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Du nouveau à Rikers Island : un livre de prières juives pour les fidèles incarcérés

Peut-être le premier du genre, le recueil « The Very Narrow Bridge : A Rikers Island Siddur » entend répondre aux besoins d'un lectorat aussi divers que la population carcérale

« The Very Narrow Bridge » est un livre de prières conçu pour les personnes incarcérées à Rikers Island, la prison de New York uniquement accessible par un pont. (Photo d'Andrew Lichtenstein/Corbis via Getty Images via la JTA)
« The Very Narrow Bridge » est un livre de prières conçu pour les personnes incarcérées à Rikers Island, la prison de New York uniquement accessible par un pont. (Photo d'Andrew Lichtenstein/Corbis via Getty Images via la JTA)

JTA — Lorsque certains fidèles de la rabbin Mia Simring se sont autoproclamés The Very Narrow Bridge Congregation [NDLT :Congrégation du Pont Très Étroit], ils ne faisaient pas uniquement allusion à la chanson en hébreu « Gesher Tsar Meod » ou à l’enseignement du rabbin Nachman de Breslev auquel elle renvoie.

Ils faisaient également allusion à leur statut de détenus à Rikers Island, la plus grande prison de New York.

« Tout le monde, là-bas, sait qu’un pont très étroit les sépare du reste de leur vie », commente Simring.

Alors, quand est venu le temps de donner un titre au nouveau siddour de la prison – peut-être le tout premier livre de prières juives expressément conçu pour un établissement correctionnel – le nom s’est imposé de lui-même. « The Very Narrow Bridge : A Rikers Island Siddur » est entré en service cet été.

Unique en son genre, ce siddour offre en couverture des couleurs vives, un texte en gras et un mélange de prières en hébreu, anglais, russe et ladino, ainsi que des méditations sur la guérison et le rétablissement et des poèmes de personnes actuellement ou anciennement détenues à Rikers.

Il remplace ce que le collègue de Simring, le rabbin Gabriel Kretzmer-Seed, qualifie de « ramassis de photocopies pour la prière » que les deux aumôniers juifs du département des services correctionnels ont longtemps bricolés pour tenter de répondre aux besoins émotionnels et spirituels de leurs fidèles.

Le nouveau livre de prières a été inauguré à deux reprises en juin : lors d’une cérémonie à Rikers à laquelle assistait le premier chef adjoint du DOC, Francis Torres, puis lors du lancement de la publication à la synagogue centrale de Manhattan, à quelques kilomètres de la prison – tout un monde -. Cette prison, qui abrite plus de 7 000 personnes, est sur le point d’être mise sous administration fédérale en raison de son mauvais état général.

Sur cette photo d’archive du 16 mars 2011, une clôture de sécurité entoure le logement des détenus de l’établissement correctionnel de Rikers Island à New York. (AP Photo/Bebeto Matthews, dossier)

Des représentants de la New York Jewish Coalition for Criminal Justice Reform, l’ONG à l’origine du projet, et de ses bailleurs de fonds, dont le JCRC-NY, la Fondation Revson, le Conseil des rabbins de New York et la Central Synagogue, étaient présents. Tous sont bien conscients de la difficulté de créer un livre de prières capable de répondre aux attentes des Juifs, des curieux d’en apprendre plus sur le judaïsme et des non Juifs qui assistent aux offices à Rikers.

Selon Kretzmer-Seed, l’idée du projet siddour remonte à 2022, lorsque Rachel Lissy, alors directrice de la coalition, et le rabbin Bob Kaplan, du JCRC-NY, se sont rendus à Rikers et ont assisté à un service de prière.

« Cette visite a été un catalyseur », explique Kretzmer-Seed en rappelant que cela a débouché sur un partenariat entre les aumôniers et la coalition et contribué à renforcer les services de prière en faisant venir d’autres bénévoles de « l’extérieur ».

Pour Lissy, ce qui ressort à l’époque, c’est l’état des trousses de prière.

(De gauche à droite) Le rabbin Mia Simring, le rabbin Hilly Haber et le rabbin Gabriel Kretzmer-Seed célèbrent le lancement d’un livre de prières de Rikers Island à la synagogue centrale, le 11 juin 2025, à New York. (Avec l’aimable autorisation de la Coalition juive de New York pour la réforme de la justice pénale via la JTA)

« Ces feuilles étaient superflues et jetables », commente Lissy en ajoutant que cela avait des conséquences sur les fidèles de Rikers : « Leur dignité spirituelle était mise de côté. »

Ce qui l’a convaincue de plaider en faveur de la rédaction d’un livre de prières plus substantiel pour les services de la prison.

Les aumôniers avaient eu du mal à trouver un livre de prières standard susceptible de répondre aux besoins on ne peut plus divers de leurs fidèles, dont la plupart sont peu familiers des pratiques juives.

Bien qu’il existe d’autres organisations juives qui travaillent avec des Juifs incarcérés, la plupart utilisent des livres de prières traditionnels ou orthodoxes, œuvres d’éditeurs tels que Chabad ou Artscroll. L’un d’entre eux, l’Institut Aleph, affilié à Habad, a déclaré dans un communiqué que le nouveau siddour de Rikers était le signe d’une plus grande attention portée à cette partie de la population juive.

« Nous sommes au courant du projet de siddour pour Rikers dirigé par la New York Jewish Criminal Justice Coalition, dont nous sommes fiers d’être récemment devenus membres, et nous sommes heureux de voir d’autres organisations juives soutenir une population trop souvent négligée », a déclaré le groupe.

C’est ainsi qu’a commencé un projet d’une durée d’un an, guidé par le successeur de Lissy, Cynthia Johnson, pour développer un livre de prières capable de servir de ressource spirituelle stable et permanente et d’honorer la dignité de ceux qui sont « en exil » au sein du vaste système carcéral de Rikers.

L’idée était notamment de s’affranchir des lignes confessionnelles. Simring est un rabbin conservateur et Kretzmer-Seed, orthodoxe.

Le rabbin Gabriel Kretzmer-Seed, à droite, parle avec des bénévoles de son travail d’aumônier juif à Rikers. (Département des services correctionnels de New York)

Kretzmer-Seed ajoute que ce siddour a aussi vocation à créer une ressource qui « reconnaisse non seulement la diversité de notre origine, en notre qualité de rabbin, mais aussi celle de nos congrégations au sein de nos communautés ».

Les aumôniers étaient d’emblée d’accord pour reprendre dans ce siddour des éléments essentiels de la liturgie juive, comme le Shema ou Ashrei, mais ils voulaient aussi inclure des prières spéciales qui leur paraissaient importantes.

Pour Simring, par exemple, il était important de faire une place aux bénédictions matinales quotidiennes qui expriment la gratitude tout autant qu’à une prière pour ceux qui sortent de désintoxication, qui ont vécu un traumatisme, qui arrivent en prison ou qui se préparent à en sortir.

Kretzmer-Seed s’est, lui, montré très attaché à l’intégration de psaumes de la prière du Hallel et d’une prière hispano-portugaise pour les prisonniers, écrite pour les victimes de l’Inquisition espagnole.

« Gabe et moi avons chacun nos priorités, nos textes qui nous paraissent importants, mais nous avons fait en sorte de créer un service qui parle à tout le monde, quelle que soit leur situation », explique Simring.

Elle ajoute que le siddour est le porte-drapeau de cette intention, attentive à la diversité des fidèles.

« Ce siddour est à la fois important et accessible à un large public – des orthodoxes aux laïcs, des personnes des communautés juives insulaires aux Juifs non affiliés – susceptible même de parler aux personnes qui ont vécu près de communautés juives, à celles qui découvrent le judaïsme ou qui rencontrent des Juifs pour la première fois », poursuit-elle

Un homme tient une feuille pour l’étude de la Torah, à Rikers Island. (Département des services correctionnels de New York)

Ce qui fait de ce siddour de Rikers un objet unique en son genre, c’est aussi l’inclusion d’écrits d’autres religions, de la main de ceux qui se sont tournés vers le judaïsme lors de leur séjour sur l’île.

L’une des œuvres du poète Miguel Martinez, un ancien détenu, « Extraits d’une lettre », figure en bonne place dans le livre de prières. Écrit alors qu’il était à Rikers, ce poème explique que la solitude s’est estompée lorsqu’il s’est rapproché de figures de la Bible. « Je n’ai jamais été seul », écrit-il. « Je suis avec David, Saül, Abraham, Lot et le Tout-Puissant, à chaque instant. »

Comme Martinez l’a dit à la foule lors du lancement du siddour à la synagogue centrale, il était sur le chemin de l’autodestruction lorsqu’il a trouvé une bouée de sauvetage, à Rikers, grâce aux aumôniers et à son immersion dans le judaïsme. Depuis qu’il est sorti de prison, il assiste à des offices juifs et est sur la voie de la conversion.

« La transformation que j’ai vécue n’est rien de moins que miraculeuse, un témoignage de la puissance du judaïsme et de la compassion inébranlable de ceux qui vivent ses valeurs », a déclaré Martinez.

« C’est pourquoi je me suis senti obligé de contribuer à ce siddour juif et d’y ajouter une page qui reflète le profond changement qui s’est opéré en moi », a-t-il ajouté. « J’espère qu’il servira de phare et de relais de pensée positive, pour inspirer ceux qui tourneront ses pages, en hommage à l’incroyable capacité de renouvellement que nous avons en chacun de nous. »

Au-delà de l’originalité de ce qui le compose, ce siddour tranche avec les autres par son utilisation des couleurs – bleu, violet et autres teintes riches qui se superposent sur des textes en ancien hébreu. L’utilisation de couleurs vives et d’images naturelles est voulue, expliquent les aumôniers, décidée en concertation avec Johnson et la conceptrice de livres de prières, Rachel Jackson.

Kretzmer-Seed signale que l’idée est d’avoir « le plus de couleurs possibles, en un lieu qui en manque souvent, tout comme la lumière ».

Rachel Jackson, scribe et conceptrice de livres de prières, écrit une Megillat Esther, ou Livre d’Esther, sur cette photo de 2017. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Daniel Jackson)

Jackson – relieuse, artiste, calligraphe et membre d’une petite cohorte de femmes scribes de la Torah – se dit heureuse d’avoir eu la chance de créer un bel objet rituel pour les personnes qui n’ont pas accès à la richesse du monde extérieur.

« L’apparence des choses, en particulier dans les rituels et les prières, peut avoir un grand effet sur… l’état d’esprit des personnes », explique-t-elle en précisant puiser son inspiration dans des prières tirées de livres de prières du début du siècle et hérités de ses arrière-grands-parents.

« C’est quelque chose de spécial de créer ce qui, espérons-le, sera une oasis au milieu d’un endroit très difficile. »

Pour Kretzmer-Seed et Simring, la beauté de ce nouveau siddour est par ailleurs une sorte de cadeau pour les fidèles, qui n’ont que peu d’objets personnels.

« Il ne faut pas sous-estimer la valeur que peut prendre un objet beau et coloré », conclut Simring, « et que l’on peut tenir entre ses mains. »

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