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Analyse

Désarmement du Hezbollah: après des semaines d’avertissements, Israël se montre prêt à passer à l’action

Soutenue par les États-Unis, l'armée israélienne a appuyé ses menaces par sa puissance de feu en frappant dimanche un terroriste de premier plan ; le Hezbollah ne devrait pas riposter, mais il ne renoncera pas non plus à ses armes

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des personnes se rassemblent pour observer les décombres après une frappe militaire israélienne ciblée sur un immeuble résidentiel dans le quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 23 novembre 2025. (Crédit : Ibrahim AMRO / AFP)
Des personnes se rassemblent pour observer les décombres après une frappe militaire israélienne ciblée sur un immeuble résidentiel dans le quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 23 novembre 2025. (Crédit : Ibrahim AMRO / AFP)

La frappe spectaculaire qui a été effectuée dimanche par l’armée israélienne et qui a pris pour cible Haytham Ali Tabatabai, le chef d’état-major de facto du Hezbollah, aux abords de Beyrouth, n’est pas une surprise.

Cet assassinat a fait suite à une série de mises en garde qui ont été lancées par Jérusalem et par Washington – qui avaient averti que Tsahal intensifierait sa campagne aérienne si le Liban ne prenait pas des mesures beaucoup plus rapides pour garantir le désarmement du groupe terroriste chiite.

Au début du mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait explicitement fait savoir qu’Israël ferait tout ce qui s’avérerait être nécessaire pour empêcher le Hezbollah de se réarmer, après que le groupe terroriste a été profondément affaibli lors de ses combats avec l’État juif, l’année dernière.

« Nous attendons du gouvernement libanais qu’il respecte ses engagements – des engagements qui consistent à désarmer le Hezbollah. Mais il est clairement établi que nous exercerons notre droit à l’autodéfense tel qu’il est stipulé dans les termes du cessez-le-feu », a déclaré le Premier ministre. « Nous ne laisserons pas le Liban devenir un nouveau théâtre de guerre pour nous, et nous ferons le nécessaire pour nous en assurer ».

Un haut responsable de l’armée israélienne a récemment dit devant les caméras de la chaîne d’information N12 que le renforcement des attaques aériennes, ces dernières semaines, avait été « un avant-goût » de ce qui attendait le Liban si le pays n’intensifiait pas sa campagne de désarmement.

« Si l’armée libanaise ne désarme pas le Hezbollah et ne satisfait pas aux exigences du cessez-le-feu », a indiqué l’officier, « Israël, avec le soutien des États-Unis, attaquera les cibles du Hezbollah à travers tout le Liban, y compris à Beyrouth ».

Des terroristes du Hezbollah effectuent un exercice d’entraînement dans le village d’Aaramta, dans le district de Jezzine, au sud du Liban, le 21 mai 2023. (Crédit : AP/Hassan Ammar/Fichier)

Dimanche, Israël a semblé mettre ses menaces à exécution, tuant le numéro deux du Hezbollah – et aggravant des tensions qui ne faisaient déjà que croître – apparemment avec la bénédiction de Washington.

Si Israël et les États-Unis ont des divergences importantes sur le sujet de Gaza, ils semblent être d’accord en ce qui concerne le Liban. Les deux pays reconnaissent que les effets dissuasifs de la défaite militaire du Hezbollah, l’année dernière, commencent à s’estomper et que, pour éviter un nouveau conflit, le gouvernement libanais comme le groupe chiite doivent prendre au sérieux la possibilité d’une opération militaire israélienne de grande envergure.

Un haut responsable américain a déclaré dimanche à la chaîne d’information N12 que les États-Unis étaient « satisfaits de l’élimination du numéro deux du Hezbollah ».

« Nous pensons que c’est une chose merveilleuse. Yalla, mazal tov, mabrouk », a commenté le responsable.

Haytham Ali Tabatabai, chef militaire du Hezbollah, sur une affiche diffusée par le groupe terroriste après sa mort le 23 novembre 2025. (Bureau des médias du Hezbollah)

Après la fin des combats, au mois de novembre 2024, Tabatabai avait été officiellement nommé chef d’état-major militaire du groupe terroriste, a fait savoir Tsahal.

« C’est lui qui a pris la tête des nouveaux efforts livrés par le groupe terroriste en matière de réarmement », a dit Netanyahu dans la journée de dimanche.

« Israël ne permettra pas au Hezbollah de reconstruire sa puissance », a-t-il souligné. « J’attends du gouvernement libanais qu’il respecte son engagement à désarmer le Hezbollah ».

Pas tout à fait désarmé

Israël bombarde des cibles du Hezbollah depuis le cessez-le-feu qui avait été conclu au mois de novembre 2024, avec pour objectif de mettre un terme aux menaces imminentes susceptibles de planer sur l’État juif et de réduire davantage les stocks d’armes du groupe.

Selon les termes de l’accord de cessez-le-feu signé en 2024 – il avait suivi des combats qui avaient éclaté le 8 octobre 2023, des hostilités qui s’étaient transformées en guerre totale un an plus tard – le Hezbollah est dans l’obligation de quitter le sud du Liban. Il doit y être remplacé par l’armée libanaise.

« Les forces militaires et de sécurité officielles du Liban, leurs infrastructures et leurs armements seront les seuls groupes armés, avec leurs armes et avec leurs matériels connexes, à être stationnés dans le secteur situé au sud du Litani », précise l’accord de cessez-le-feu.

Une photo de la presse de l’armée libanaise montre le général Joseph Aoun (à droite), commandant des forces armées libanaises, avec l’envoyé spécial américain Amos Hochstein, en ses bureaux à Yarze, à l’est de Beyrouth, le 6 janvier 2025. (Lebanese Army Press Office / AFP)

Israël a également reçu une « lettre d’accompagnement » qui contient des garanties de la part des États-Unis. Dans cette lettre, Washington affirme et entre dans le détail du droit à l’autodéfense d’Israël face à de nouvelles menaces.

Le président pro-occidental du Liban, Joseph Aoun, a été mis au défi de trouver des moyens de désarmer le Hezbollah sans trop pousser dans ses retranchements le puissant groupe terroriste qui est soutenu par l’Iran – ce qui pourrait entraîner le risque d’une guerre civile.

Vendredi, Aoun a indiqué que le monopole de l’État sur les armes était inévitable et il a exhorté une commission chargée de superviser le cessez-le-feu entre l’État juif et le Hezbollah à veiller à ce que l’armée libanaise soit la seule présence armée stationnée dans le sud du pays.

Au mois d’août, son gouvernement avait demandé aux forces militaires d’élaborer un plan visant à éradiquer les armes qui échappent au contrôle de l’État d’ici la fin de l’année. Au mois de septembre, leur commandant, Rodolphe Haykal, a finalement présenté un plan de désarmement en cinq phases avec, pour commencer, le lancement d’une opération de trois mois au sud du fleuve Litani, la partie du pays qui longe la frontière israélienne.

Des partisans du Hezbollah posant près d’une rampe de lancement de missiles détruitz à la suite d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entré en vigueur le 27 novembre 2024, à Kfar Tebnit, au Liban. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Ce n’est pas que l’armée n’a pas travaillé sur cette mission. Elle a est parvenue à retirer au groupe terroriste près de 10 000 roquettes, près de 400 missiles et plus de 205 000 fragments d’engins qui n’avaient pas explosé au cours des douze derniers mois, selon le Commandement central américain.

L’armée libanaise a fait exploser un si grand nombre de caches d’armes du Hezbollah qu’elle est dorénavant à court d’explosifs, ont récemment confié des sources à l’agence Reuters.

Mais cette campagne ne devrait pas résoudre le problème des armes du Hezbollah. Les Forces armées libanaises n’ont mené des opérations qu’au sud du Litani, et il est difficile d’affirmer que la campagne se poursuivra plus au nord, là où sont stockées les armes stratégiques du Hezbollah.

Le Hezbollah a envoyé, au mois de novembre, une lettre à Aoun, au Premier ministre Nawaf Salaf et au président du Parlement Nabih Berri, où il a dénoncé les potentielles négociations avec Israël et où il a affirmé que le désarmement au nord du Litani « n’était pas stipulé dans la déclaration de cessez-le-feu et il ne peut en aucun cas être accepté ou imposé ».

Même dans le sud, il est difficile de dire ce que l’armée a détruit très exactement, cette dernière ne diffusant aucune image et ne transmettant aucun rapport détaillé sur ses raids.

De son côté, le Hezbollah lui-même assure qu’il ne désarmera pas. Le secrétaire général du groupe terroriste, Naim Qassem, a accusé le gouvernement Aoun de « servir le projet israélien » et il a proféré des menaces (peu subtiles) de guerre civile – une menace à prendre au sérieux dans un pays qui se remet encore de son dernier conflit interne.

Le chef du Hezbollah, Naim Qassem, s’adresse à ses partisans à travers un écran lors d’une allocution télévisée prononcée lors d’une cérémonie marquant le premier anniversaire de l’assassinat par Israël du leader historique du groupe, Hassan Nasrallah, dans le sud du Liban, le 27 septembre 2025. (Crédit : Mahmoud Zayyat/AFP)

Non seulement le Hezbollah refuse de renoncer à ses stocks actuels, mais il semble également tenter de reconstituer ses réserves avec une grande énergie.

Le Hezbollah « reconstruit son armement et ses rangs décimés », notamment en reconstituant ses stocks de roquettes, de missiles antichars et d’artillerie, a récemment rapporté le Wall Street Journal.

Le Hezbollah va-t-il réagir ?

La question est maintenant de savoir si l’élimination de Tabatabai signifie qu’Israël est à l’aube d’une escalade significative au Liban.

Tout dépendra de la réaction du Hezbollah, en réalité. Le groupe terroriste s’est montré étonnamment passif face à une année d’attaques israéliennes, perdant plus de 300 combattants depuis la signature du cessez-le-feu. Le Hezbollah n’a pas non plus réagi aux frappes dévastatrices lancées par Israël qui ont pris pour cible les programmes nucléaires et balistiques iraniens, au mois de juin dernier.

Des secouristes recherchent des survivants sur les lieux d’une frappe aérienne israélienne contre un immeuble résidentiel dans la banlieue sud de Beyrouth, le 23 novembre 2025. (Crédit : AFP)

Au vu de la tiédeur des réactions du groupe, dimanche – quand il a fait savoir qu’il « coordonnerait » une réponse avec le gouvernement libanais — il ne semble pas que le Hezbollah ait décidé que le moment était venu de changer son calcul.

Mais à un moment donné, la nécessité de sauver la face obligera probablement la milice chiite à réagir d’une manière ou d’une autre.

Israël pourrait encore élargir sa campagne et lancer une vaste vague de bombardements si aucun changement ne devait être constaté dans le comportement du gouvernement libanais. L’État juif ne fait pas face à des menaces dissuasives de la part de l’Iran ou de Gaza, et il semble bénéficier d’une légitimité suffisante aux yeux du président américain Donald Trump pour se permettre de prendre une telle initiative.

Le pape Léon XIV donne sa bénédiction, aux côtés du cardinal Mario Grech (à gauche) et de l’évêque Luis Marin de San Martin (à droite), après avoir participé au Synode des équipes et des organes participatifs dans la salle Paul VI au Vatican, le 24 octobre 2025. (Crédit : Filippo MONTEFORTE / AFP)

Le déplacement prévu au Liban, la semaine prochaine, du pape Léon XIV est probablement le seul facteur majeur qui retient actuellement Israël.

Une campagne de bombardements susceptible d’entraîner des souffrances chez les civils avant la visite du souverain pontife serait un désastre en termes de relations publiques pour Israël en Occident.

Elle pourrait également saper le soutien à Israël dans les cercles de Trump, qui comptent un nombre important de catholiques conservateurs dans le cadre de son second mandat.

Mais même le souverain pontife n’a pas le pouvoir d’arrêter les déclarations grandiloquentes qui émanent aujourd’hui de Jérusalem.

« Israël est déterminé à agir pour atteindre ses objectifs, en tout lieu et à tout moment », a affirmé Netanyahu, dimanche.

« Nous continuerons à agir avec force pour prévenir toute menace contre les habitants du nord et contre l’État d’Israël », a assuré le ministre de la Défense, Israel Katz, après la frappe. « Quiconque lève la main contre Israël verra cette main coupée ».

Katz a ajouté que lui-même et Netanyahu étaient « déterminés à poursuivre la politique d’application maximale au Liban et partout ailleurs ».

Mannie Fabian a contribué à cet article.

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