Deux Israélo-Américains détenus pour « espionnage » en Égypte et au Liban tissent un lien unique
Dan Brotman, récemment libéré du Liban, se lie d’amitié avec Ilan Grapel, accusé d’espionnage en Égypte en 2011 ; ensemble ils fondent un duo atypique
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En mai, Dan Brotman, citoyen à la double nationalité israélienne et américaine, remettait son passeport américain à un agent du poste-frontière libanais de Masnaa, à la frontière avec la Syrie, s’attendant à un passage sans encombre. Mais lorsque l’agent a conservé son passeport un long moment tout en scrutant son écran d’ordinateur, il a commencé à s’inquiéter.
L’officier a ensuite conduit Brotman dans un bureau à l’arrière, où il lui a annoncé qu’il était « suspendu ». Son téléphone et ses appareils électroniques ont été confisqués, puis il a été placé dans une cellule insalubre.
Par la fenêtre, le guide du groupe lui a fait savoir que les autres voyageurs avaient reçu l’ordre de partir et que lui serait transféré à Beyrouth. Un soldat libanais lui a alors crié qu’il était un « soldat israélien », raconte Brotman.
« À partir de ce moment-là, je me suis retrouvé complètement seul », a-t-il confié récemment au Times of Israel.
Brotman a passé six jours en captivité au Liban. Privé de nourriture et d’informations, soumis à des interrogatoires, il n’a pas pu se laver malgré la chaleur étouffante locale. Il dormait menotté.
Après sa libération, il souffrait d’un état de stress post-traumatique (TSPT) et a ressenti un besoin urgent de parler à quelqu’un. C’est ainsi qu’il a pris contact avec Ilan Grapel, un autre Israélo-Américain emprisonné en Égypte plus de dix ans auparavant. Brotman a trouvé ses coordonnées sur Internet et lui a envoyé un email.
« Je lui ai écrit quelque chose comme : ‘Tu ne vas pas le croire, mais il m’est arrivé quelque chose de très similaire à ce qui t’est arrivé. Je viens de sortir et j’ai vraiment besoin de parler à quelqu’un’ », raconte Brotman.
Les deux hommes ont commencé à échanger par téléphone et ont tissé un lien fondé sur leur expérience commune.
« La première chose que je lui ai conseillée, c’est d’être prêt », se souvient Grapel. « Il faut être capable de raconter son histoire et de le faire de manière rationnelle. »
Des globe-trotters détenus dans des pays arabes
Le Times of Israel s’est entretenu avec Brotman et Grapel par visioconférence juste avant leur première rencontre en personne à Toronto, où ils ont pris la parole dans un centre communautaire juif local pour évoquer leur captivité.
Brotman, 38 ans, a grandi dans le Massachusetts et s’est installé en Israël à 18 ans. Il y est resté trois ans, a servi dans le corps d’éducation de Tsahal et a obtenu la citoyenneté israélienne. Il a ensuite vécu 11 ans en Afrique du Sud, où il a travaillé pour des organisations juives et liées à Israël, et a cofondé une agence de voyages éducatifs.
Grand voyageur, il a parcouru le monde, y compris dans des pays hostiles à Israël, grâce à son passeport américain. Animé par le désir de voir et de comprendre des lieux généralement interdits d’accès, il s’est rendu notamment en Iran, en Afghanistan et en Corée du Nord.
Grapel possède lui aussi la double nationalité israélienne et américaine. Il est originaire de New York, et est lui aussi un grand voyageur. Il a été arrêté en Égypte en 2011, à l’âge de 27 ans. Les Égyptiens l’ont accusé d’espionnage, sans preuve, une accusation qu’Israël a catégoriquement rejetée. Pour obtenir sa libération, Israël a relâché 25 Égyptiens détenus dans ses prisons, pour la plupart des passeurs. Grapel, qui travaillait alors comme bénévole pour une agence d’aide aux réfugiés, a été emprisonné près de cinq mois.
Après l’appel de Brotman, Grapel lui a conseillé de se préparer à une « réaction négative du public israélien », où certains estimaient que les deux voyageurs s’étaient mis en danger au détriment des intérêts d’Israël. Grapel lui a dit qu’il devait « expliquer calmement ce que nous faisions dans ces endroits ».
« Au début, ce qui a été très difficile, c’était les réactions négatives de la part de certaines personnes, qui me disaient en substance : ‘Ton histoire ne mérite pas d’être racontée. Tu l’as bien cherché.’ En gros, on blâmait la victime. ‘Tu as été imprudent, irresponsable’ », a déclaré Brotman.
« Grapel m’a préparé à toutes les réactions négatives que je pourrais recevoir, que ce soit de la part de la presse, de mes amis ou même de simples connaissances », a-t-il ajouté.
Grapel, aujourd’hui âgé de 42 ans, lui a également conseillé d’adopter une attitude optimiste, en se concentrant sur le fait qu’ils auraient pu être emprisonnés bien plus longtemps.
« Le passage de la détention à la prise de conscience de ce qui aurait pu être, dans nos deux cas, une longue peine d’emprisonnement, puis la redécouverte soudaine de la liberté, la possibilité de l’apprécier et de se réadapter au monde réel », a expliqué Grapel.
Un journal intime caché dans une cellule semblable à un donjon
Le Times of Israel a recueilli les détails de la captivité de Brotman à partir de son propre témoignage, notamment d’un journal qu’il a tenu pendant son emprisonnement, à l’insu de ses ravisseurs.
Le département d’État américain a confirmé que Brotman avait été détenu au Liban en mai. L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a indiqué qu’elle n’avait « aucune autre information à fournir », et l’ambassade du Liban à Washington n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.
« Nous prenons très au sérieux notre engagement à aider les citoyens américains à l’étranger et à leur fournir une assistance consulaire », a déclaré un porte-parole du département d’État au Times of Israel. « Les États-Unis prennent très au sérieux toutes les allégations de mauvais traitements infligés à des citoyens américains dans des prisons et des centres de détention à l’étranger. »
Pendant sa captivité, Brotman a raconté que les enquêteurs libanais l’avaient interrogé sur son service militaire et lui avaient affirmé qu’Israël était un État terroriste.
Il a été arrêté au Liban après avoir franchi la frontière à la suite d’un voyage en Syrie. Il participait à un circuit de huit jours en Syrie avec un groupe international composé principalement d’Américains et d’Européens.
Brotman s’était déjà rendu deux fois au Liban auparavant. Il a expliqué que, lors de ces précédentes visites, il avait rencontré des civils qui « n’étaient pas anti-Israël ».
« Tous disaient vouloir la paix avec Israël. En fait, ils avaient plutôt une attitude bienveillante envers le pays. Pour moi, cela a été un véritable choc d’être détenu par le gouvernement et d’entendre dire que je venais d’un État terroriste », a-t-il déclaré.
Dans son journal, Brotman a écrit qu’il avait été transféré dans plusieurs cellules de détention, dont l’une était recouverte d’excréments séchés au sol et dépourvue de lumière naturelle. Une autre, entièrement en béton, froide et sans couverture, ressemblait à un « donjon ». Il y a noté qu’à un moment donné, il a entendu un homme hurler tandis que des gardes tiraient à blanc sur lui, avant d’entendre les gifles s’abattre sur un autre prisonnier. L’une de ses cellules était équipée d’une télévision qui lui a permis de voir des images de la libération de l’otage du Hamas Edan Alexander et des dessins animés Tom et Jerry.
Les expériences des deux voyageurs ont divergé sur certains points et convergé sur d’autres.
L’affaire Grapel avait fait la une de l’actualité internationale : il avait bénéficié du soutien de responsables politiques israéliens et américains, et avait été détenu bien plus longtemps que Brotman, dont la captivité est passée presque inaperçue et n’a suscité aucun appui public d’élus. Grapel a été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers, tandis que Brotman ignore toujours pourquoi il a été relâché.
Brotman et Grapel ont tous deux déclaré que l’aspect le plus éprouvant de leur détention avait été l’isolement. Les « deux meilleures semaines » de Grapel ont été au début, lorsque les interrogatoires lui ont permis d’avoir des conversations avec ses ravisseurs, de boire du thé et du café et d’obtenir des informations des procureurs.
« Mais ensuite, j’ai passé trois mois et demi, quatre mois sans parler à personne ou presque. C’est vraiment ce qu’il y a eu de plus dur », a-t-il déclaré.
Brotman a expliqué qu’après son arrestation, il ignorait si quelqu’un, à l’extérieur, était au courant de sa situation.
« Je ne savais tout simplement pas qui savait ce qui se passait ni si des gens se battaient pour moi », a-t-il confié.
Il a ajouté que ses ravisseurs lui avaient menti à plusieurs reprises au sujet de sa libération, apparemment pour le garder calme.
« Ils disaient n’importe quoi », a-t-il raconté. « ’Tu prends l’avion ce soir.’ Puis la nuit tombait, et ils me disaient : ‘Oh non, tu ne pars pas ce soir’. Je ne pouvais faire confiance à personne, je n’avais pas d’avocat fiable, et tous les jours on racontait une nouvelle histoire. »
Grapel confie que, si la thérapie ne lui a pas été d’un grand secours, le fait de raconter son histoire s’est révélé profondément libérateur.
« Je lui ai dit que le simple fait de parler à des gens qui écoutent vraiment, ça peut aider », a expliqué Grapel.
Grapel a ajouté que les effets de sa captivité s’étaient estompés au fil des 14 années écoulées depuis sa libération, tandis que Brotman continue, lui, à souffrir de flashbacks.
« Je pense tous les jours à ce qui m’est arrivé. Parfois, cela me réveille au milieu de la nuit », a-t-il confié.
À la recherche de réponses
Brotman affirme avoir reçu peu de soutien de la part du gouvernement américain, n’avoir reçu aucune information depuis sa libération et ne pas avoir été contacté par les autorités israéliennes. Il dit également que des responsables libanais l’ont menacé de représailles s’il s’exprimait publiquement.
Il cherche aujourd’hui à comprendre ce qui s’est passé en coulisses pendant sa détention : les raisons de son arrestation, le manque de soutien diplomatique et les motifs de sa libération. Avec l’aide du Lawfare Project, un groupe américain de défense juridique juif, il a déposé une plainte auprès du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Ce dernier devrait demander au Liban des éclaircissements sur l’incident, et Brotman attend toujours une réponse.
Brotman soupçonne un informateur d’avoir révélé ses antécédents au gouvernement libanais avant qu’il ne rentre dans le pays depuis la Syrie. Il figure sur un site web appelé « Find IDF Soldiers » (Trouvez des soldats de l’armée israélienne) qui cible les anciens combattants de Tsahal au Canada. Des pages archivées montrent que sa fiche est apparue sur le site en mai, à peu près au moment de sa détention.
Pendant son emprisonnement, il a dit avoir aperçu, sur le bureau d’un interrogateur, un document imprimé en anglais et en arabe. Il estime que s’il s’était agi d’un document interne libanais, il aurait été rédigé uniquement en arabe. Brotman, qui documente habituellement ses voyages sur les réseaux sociaux, a précisé n’avoir rien publié concernant son déplacement au Liban et en Syrie.
« Je pense que le gouvernement américain sait ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.
Il espère également que le fait de rendre son histoire publique permettra de renforcer la protection des Juifs américains possédant la double nationalité israélienne lorsqu’ils voyagent dans des pays comme le Liban.
Brotman vit désormais à Montréal, où il travaille dans une entreprise spécialisée dans l’obtention de seconds passeports – un emploi qui lui convient parfaitement, lui qui détient déjà les nationalités américaine, israélienne et sud-africaine, et qui est en voie d’obtenir la citoyenneté canadienne.
Grapel enseigne aujourd’hui dans une école juive à Orlando, en Floride.
Brotman a déclaré que les deux hommes souhaitent désormais partager leur histoire avec le public américain. Ils ont commencé à contacter des organisations juives et non juives aux États-Unis afin d’organiser d’autres rencontres et témoignages communs.
Depuis leur libération, Brotman et Grapel ont repris leurs voyages à travers le monde, bien qu’ils choisissent désormais leurs destinations avec plus de prudence.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a conseillé à Grapel d’éviter de se rendre dans le monde arabe, mais, dit-il, « mon envie de voyager m’a attiré en Amérique du Sud ». Il a appris l’espagnol et a vécu en Colombie puis au Panama.
« Pour l’instant, je vais m’en tenir aux endroits où nous sommes autorisés à aller », a-t-il déclaré.
Brotman, de son côté, a récemment visité son centième pays, le Pérou, et prévoit d’en visiter six autres en décembre. Il exclut toutefois tout État pratiquant ce qu’il appelle la « diplomatie des otages », comme le Venezuela et la Russie, ainsi que les pays arabes interdisant l’entrée aux Israéliens.
« Je continue à voyager à travers le monde », a-t-il conclu.
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