à un lit pendant une semaine.

Regev avait été conduite dans la chambre d’Illouz 36 heures avant sa mort, selon le Forum, qui a ajouté qu’Illouz lui avait dit que « sa mère était la femme la plus forte du monde et qu’à son retour chez ului, il la serrerait dans ses bras et ne la lâcherait jamais plus ».

En haut, de gauche à droite : Guy Illouz, Yossi Sharabi,En bas, de gauche à droite : Bipin Joshi, Daniel Perez

Originaire de Raanana, dans le centre d’Israël, Illouz était « bien connu de l’industrie musicale pour ses talents de technicien du son au service de nombreux artistes », notamment pour le groupe HaYehudim et pour les célèbres chanteurs israéliens Mati Caspi et Shalom Hanoch, a précisé le Forum. Il laisse derrière lui ses parents, Michel et Doris, ainsi que ses frères et sœurs Uri et Maya.

« Ses proches disent de lui qu’il avait un grand cœur, qu’il ne voulait que le bien des autres et leur bonheur », a ajouté le Forum. « L’énergie de Guy rayonnait d’amour et de respect ».

Joshi, un étudiant népalais en agriculture dont la mort n’avait pas été confirmée par Israël jusqu’à présent, a été, lui, enlevé dans un abri antiaérien du kibboutz Alumim où il s’était réfugié avec d’autres travailleurs agricoles étrangers. L’armée israélienne a fait savoir qu’il a sans doute été assassiné pendant sa captivité lors des tout premiers mois de la guerre.

L’ami népalais de Joshi, Himanchal Kattel, seul survivant du groupe à n’avoir pas été kidnappé, a raconté à l’AFP que les assaillants avaient lancé une grenade dans l’abri – grenade que Joshi avait attrapée et jetée avant qu’elle n’explose, ce qui lui avait sauvé la vie. Joshi et d’autres personnes, principalement des travailleurs agricoles thaïlandais, avaient été emmenés à Gaza après le tir d’une deuxième grenade, qui les avait assommés, explique le site d’information Ynet.

Des voitures brûlées près de l’entrée du kibboutz Alumim, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 9 octobre 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Originaire d’un village situé au pied de l’Himalaya, Joshi était arrivé en Israël quelques semaines avant le pogrom pour y étudier l’agriculture au kibboutz Alumim, a déclaré le Forum, ajoutant qu’il « était immédiatement tombé amoureux d’Israël et qu’il envoyait quotidiennement à sa famille des vidéos de sa nouvelle vie au kibboutz ».

« Il rêvait de développer l’agriculture dans son pays, de continuer à composer des chansons – il était rappeur amateur – et de jouer au football », a ajouté le Forum. Il laisse derrière lui ses parents, Mahananda et Padma, et sa sœur Pushpa.

« Le retour de Guy et Bipin… apporte un certain réconfort aux familles qui ont vécu dans l’incertitude et le doute pendant plus de deux ans », a-t-il continué. « Nous ne cesserons pas nos activités tant que les 24 otages n’auront pas tous été restitués ».

Joshi faisait partie des deux otages dont la mort n’avait pas été confirmée par Israël, mais dont le sort suscitait les plus vives inquiétudes, au niveau des autorités israéliennes.

Lorsque le cessez-le-feu à Gaza a été conclu la semaine dernière, les groupes terroristes de Gaza détenaient les dépouilles de 25 otages dont la mort avait été confirmée par l’armée israélienne après leur enlèvement lors du massacre du 7 octobre, ainsi que celle d’un soldat mort au combat pendant la guerre de Gaza de 2014.

Les 24 otages décédés toujours détenus dans la bande de Gaza, au 14 octobre 2025. Rangée supérieure, de gauche à droite : Uriel Baruch, Ronen Engel, Muhammad Alatrash, Dror Or, Sonthaya Oakkharasri, Tamir Adar. Deuxième rangée, de gauche à droite : Inbar Heiman, le sergent Oz Daniel, le lieutenant Hadar Goldin, Manny Godard, le sergent de première classe Ran Gvili, Sahar Baruch. Troisième rangée, à partir de la gauche : Joshua Mollel, Eitan Levy, le sergent Itay Chen, le colonel Asaf Hamami, Tal Chaimi, Aryeh Zalmanovich. Dernière rangée : Sudthisak Rinthalak, le major Lior Rudaeff, Amiram Cooper, Tamir Nimrodi, Omer Neutra, Eliyahu Margalit. (Crédit : Times of Israel/Autorisation)

Les conclusions finales sur les circonstances de la mort des quatre otages libérés seront rendues publiques une fois que l’institut médico-légal d’Abu Kabir aura terminé son examen, a expliqué Tsahal mardi, en ajoutant que « le Hamas était tenu de respecter l’accord et de faire le nécessaire pour restituer tous les corps sans vie ».

Le Comité international de la Croix-Rouge a fait savoir que la restitution de la totalité des dépouilles des otages tués pourrait prendre des jours, voire des semaines, et qu’il était possible qu’elles ne soient jamais retrouvées.

« C’est un défi encore plus grand que de faire libérer des personnes vivantes. C’est un défi énorme », a commenté mardi le porte-parole du CICR, Christian Cardon. « Je pense qu’il y a clairement un risque que cela prenne beaucoup plus de temps. Ce que nous disons aux parties, c’est que cela doit être leur priorité absolue ».

Il a refusé de donner plus de détails sur l’endroit dans lequel pourraient se trouver les otages décédés, invoquant le caractère sensible de l’opération en cours.

« La mission n’est pas terminée »

Alors que les appels à l’action se multipliaient en Israël, le responsable du gouvernement chargé des otages a promis mardi aux familles des otages que « les pressions sur le Hamas se maintiendraient et s’intensifieraient même afin de hâter le retour des victimes », selon le site d’information Walla.

« Je suis en contact permanent avec nos représentants et j’ai été informé des détails. Cette question est la première de nos priorités », aurait écrit Gal Hirsch. « La mission n’est pas terminée. Nous sommes bien décidés à ne pas nous arrêter tant que tous les otages disparus n’auront pas été retrouvés et qu’ils n’auront pas été ramenés chez eux ». »

Hirsch aurait ajouté que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait abordé la question des otages tués lors d’une réunion à la Knesset, à Jérusalem, lundi, avec le président américain Donald Trump, en visite éclair dans la région après avoir négocié le cessez-le-feu à Gaza.

Le président américain Donald Trump (à gauche) tient la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu et s’entretient avec lui à la Knesset, à Jérusalem, le 13 octobre 2025 (Crédit : SAUL LOEB / POOL / AFP)

Hirsch a également fait remarquer que la question avait été mentionnée par Trump et par le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi lors du sommet de paix de Charm el-Cheikh, auquel le président américain a participé après sa visite en Israël.

Lors d’une réunion entre les deux hommes, qui coprésidaient le sommet, Trump a dit que le Hamas savait dans quelles zones se trouvaient les otages tués, qu’il les recherchait « en collaboration avec Israël » et qu’il « allait en retrouver un certain nombre ». Le chef de l’Etat égyptien a par ailleurs dit qu’il s’efforçait de garantir la mise en œuvre complète de l’accord sur Gaza, en obtenant notamment la restitution de tous les otages décédés et en augmentant les quantités d’aides humanitaires.

Mardi, le média qatari Al Araby a signalé que des équipes égyptiennes se trouvaient à Gaza pour aider à retrouver et extraire les corps sans vie des otages décédés. Il a ajouté que des équipes israéliennes menaient actuellement des consultations avec les autorités égyptiennes pour résoudre le problème.

En application de l’accord de cessez-le-feu, le Hamas est tenu de libérer tous les otages vivants ou morts « en sa possession » ou en possession d’autres groupes terroristes palestiniens, dans les 72 heures suivant le retrait initial de l’armée israélienne de Gaza – un retrait qui s’est achevé vendredi. Le Hamas avait d’ores et déjà déclaré qu’il lui serait impossible de restituer tous les otages tués dans ce délai.

Le document laisse également la possibilité au Hamas, faute de pouvoir récupérer les dépouilles dans les 72 heures prescrites, de transmettre aux médiateurs toutes les informations sur le sort des otages décédés.

Le président américain Donald Trump rencontre le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi lors d’un sommet visant à soutenir la fin de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, qui dure depuis plus de deux ans, après la conclusion d’un accord de cessez-le-feu décisif, le lundi 13 octobre 2025, à Charm el-Cheikh, en Égypte. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Lundi, Yael Adar, la mère de l’otage assassiné Tamir Adar, a accusé son gouvernement d’avoir « trahi » les familles des otages assassinés en ne fixant pas de date limite précise pour la restitution des corps. Elle a également critiqué le président de la Knesset, Amir Ohana, pour avoir retiré son pin’s en faveur des otages avant le discours prononcé par Trump devant le Parlement, lundi, signe pour elle que le président de la Knesset estimait que la question des otages « était réglée ».

Le Forum des familles d’otages et de disparus s’est fait l’écho de cette critique dans sa déclaration de mardi, affirmant que les familles des otages allaient tenir une « réunion d’urgence » ce soir-là « à la lumière de cette violation des termes de l’accord ».

Le Forum a appelé Israël et les médiateurs à « suspendre la mise en œuvre de l’accord » avec le Hamas, le groupe terroriste n’ayant pas restitué tous les otages.

Il a également dénoncé « la tentative du gouvernement israélien de passer sous silence son obligation immédiate de rapatrier les otages après le retour des 20 otages hier » .

L’otage libéré Avinatan Or arrive à l’hôpital Beilinson, à Petah Tikva, le 13 octobre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Tous ceux qui retirent les drapeaux et les pins qu’ils avaient jusque-là au revers de leur costume, tous ceux qui nient leur responsabilité en applaudissant à tout rompre trahissent les valeurs de la moralité juive et violent l’accord », affirme le Forum, dans une allusion au président de la Knesset, Amir Ohana, qui a retiré hier le pin’s qu’il portait en présentant le président américain Donald Trump à la Knesset.

La ministre des Transports, Miri Regev, aurait de surcroît ordonné aux employés du ministère de retirer des routes les drapeaux et affiches des otages.

Le groupe a également lancé un appel à l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, qui a contribué à négocier le cessez-le-feu et l’accord de libération des otages, en lui envoyant une lettre le pressant d’intervenir.

« Ce que nous redoutions est en train de se produire sous nos yeux », ont écrit les membres du Forum. « Seuls quatre otages décédés ont pu rentrer aujourd’hui. Seules quatre familles pourront offrir à leurs proches l’enterrement digne qu’ils méritent et commencer une nouvelle vie. Comment est-ce possible ? Comment pouvons-nous accepter que les autres restent là-bas ? »

« Nous devons veiller à ce que tous les otages restants rentrent chez eux. Nous n’aurons de cesse – et nous savons que vous non plus n’aurez de cesse – d’agir tant que tous les otages ne seront pas rentrés », poursuit la lettre.

« Nous vous demandons de tout mettre en œuvre et de ne négliger aucun détail pour exiger que le Hamas respecte sa part de l’accord et qu’il fasse que tous les otages restants puissent rentrer chez eux », supplient les familles.

« Votre engagement à ne laisser personne derrière résonne encore dans nos cœurs et nous donne la force de continuer. Vos paroles — lorsque vous avez dit que vous seriez prêt à creuser de vos mains pour retrouver nos proches laissés derrière — sont gravées à jamais dans notre mémoire et nous soutiennent dans les moments les plus sombres ».

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