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En Seine-Saint-Denis, un parcours artistique pour faire revivre les lieux de la déportation

Aux manettes, l'artiste Chemsedine Herriche s'est appuyé sur les messages retrouvés sur l'ensemble des cinq sites : ceux gravés dans les murs à Drancy ou au fort de Romainville, mais aussi ceux jetés depuis les trains quittant les gares de déportation

Une installation artistique reprenant des inscriptions gravées par des prisonniers juifs dans les plâtres des murs de la Cité de la Muette à Drancy : ""Vive la France", "Parti pour une destination inconnue", "Au revoir, et à après la guerre", entre autres. (Capture d'écran/X)
Une installation artistique reprenant des inscriptions gravées par des prisonniers juifs dans les plâtres des murs de la Cité de la Muette à Drancy : ""Vive la France", "Parti pour une destination inconnue", "Au revoir, et à après la guerre", entre autres. (Capture d'écran/X)

Du camp d’internement de Drancy au fort de Romainville en passant par la gare de déportation de Bobigny, la Seine-Saint-Denis abrite des lieux emblématiques de la Seconde Guerre mondiale mis en valeur à partir de dimanche dans un parcours artistique et mémoriel.

Le graffiti occupe tout le pignon de l’un des bâtiments de la Cité de la Muette à Drancy, face au Mémorial de la Shoah. D’un bleu profond à la base, il s’éclaircit en atteignant le toit.

Comme des déchirures dans cette page bleue, des messages surgissent: « Vive la France », « Parti pour une destination inconnue », « Au revoir, et à après la guerre ». Des reproductions au format XXL des inscriptions gravées dans le plâtre des murs de la Cité de la Muette par des prisonniers juifs avant leur déportation.

S’ils sont aujourd’hui habités par des familles, ces bâtiments en forme de U ont été, à partir de mars 1942, le camp de rassemblement et de transit des Juifs de France.

D’ici, à quelques kilomètres à l’est de Paris, 67 000 personnes ont été déportées, principalement vers le camp d’Auschwitz-Birkenau.

« On est vraiment sur ce qu’on appelle un haut lieu de la mémoire nationale, un lieu majeur de la Shoah en France », explique Benoît Pouvreau, chargé d’inventaire du patrimoine culturel en Seine-Saint-Denis.

Le département compte quatre autres lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale: le fort de Romainville (camp d’internement puis de transit pour les résistants) et les gares de Bobigny, Pantin et du Bourget, d’où sont partis 66 convois pour les camps de la mort.

« L’origine de ce projet s’inscrit dans une ambition de mettre en place un grand projet de mémoire en réseau (…) pour faire connaître ces sites au grand public », détaille Morten Salling, chef de projet « Art Espace Public ».

Une installation artistique reprenant des inscriptions gravées par des prisonniers juifs à l’ancienne gare de déportation du Bourget. (Capture d’écran/X)

Destins brisés

Aux manettes, l’artiste Chemsedine Herriche s’est appuyé sur les messages retrouvés sur l’ensemble des cinq sites : ceux gravés dans les murs à Drancy ou au fort de Romainville, mais aussi ceux jetés depuis les trains quittant les gares de déportation.

« Le fait de savoir ce que les familles ont vécu, ressenti à ce moment-là, c’est très touchant et je me suis dit que si moi ça me touchait en tant qu’humain de notre époque, ça allait servir à retransmettre (en partant) de l’histoire intime pour amener à l’histoire globale », explique à l’AFP Chemsedine Herriche devant l’un de ces graffitis.

A Bobigny, le long de la quatre-voies, apparaît un graffiti jaune et vert en haut d’un mât sur le site de l’ancienne gare de déportation, dont les fenêtres sont aujourd’hui murées.

On peut y voir la reproduction du portrait d’une jeune fille dessiné à la main, par un Juif déporté, à côté du message « étoile filante ».

Après la guerre, ce lieu industriel et ferroviaire a progressivement été oublié avant d’être redécouvert comme lieu de mémoire au début des années 90.

Autre site longtemps oublié: le fort de Romainville et son « carré des fusillés » sur lequel trônent trois oeuvres couleur bronze de Chemsedine Herriche.

Situé sur la commune des Lilas, le fort de type Vauban a accueilli des milliers de résistants, dont de nombreuses femmes, qui étaient mis à l’isolement avant d’être fusillés au Mont-Valérien ou déportés dans des camps.

Ici, l’artiste a aussi utilisé des dizaines de messages gravés sur les murs du Stalag 17 par les prisonniers, témoins de leur passage, de leur peur, de leur espoir et de leur combat.

Autant de destins brisés que le parcours « Outre-Nuit » permet de découvrir et de lire au fil des graffitis.

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