En hommage à leurs amis morts au combat, des soldats reconstruisent un kibboutz à la frontière libanaise
La guerre contre le Hezbollah a détruit 75 % des bâtiments du kibboutz Manara et seule 40 % de sa population est revenue ; 10 nouveaux venus, récemment démobilisés, entreprennent de lui rendre la vie
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MANARA – Plusiers jeunes adultes âgés d’une vingtaine d’années ont décidé d’unir leurs forces pour reconstruire le kibboutz Manara, situé à la frontière nord avec le Liban.
Cette petite communauté a vu 75 % de ses bâtiments et de ses infrastructures détruits par les roquettes et drones explosifs utilisés par le Hezbollah pendant la guerre de 14 mois qui a opposé Israël à cette organisation terroriste soutenue par l’Iran. Les 260 habitants du kibboutz font d’ailleurs partie des 60 000 Israéliens originaires de 43 communautés du nord, évacués par ordre du gouvernement pendant la guerre.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 27 novembre 2024, ils sont près de 40 % à être revenus à Manara.
Ancien soldat de l’unité Egoz, originaire de Zippori, Uriel Weintrub, 23 ans, a perdu cinq de ses camarades au combat contre le Hezbollah, dans le sud-Liban en octobre 2024. Il est aussi à l’origine de l’initiative Shuvu Manara (Retour à Manara), main dans la main avec son ami Almog Levanon, 23 ans, de Raanana, pour ramener cette communauté meurtrie à la vie.
Il estime que le fait de reconstruire ce kibboutz est une façon de rendre hommage à ses camarades morts au combat.
« Nous sommes là pour déplacer des machines à laver, installer des étagères, garder les enfants », explique Weintrub, mardi matin, au milieu du petit-déjeuner qu’il partage avec des membres de son groupe composé de 10 personnes – aucun d’entre eux n’est originaire de Manara.
Ils vivent ensemble dans un bâtiment du kibboutz endommagé pendant la guerre et remis en état par leurs soins. Ils y dorment à trois par chambre, un peu comme dans un dortoir. Le salon et la salle à manger sont meublés de canapés récupérés et de chaises dépareillées ; leurs équipements militaires sont soigneusement rangés tout près de la porte.
La nuit, le groupe monte la garde, précise Levanon, et le jour, il remet en état le kibboutz. Ensemble, ils ont d’ores et déjà réparé la bibliothèque, ouvert un petit pub et ils restaurent en ce moment-même un ancien pressoir, lequel sera la pièce maîtresse d’un jardin.
« Nous faisons partie du kibboutz : nous souhaitons nous y installer », confie Levanon. « Si quelqu’un a besoin de quelque chose, nous sommes là. Nous voulons faire revenir les habitants. »
L’armée israélienne estime que les victoires remportées sur le Hezbollah depuis le cessez-le-feu pourraient forcer le groupe terroriste libanais à déposer les armes.
Les forces dirigées par le Hezbollah ont attaqué des communautés et des postes militaires israéliens au moyen d’un déluge de roquettes et de drones à partir du 8 octobre 2023, officiellement en solidarité avec le Hamas, auteur d’un pogrom dans le sud d’Israël la veille.
Une fois la direction du Hezbollah décimée, l’Armée de l’Air israélienne a mené d’intenses frappes aériennes et Tsahal, une campagne terrestre dans le sud-Liban, qui a abouti à un cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024.
Environ 74 % des Israéliens déplacés du nord sont aujourd’hui rentrés chez eux.
Il y a deux semaines, devant un parterre de journalistes que le chef sortant du Commandement nord de Tsahal, le général de division Ori Gordin, a indiqué que les menaces du Hezbollah étaient « très éloignées et qu’il n’y avait aucun risque immédiat dans la zone frontalière, que ce soit les communautés ou leurs habitants ».
L’armée israélienne a toutefois décider de rester sur place en cinq points du sud-Liban, non loin de la frontière, de façon à déjouer toute tentative d’attaque contre Israël.
Des dégâts un peu partout dans le kibboutz
Fondé en 1943, le kibboutz se dresse au sommet du Mont Ramim, le plus haut sommet de la frontière libanaise. Aux abords de ce kibboutz pastoral, on ne compte plus les dégâts et aujourd’hui, les remises en état.
Récemment, Ido Shelem, 64 ans et directeur financier du kibboutz, a emmené un journaliste du Times of Israel voir une école maternelle totalement détruite par la guerre.
« Elle rouvrira le 1er septembre prochain avec un nouvel abri anti-aérien directement accessible depuis la crèche », dit avec confiance Shelem, alors même que tous les enfants ne seront pas au rendez-vous.
Lui qui s’attend à ce que 60 à 70 % des habitants des kibboutz reviennent d’ici le 31 décembre prochain estime que la remise en état du kibboutz est une priorité nationale.
« Manara veut dire phare en arabe », rappelle Shelem. « Nous pensons que c’est un symbole pour le nord, quelque chose qui dépasse la politique. Les lumières de Manara peuvent être vues par les gens au Liban et en Syrie. Nous ne les laisserons pas s’éteindre. »
Shelem explique qu’après avoir été évacuée tout au long des 14 mois de guerre, la communauté est « traumatisée ».
« Les gens ont vécu dans une telle incertitude pendant la guerre », poursuit-il. « Ils sont revenus au kibboutz, mais ils ont perdu leur énergie. Ces jeunes les « rechargent et leur redonnent l’espoir. C’est tout bonnement magique. »
« Pas vraiment d’endroit pour que les enfants puissent jouer »
Lors des 14 mois de guerre, Esti et Tal Rosenberg, habitants de Manara, ont été séparés. Tal est resté à Manara et a fait partie de l’équipe d’intervention d’urgence tandis qu’Esti et leurs quatre enfants, âgés de 5 à 16 ans, ont été évacués et ont vécu dans trois endroits différents.
« Quand nous sommes rentrés en avril, tout était en ruines », confie Esti, qui dirige les programmes éducatifs informels à Manara, toujours en cours de réorganisation. « Il n’y a rien de mieux que d’être chez soi. Mais c’est compliqué parce qu’il n’y a pas vraiment d’endroit pour que les enfants puissent jouer. »
Elle précise que leur famille vit dans le kibboutz depuis 2015. Ils sont restés pendant la guerre de 12 jours contre l’Iran, lequel a tiré plus de 500 missiles balistiques et plus d’un millier de drones sur Israël.
La famille n’a pas de mamad et à chaque alerte, il leur a fallu transporter leur fils de cinq ans, qui est sur le spectre de l’autisme, jusqu’à l’abri anti-aérien tout proche.
« Il a appris l’anglais sur YouTube et n’arrêtait pas de dire : « I’m scared, Mommy, I’m scared [NDLT : J’ai peur, maman, j’ai peur] », confie Esti. Elle dit qu’il va mieux parce qu’il n’y a pas eu de sirènes depuis un bon moment.
Avec son mari, elle a accepté de poser pour le Times of Israël sur les marches de leur maison, avec une vue à couper le souffle sur le Liban, au loin.
« Avant le 7 octobre, je n’avais jamais eu peur », assure Esti. « Nous n’aurions jamais pensé que nous serions attaqués. Nous nous bercions d’illusions. »
Elle ajoute que malgré les difficultés, deux familles sont revenues la veille et que les gens « reviennent peu à peu ».
« Nous acceptons de nouvelles familles », conclut-elle. « Nous sommes optimistes : nous reconstruirons le kibboutz. Oui, il y a résolument de l’espoir. »
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