Des organisations juives critiquent la Garde côtière US pour avoir déclassé les croix gammées
La décision apparente de ne plus classer la croix gammée comme "symbole de haine" intervient après que le chef par intérim de l'USCG a affirmé que les informations sur ce changement de politique étaient fausses
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JTA — Après que le Washington Post a rapporté, le mois dernier, que les garde-côtes américains avaient déclassé les croix gammées et les nœuds coulants afin qu’ils ne soient plus considérés comme des symboles de haine, les dirigeants juifs ont fait part de leurs objections.
Le commandant par intérim de la Garde côtière a pour sa part cherché à les rassurer, affirmant que l’article était inexact. Il n’y aurait aucun changement dans la classification de ces symboles, a ainsi déclaré l’amiral Kevin Lunday au rabbin Jonah Dov Pesner dans des e-mails échangés avec le directeur du Centre d’action religieuse de l’Union du mouvement réformé. Lunday a également publié une note de service dans laquelle il donnait explicitement pour instruction de ne pas les modifier.
Des déclarations qui, pendant un certain temps, ont semblé apaiser les craintes. Mais cette semaine, un autre article du Post a révélé que la Garde côtière avait en fait discrètement procédé à ce changement. L’insigne nazi et le nœud coulant, symbole étroitement associé aux lynchages, étaient désormais qualifiés de « potentielle source de division », et non plus de symboles de haine. Une règle codifiée lundi dans le manuel actualisé de la Garde côtière sur le harcèlement au travail.
Aujourd’hui, les groupes juifs s’expriment à nouveau. Et ils sont furieux.
« Je suis indigné, tout autant que perplexe, quant à la manière dont ce changement de politique a pu se produire sous votre mandat », a écrit Pesner dans une lettre ouverte adressée à Lunday et consultée par la Jewish Telegraphic Agency.
L’amiral, a souligné le rabbin, lui avait assuré que « la croix gammée a toujours été et reste un symbole de haine, interdit dans la Garde côtière ». Pesner, toutefois, dit douter désormais de la sincérité de cet échange.
« Est-ce que votre réponse initiale était un mensonge éhonté ? », a demandé Pesner. « L’USCG s’est-elle, le mois dernier, soudainement découvert une affinité pour les symboles sous lesquels des millions de personnes ont été assassinées, réduites en esclavage, opprimées ou autrement déshumanisées ? Y a-t-il une autre justification à cette nouvelle politique ? »
« Les dommages que l’USGC s’est elle-même infligés et qu’elle à causés aux États-Unis en adoptant cette nouvelle politique sont énormes », a-t-il conclu.
Dans une lettre ouverte adressée jeudi à Lunday, les dirigeants de l’association Jewish War Veterans of the United States of America ont fait part de la « profonde déception » du groupe face à ce revirement apparent de politique.
« La Garde côtière doit clairement prendre ses responsabilités », a écrit Scott Stevens, commandant national du groupe, dans le courrier consulté par la JTA.
Les Jewish War Veterans avaient auparavant posé « quatre questions » à Lunday, dans le but d’obtenir plus d’informations sur la manière dont la politique relative à la croix gammée avait été modifiée. Selon Stevens, le groupe n’a jamais reçu de réponse. Dans une interview, Stevens a exprimé sa surprise et son inquiétude.
« Aujourd’hui, plusieurs semaines plus tard, nous sommes revenus à notre indignation initiale », a-t-il fait savoir à la JTA. « Tout cela n’a aucun sens. S’agit-il d’un mauvais recrutement ? Était-ce intentionnel ? Que se passe-t-il exactement dans ce bureau ? »
Si Lunday n’était réellement pas au courant du changement de politique, a ajouté Stevens, « alors il ne devrait pas être commandant ».
Le Conseil des relations communautaires juives de la région de Washington a également exprimé son indignation. « Qualifier le symbole nazi de la croix gammée et les nœuds coulants de ‘potentiellement source de division’ laisse entendre qu’il existe un contexte dans lequel leur utilisation est appropriée », a fait valoir Ron Halber, PDG du groupe, dans un communiqué. « Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Peu de symboles ont jamais véhiculé aussi clairement la haine. »
L’Anti-Defamation League a quant à elle fait part de son extrême lassitude, écrivant sur le réseau social X : « Et c’est reparti pour un tour. »
Au Sénat, Chuck Schumer, le leader de la minorité, lui-même juif, a pour sa part établi un lien entre les actions de la Garde côtière et l’attaque terroriste perpétrée en Australie durant le week-end, à l’occasion de la fête de Hanoukka.
« Il y a tout juste quatre jours, ainsi que je l’ai mentionné, 15 Juifs ont été massacrés de sang-froid », a déclaré Schumer mercredi. « Et au lendemain de ce massacre, l’administration Trump a choisi d’assouplir sa position à l’égard des nazis et des croix gammées. Pouvez-vous croire une chose pareille ? Peut-on encore tomber plus bas ? »
Schumer a également qualifié ce revirement de politique de « position ‘attentiste’ décrétée par une note de service », faisant référence aux remarques de Trump à l’adresse du groupe d’extrême droite des Proud Boys lors de sa campagne de réélection, en 2020.
Plus important encore, une collègue juive de Schumer a pris des mesures immédiates afin de sanctionner Lunday.
Mercredi soir, la sénatrice Jacky Rosen s’est joint à la sénatrice Tammy Duckworth, une démocrate et ancienne militaire, qui n’est pas juive, pour suspendre la nomination de Lunday à la tête de la Garde côtière, invoquant la politique relative à la croix gammée. La candidature de Lunday au poste de commandant permanent doit obtenir la confirmation du Sénat ; un vote complet est prévu cette semaine.
« D’après ces dernières informations, il semble que l’amiral Lunday et la Garde côtière soient revenus sur leur engagement à énoncer clairement leur position à l’égard des croix gammées et des nœuds coulants et qu’ils aient, au contraire, mis en œuvre une politique minimisant la gravité de ces symboles de haine », a écrit Rosen sur le réseau social X. Après la publication du dernier article du Post, a-t-elle affirmé, la Garde côtière avait commencé à « éluder nos questions et à refuser de répondre clairement ».
« L’amiral Lunday semble être revenu sur l’engagement qu’il avait pris envers moi de lutter contre l’antisémitisme et les crimes de haine, ainsi que de protéger tous les membres de la Garde côtière. Je vais donc suspendre sa nomination jusqu’à ce que la Garde côtière fournisse des réponses », a poursuivi Rosen.
Plusieurs républicains ont également exprimé leurs inquiétudes sur la nomination de Lunday après ces revirements concernant la qualification des croix gammées.
Classer les croix gammées et les nœuds coulants dans la catégorie « potentiellement source de division » plutôt que dans celle des symboles de haine signifie que la Garde côtière ne serait pas en capacité de les retirer immédiatement si un membre du service était surpris en train d’utiliser ces symboles.
Les garde-côtes sont supervisés par le département de la Sécurité intérieure, dont les comptes sur les réseaux sociaux ont été accusés, sous l’ère Trump, de tweeter des messages antisémites à double sens. Tout en reconnaissant la montée de l’antisémitisme, une porte-parole du DHS a accusé Rosen et d’autres de tenter de marquer des « points politiques faciles ».
« À un moment où la menace de violence antisémite est aussi répandue qu’aujourd’hui, utiliser ce prétexte pour politiser l’une des nominations militaires du président Trump est tout simplement révoltant », a déclaré la porte-parole Tricia McLaughlin au Post.
Mercredi soir, le compte officiel de la Garde côtière sur le réseau X a de nouveau démenti les informations du Post, affirmant : « La Garde côtière applique une politique de tolérance zéro envers les symboles de haine, les idéologies extrémistes et tout comportement qui porte atteinte à nos valeurs fondamentales. »
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