En première ligne face aux frappes iraniennes, les Emirats durcissent le ton
"Les Émirats veulent que cette guerre se termine, mais ils veulent aussi s'assurer qu'elle se termine correctement", a souligné Anna Jacobs, de l'Institut des États arabes du Golfe
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

En première ligne face aux frappes de représailles iraniennes, les Émirats arabes unis adoptent un ton plus offensif à l’égard de Téhéran, se démarquant ainsi de leurs voisins du Golfe.
Comme les autres États pétroliers de la région, Abou Dhabi s’est retrouvé au cœur d’un conflit qu’il avait cherché à éviter et qu’il a tout intérêt à voir se terminer. Mais pas dans n’importe quelles conditions, soulignent des analystes.
Alors que l’administration américaine dit discuter avec l’Iran, l’ambassadeur émirati à Washington a clairement énoncé cette semaine la position de son pays : « Un simple cessez-le-feu n’est pas suffisant. Nous avons besoin d’un résultat concluant », a écrit Yousef Al Otaiba dans une tribune du Wall Street Journal.
« Il faut faire davantage pour éliminer les menaces liées aux missiles et aux drones [iraniens]. Nous sommes prêts à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert », a-t-il ajouté.
Cette prise de position marque un durcissement par rapport au ton mesuré de la plupart des diplomates du Golfe, qui se contentaient jusqu’à présent d’appeler à une désescalade.
Confiance
Proche allié des États-Unis et l’un des deux seuls États du Golfe à avoir normalisé ses relations avec Israël en 2020, les Émirats arabes unis ont été la principale cible des missiles et des drones lancés par Téhéran depuis le 28 février, faisant huit morts parmi les civils.
« Pour eux, c’est donc très personnel et très dangereux », souligne Anna Jacobs, de l’Institut des États arabes du Golfe, basé à Washington.
« Les Émirats veulent que cette guerre se termine, mais ils veulent aussi s’assurer qu’elle se termine correctement. »
Au-delà du blocage du détroit d’Ormuz, qui perturbe les exportations d’hydrocarbures et les chaînes d’approvisionnement de toute la région, ces attaques ont affecté l’image du pays et la confiance sur laquelle repose une partie de son économie, plus tournée vers les affaires, le commerce et le tourisme que celle de ses voisins.
« Maintenant que le mal est fait, ils ne souhaitent pas que la guerre se termine en queue de poisson […], et qu’ils soient de nouveau soumis, dans quelques mois, à des chantages, à des pressions, à une poursuite de la confrontation avec l’Iran », souligne Karim Bitar, chercheur associé à l’IRIS.
Les Émirats arabes unis ont toujours entretenu des relations complexes avec l’Iran, marquées par un différend territorial concernant des îles stratégiques situées à l’entrée du détroit d’Ormuz (Abou Moussa, la Grande et la Petite Tomb), mais aussi par d’importants liens économiques.
« Faucons de la région »
Avant ce conflit, ils étaient déjà considérés comme les « faucons de la région », poussant la coopération avec Israël et intervenant dans plusieurs pays, notamment le Yémen et le Soudan, ce qui a irrité le grand voisin saoudien, chef de file du Conseil de coopération du Golfe (CCG), rappelle Bitar.
« Il y avait une sorte de clivage entre, d’un côté, Israël et les Émirats arabes unis, qui étaient dans une logique de remodelage de l’ensemble du Moyen-Orient […], et, de l’autre, un rapprochement entre l’Arabie saoudite et la Turquie, des puissances plutôt attachées à la stabilité et à l’ordre existant », explique-t-il, ajoutant que la guerre avait simplement mis en sourdine la rivalité entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
La semaine dernière, les Émirats arabes unis et Bahreïn étaient les deux seuls États du Golfe à avoir signé un communiqué d’une trentaine de pays se disant « prêts à contribuer » aux efforts pour sécuriser le détroit d’Ormuz.
Selon Andreas Krieg, du King’s College de Londres, les Émirats n’ont toutefois pas les moyens de peser militairement dans le conflit et cherchent surtout à montrer à leur population « qu’ils ne restent pas les bras croisés ».
Ce discours leur permet également de séduire les néoconservateurs du Parti républicain à Washington, mais il risque « d’exacerber davantage les tensions avec les Iraniens », prévient-il.
« Abou Dhabi sait probablement que l’isolement de l’Iran à long terme n’est pas la bonne stratégie », dit Anna Jacobs. Même affaibli, le pays a montré à quel point il pouvait menacer la sécurité régionale, la sécurité maritime et l’économie mondiale.
la Communauté du Times of Israël !







