Écarté de la mairie, le bras droit juif de Mamdani envisage le Congrès
Le progressiste Brad Lander envisage de défier le centriste Dan Goldman dans une course largement axée sur Israël, que le premier a récemment commencé à accuser de "génocide"
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JTA — En septembre, lorsque Brad Lander et Zohran Mamdani ont été conjointement honorés durant un événement organisé par la gauche juive, l’alliance des deux hommes politiques était au centre de la soirée.
Lander, qui quelques mois plus tôt avait soutenu Mamdani aux primaires démocrates, a affirmé être « fier d’être juif pour Zohran » dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion du gala Mazal, organisé par le groupe Jews for Racial and Economic Justice. Les deux hommes se donné une accolade sur scène quand la comédienne Ilana Glazer les a présentés. L’ambiance était à la fête – même si certains rappelaient prudemment que les élections générales restaient encore à remporter.
Près de deux mois plus tard, Mamdani a remporté les élections, répondant ainsi aux attentes. Lander a assisté à sa soirée électorale, célébrant la défaite d’Andrew Cuomo avec un t-shirt orné de l’inscription « Good f***ing riddance » (Bon débarras).
Son avenir dans la nouvelle organisation de la ville restait néanmoins incertain. Selon certaines informations, Lander a cherché à obtenir un poste de haut niveau dans la mairie de Mamdani, mais ce dernier, pour son équipe de direction, a recruté d’autres personnes, abandonnant Lander sur la touche alors que son mandat de contrôleur financier prend fin le mois prochain. Aujourd’hui, Lander semble envisager de se présenter au Congrès dans sa circonscription – un choix qui pourrait donner lieu à une configuration rare : celle où un progressiste juif défierait un centriste juif.
« Je ne ferai pas les gros titres ce soir », a averti Lander avec un sourire durant un événement organisé mercredi soir pour Standing Together, une organisation œuvrant pour la paix entre Israéliens et Palestiniens. À l’issue de l’événement, nombre de ses soutiens sont venus le saluer. Beaucoup d’entre eux se sont dits prêts à faire campagne et à voter pour lui s’il décidait de se présenter au Congrès.
« Il existe de nombreuses façons de servir, et j’aurai plus à dire sur celles que j’envisage pour l’avenir », a indiqué Lander dans une interview après l’événement.
La semaine dernière, Lander a expliqué au Crain’s New York Business qu’il « envisageait très sérieusement » de se présenter contre le représentant américain Dan Goldman, dans la 10e circonscription électorale de New York, pour les primaires démocrates des élections de mi-mandat prévues l’an prochain. D’après un sondage réalisé le mois dernier, il aurait de fortes chances de l’emporter.
La question d’Israël serait probablement très importante en cas de face à face entre Lander et Goldman. Lander se décrit lui-même comme un sioniste libéral. Ses critiques à l’égard d’Israël se sont intensifiées depuis qu’il s’est allié à Mamdani, antisioniste de longue date. Goldman, quant à lui, est un modéré qui n’a pas apporté son soutien lors de l’élection générale au poste de maire, affirmant sa « forte inquiétude au sujet de certaines déclarations de Zohran Mamdani » et son souhait de voir Mamdani condamner « la violence au nom de l’opposition à Israël et de l’antisionisme ».
Mamdani a exhorté Lander à se présenter contre Goldman lors de la conversation même durant laquelle il lui avait dit qu’il ne l’embaucherait pas à la mairie, a rapporté le New York Times vendredi.
La 10e circonscription électorale couvre le quartier de Lower Manhattan, ainsi que certaines parties de l’ouest et du centre de Brooklyn, où Lander a effectué trois mandats au sein du conseil municipal. Si Lower Manhattan s’est montré plus divisé lors de l’élection générale, la majorité des quartiers de la circonscription situés à Brooklyn ont pour leur part voté massivement pour Mamdani. La circonscription inclut également une partie de Borough Park, un quartier à l’importante population juive orthodoxe qui a fortement soutenu le candidat centriste à la mairie, Andrew Cuomo.
Les milieux progressistes souhaitent par ailleurs que Goldman soit remplacé en 2026 par un candidat plus aligné avec leurs opinions politiques. Des tracts « Dump Dan » (Virez Dan) ont d’ailleurs été distribués aux personnes qui faisaient la queue pour assister à l’événement organisé mercredi avec Lander, dans une église de Brooklyn Heights située dans le district.
« J’aimerais beaucoup voir Brad au Congrès », a déclaré Arlene Geiger, fondatrice et coordinatrice de l’Upper West Side Action Group, qui a apporté son soutien à Lander lors des primaires démocrates à la mairie.
« Lander est progressiste, et Dan Goldman est très lié à l’AIPAC », a-t-elle ajouté, faisant référence au lobby israélien considéré comme de plus en plus toxique par les démocrates. « Je n’apprécie pas du tout sa position sur le Moyen-Orient. Il est plutôt centriste. »
Le groupe de Geiger est basé en dehors du district. Elle a toutefois indiqué, au cours d’une interview, qu’il « serait heureux de travailler » pour la campagne de Lander si ce dernier décidait de défier Goldman.
Selon un sondage réalisé par Data for Progress en septembre auprès des électeurs de la 10e circonscription électorale, dans une course à deux opposant Goldman et Lander, c’est ce dernier qui l’emporterait, avec 52 % des voix contre 33 %.
Le stratège démocrate Trip Yang a toutefois conseillé de ne pas s’emballer, soulignant le « peu d’importance » des sondages réalisés très longtemps avant une élection, et rappelant que les candidats sortants disposent d’un avantage. De plus, a-t-il fait valoir, la conseillère municipale Alexa Aviles qui, selon certaines informations, serait également intéressée par le siège, pourrait constituer un obstacle pour Lander.
« À bien des égards, Alexa Aviles a un potentiel plus élevé que Brad Lander en tant que candidate au Congrès », a expliqué Yang, ajoutant que 20 % de la population de la circonscription est latino-américaine, et qu’Aviles bénéficierait probablement du soutien des Socialistes démocrates d’Amérique, un appui qui lui donnerait davantage « l’empreinte Zohran ».
Au départ, le parti DSA s’était en privé engagé à ne soutenir aucun des adversaires hypothétiques de Lander. Mais, après que Lander a attendu l’éventuel poste qu’il pensait obtenir sous Mamdani, le parti a voté pour soutenir Aviles, qui en est une membre de longue date, a fait savoir vendredi le New York Times, ajoutant que, selon plusieurs sources, Mamdani avait dit qu’il appuierait Lander. Des manœuvres seraient en cours au sein du groupe de gauche, dont le maire élu est l’un des membres les plus éminents, afin d’éviter la scission progressiste qui a permis à Goldman de remporter le siège en 2022.
Déjà connu en tant que directeur financier de la ville, Lander a lui-même acquis « l’empreinte Zohran » en s’associant étroitement, depuis le mois de juin, au grand favori de la course à la mairie. Ses récentes manifestations contre l’ICE, qui lui ont valu d’être arrêté par des agents fédéraux devant un tribunal de l’immigration, ont également contribué à la notoriété de Lander.
Lander, après avoir terminé troisième lors des primaires à vote préférentiel, s’est activement investi en faveur de Mamdani tout au long de la campagne en vue des élections générales, afin de contribuer une deuxième fois à la défaite de Cuomo.
« J’étais fier d’agir. J’ai été fier tout au long de la campagne pour les élections générales, de travailler avec lui, à ses côtés », a expliqué Lander cette semaine, indiquant qu’il « continuerait à travailler en étroite collaboration » avec Mamdani afin d’atteindre ses objectifs de campagne.
Lander, tout au long de l’élection, s’est efforcé d’apaiser les inquiétudes de nombreux New-Yorkais juifs au sujet de la position de Mamdani sur Israël, notamment son soutien au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Lander a cherché à renforcer l’engagement de Mamdani en faveur de la sécurité des New-Yorkais juifs, insistant sur l’implication du socialiste démocrate auprès des communautés juives.
Pour les offices de Rosh HaShana, Lander a emmené Mamdani à la synagogue progressiste Kolot Chayeinu, dont il est membre. Il a accompagné le maire élu – alors candidat – aux offices de Kol Nidre dans une autre congrégation progressiste.
Il a fait l’éloge de Mamdani chez les Mazal. « Avoir un maire issu de l’immigration musulmane avec une vision réellement inclusive — et un sourire brillant — nous offre une chance de renforcer ce qui est, pour beaucoup d’entre nous, si profondément juif dans cette ville », a affirmé Lander. « C’est pour cette raison que je suis fier d’être un Juif pour Zohran. »
Pour ses détracteurs, les efforts de Lander ont uniquement servi à « casheriser » l’antisémitisme durant une période où les réactions violentes provoquées par la guerre à Gaza ont conduit les Juifs à se sentir en insécurité et isolés, et où les attaques anti-juives ont augmenté.
« Lander s’inscrit dans le cadre plus large de l’effondrement de l’establishment politico-juif new-yorkais, qui a contraint les Juifs à se faire représenter par des politiciens non juifs qui, inévitablement, s’entendent dire qu’ils feraient mieux de s’occuper de leurs affaires lorsqu’ils critiquent l’antisémitisme », a écrit en juin le commentateur conservateur Seth Mandel dans Commentary. « Lander a joué un rôle important dans cet effondrement, en servant, en quelque sorte, de sherpa aux antisémites en pleine ascension. »
À mesure de l’avancée de la campagne électorale, Lander a semblé se rapprocher des positions de Mamdani, commençant même à utiliser le terme « génocide » pour décrire l’offensive militaire menée par Israël à Gaza lors d’un office de Yom Kippour en octobre. Un terme qu’il s’était auparavant abstenu de prononcer.
Pour expliquer ce changement de terminologie, Lander a évoqué des conversations avec sa fille, qui avait lu Raphael Lemkin — le survivant de la Shoah qui a inventé le terme « génocide » — dans le cadre d’un cours à l’université.
« Elle avait beaucoup lu Lemkin et elle m’en a parlé. Elle m’a poussé assez fort », a-t-il raconté. « Nous avons eu de nombreux échanges, des débats animés. Nous ne sommes pas si différents de beaucoup d’autres familles, avec des parents sionistes libéraux et des enfants plus à gauche. »
« On peut continuer à être un sioniste libéral qui croit en la vision d’Israël comme un État juif et démocratique, tout en faisant preuve d’honnêteté sur ce qu’Israël a fait aux Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie », a-t-il poursuivi.
Pour convaincre les électeurs juifs de voter pour Mamdani, Lander s’est adressé à des groupes tels que l’Upper West Side Action Group, qui l’avait soutenu lors des primaires, répondant également aux questions sur Mamdani posées par un public majoritairement juif.
Pour Geiger, la coordinatrice du groupe, le soutien de Lander avait contribué à renforcer le soutien à Mamdani parmi ceux de leurs électeurs qui étaient indécis en raison de la position du candidat sur Israël ainsi que du manque d’expérience dans l’exécutif de ce membre de l’Assemblée âgé de 34 ans.
« Je suis convaincue que certains ont été influencés par le soutien de Brad, parce qu’ils l’apprécient et qu’ils le connaissent », a estimé Geiger, qui est elle-même juive.
D’après Yang, le soutien de Lander a contribué à renforcer l’attrait de Mamdani. « Je ne sais pas si Zohran aurait obtenu une marge de victoire aussi importante si Brad Lander n’avait pas été là », a-t-il déclaré. « Il faut en attribuer le mérite à Brad. »
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