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En temps de guerre, les musées qui disposent d’abris continuent de dispenser la culture

Les institutions culturelles dotées d'abris permettent à un petit nombre de curieux, courageux et autorisés par le Commandement du front intérieur, de voir des expositions sur fond de tirs de missiles iraniens qui interrompent parfois les visites

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Une famille est venue visiter le musée de la Tour de David pendant la guerre entre les États-Unis et Israël contre l'Iran, en mars 2026 (Autorisation)
Une famille est venue visiter le musée de la Tour de David pendant la guerre entre les États-Unis et Israël contre l'Iran, en mars 2026 (Autorisation)

Lorsque la guerre américano-israélienne contre le régime iranien a commencé, le 28 février dernier, et que les Israéliens ont dû se réfugier dans leur mamad ou leur abri anti-aérien pour échapper au déluge de projectiles iraniens, les musées ont immédiatement fermé leurs portes, conformément à l’interdiction des rassemblements prise par le Commandement militaire du front intérieur.

Mais au bout de quelques jours, de petits musées ont pu rouvrir leurs portes à un maximum de 50 personnes, sous réserve de disposer d’abris appropriés pour que leurs visiteurs.

« Une fois pris conscience que cela ne durerait pas qu’un jour ou deux, nous avons réfléchi aux besoins de la population et à ce que nous pouvions faire » explique Risa Levitt, directrice exécutive du Musée des Pays de la Bible, à Jérusalem.

Levitt et son équipe avaient fait des recherches sur le rôle des institutions culturelles dans la réduction du stress et l’aide aux personnes souffrant de troubles de stress post-traumatique et d’autres traumatismes.

« J’ai proposé d »Ouvrir en tant qu’espace de foi’ », poursuit Levitt, qui s’est installée en Israël en janvier 2023. Originaire de San Diego, elle enseignait la Bible hébraïque et le judaïsme à l’Université d’État de San Diego, où elle était par ailleurs directrice du programme d’études juives.

Le musée des Pays de la Bible, avec ses deux abris anti-bombes en sous-sol et son programme familial du samedi, déjà bien rôdé, a l’habitude de divertir petits et grands

Activités familiales au musée des Pays de la Bible en pleine guerre américano-israélienne contre l’Iran, en 2026 (Autorisation)

« Nous nous sommes dits que nous pourrions accueillir 50 personnes maximum autour d’une activité, histoire de sortir de chez soi et d’évoluer dans une ambiance détendue, tout en faisant quelque chose avec les enfants », ajoute Levitt. « Nous savions que nous saurions quoi faire des gens si jamais il arrivait quelque chose. »

Ils ont rapidement vendu les deux fois 50 entrées, pour les visites du matin et de l’après-midi, et remis des bracelets à chacun des visiteurs dans le but de suivre le nombre des entrées et de s’assurer qu’ils repartent bien au bout des deux heures autorisées.

« Une fois le matin et une fois l’après-midi, nous avons dû nous rendre aux abris [le temps d’une alerte] avant de leur permettre de retourner dans les galeries », souligne Levitt.

Leur voisin, le musée scientifique Bloomfield, fonctionne de la même manière, avec deux abris, un nombre limité d’entrées chaque jour et l’obligation pour les enfants de moins de 16 ans d’être accompagnés d’un adulte.

Pour l’heure, ce genre d’ouverture limitée est trop compliqué à mettre en oeuvre pour leur autre voisin, le Musée d’Israël.

« C’est une institution bien plus grande », commente Levitt, « tout change avec cette taille. »

Les premier et deuxième jours de la guerre, le Musée d’Israël et la Bibliothèque nationale toute proche ont diffusé des photos de leur personnel en train de déplacer œuvres d’art et artefacts précieux pour les mettre à l’abri, comme l’ont fait le Musée d’art de Tel Aviv et le Musée d’art de Haïfa.

Au Musée d’Israël, on désinstalle l’exposition sur le Parchemin d’Isaïe en raison des tirs de missiles iraniens sur Israël le 28 février 2026 (Autorisation)

De l’autre côté de la ville, le musée de la Tour de David, niché dans les murs épais de l’ancienne citadelle, a rouvert ses portes après avoir retiré certains objets précieux des vitrines en verre pour les mettre en sécurité.

« Toutes nos salles d’exposition sont faites de murs anciens, solides, ce qui en fait de facto des pièces sûres », affirme la directrice du musée, Eilat Lieber.

De retour au Musée d’Israël, son tout nouveau directeur, Yasha Jacob Grobman, qui a pris ses fonctions le deuxième jour de la guerre, a écrit dans la newsletter que le personnel de l’aile jeunesse du musée parcourait la ville avec le Musée Mobile pour proposer des ateliers d’art dans les abris de quartier.

Comme d’autres musées, dont le Musée des beaux-arts de Tel Aviv, celui du peuple de l’ANU et d’autres, le Musée d’Israël propose également des activités en ligne, notamment des visites d’expositions et des conférences.

De l’autre côté de la rue, la Bibliothèque nationale est elle aussi fermée au grand public, n’ouvrant que pour des effectifs limités. Les salles de lecture sont réservées aux détenteurs de carte de recherche, sur inscription.

Le musée des Pays de la Bible est la plus petite institution de tout le quartier. Fondé par Elie Borowski en 1992 pour abriter sa collection personnelle, il expose des centaines d’artefacts – documents anciens, idoles, pièces de monnaie, statues, armes, céramique et sceaux provenant de tout le Proche-Orient antique.

Comme la plupart des musées de Jérusalem, il perçoit des subventions de plusieurs ministères et de la municipalité de Jérusalem, mais ces dernières se font rares au bout de deux années de guerre.

La directrice du musée des Pays de la Bible, Risa Levitt, lors de l’ouverture de « Dès que la guerre est terminée » au musée des Pays de la Bible, le 23 février 2026 (Yael Ilan)

Pourtant, poursuit Levitt, « nous sommes plus petits et plus agiles. Après le 7-Octobre, les gens avaient besoin de nous et nous avons ouvert gratuitement et rapidement. Cette fois, c’est différent car on ignore combien de temps cela va durer ou comment se passera Pessah. Il est de ma responsabilité de veiller que le musée ne fasse pas faillite. »

Pendant Pessah, le Musée des Pays de la Bible, comme la plupart des musées en Israël, est ouvert gratuitement au public, grâce au parrainage de la Banque Hapoalim.

« C’est ce qui était prévu », explique Levitt. « Plus le temps passe, même sans information officielle, plus il paraît évident que cela ne se passera pas comme ça. Soit ils se retirent, et on continue de faire ce que l’on fait ce moment, soit on réfléchit à un plan B. »

C’est une déception pour Levitt, qui avait dévoilé une grande exposition intitulée « Dès que la guerre est terminée » cinq jours avant le début de la guerre. L’exposition donne un aperçu de ce que gagner ou perdre une guerre signifie.

L’exposition s’organise autour d’un panneau de pierre en relief provenant du palais de Sennachérib, à Ninive, qui donne à voir des prisonniers de guerre enlevés à l’issue d’un siège. Cet artefact prêté au musée a amené Levitt et son équipe à revisiter certains conflits et réfléchir à la victoire et à la paix.

Lors de l’ouverture de « Dès que la guerre est terminée », au Musée des Pays de la Bible, le 23 février 2026 (Yael Ilan)

Comme cela arrive souvent, ils ont travaillé avec des institutions soeurs et notamment le Musée d’Israël, l’Autorité des Antiquités d’Israël et le Musée Eretz Israël.

Pour l’instant, cette exposition n’a été vue que par un petit nombre de personnes.

« On y parle des effets de la guerre et de ce que signifie la paix », conclut Levitt. « En ce moment, ce n’est pas très vendeur. »

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