Enquête sur les défaillances du 7 octobre : Tsahal reproche au contrôleur d’avoir « accéléré » le pas malgré un recours auprès de la Cour Suprême
L'armée affirme que Matanyahu Englman a poursuivi l'enquête malgré la demande de référé ; le contrôleur reproche à Tsahal de « tenter de saper » ses efforts
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

L’armée israélienne a déposé lundi un « complément urgent » à son recours auprès de la Cour Suprême israélienne à l’encontre des services du contrôleur d’État, exigeant qu’il mette fin à une enquête sur les « questions fondamentales » liées aux défaillances de l’armée à empêcher l’invasion et l’attaque du groupe terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, ainsi que d’autres événements de la guerre qui s’en est suivie.
Dans le document déposé auprès du greffe de la Cour, l’unité de défense militaire de l’avocat général militaire se dit préoccupée par « l’activité pressante du contrôleur d’État autour des événements du 7 octobre ».
« Ce sont précisément les questions au cœur du recours déposé par la Défense militaire, questions qui… sont réservées à une commission d’enquête », peut-on lire.
Malgré son recours demandant l’arrêt de l’enquête du contrôleur d’État, Matanyahu Englman, et une demande de référé, « le contrôleur a accéléré le pas, contacté les plus hauts responsables de l’État et des services de la Défense, envoyé des questionnaires avant les réunions destinées à recueillir des témoignages et même commencé à rédiger un projet de rapport », écrit la Défense militaire.
La semaine dernière, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a annoncé que son équipe et lui souhaitaient rencontrer le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ainsi que d’autres hauts responsables politiques et militaires, dans le cadre d’un audit approfondi sur les défaillances connexes à l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023. Ces entretiens devraient porter sur les principales défaillances politiques et sécuritaires, ont fait savoir les services du contrôleur d’État, et notamment la conduite du cabinet de sécurité, les processus de renseignement et la défense des frontières à Gaza.
Quelques jours plus tard, Englman a envoyé une lettre au chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général. Eyal Zamir, pour se plaindre du manque de coopération de l’armée à son enquête, affirmant avoir du mal à obtenir les documents dont il avait besoin ou voir les hauts responsables.
Englman a réagi au complément de recours de Tsahal auprès de la Cour Suprême en critiquant vivement les services de l’avocat général militaire et en déclarant qu’il continuerait malgré tout à mener son audit.
Les services du contrôleur d’État ont qualifié le complément de recours de l’armée de « demi-vérité », ajoutant qu’Englman avait, dès le début de son enquête sur la catastrophe du 7 octobre, annoncé son intention d’enquêter sur les questions fondamentales n’ayant pas permis de déjouer l’attaque et les atrocités du Hamas.
Les services du contrôleur d’État ont ajouté qu’Englman avait toujours dit qu’il se tournerait vers toutes les parties concernées, qu’elles soient politiques, militaires ou civiles, et que l’examen des actions de Tsahal était conforme à un accord conclu avec cette dernière, validé par la Cour Suprême au premier semestre.
« Il n’y a rien de nouveau dans l’annonce faite par le contrôleur d’État la semaine dernière, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil non plus dans les tentatives des services de l’avocat général militaire de contrecarrer l’audit tout en essayant de saper le travail d’un « gardien » agissant en vertu de la Loi fondamentale : le contrôleur d’État », ont déclaré les services d’Englman.
« Il est inapproprié et particulièrement grave que ces mêmes personnes qui portent l’uniforme donnent des instructions pour s’en prendre aux gardiens [des institutions], comme le font actuellement les services de l’avocat général militaire », peut-on lire dans le communiqué. « Rien de tout cela n’empêchera le contrôleur d’État de faire son devoir et d’apporter aux citoyens d’Israël les réponses qu’ils attendent depuis près de deux ans. »
La Cour Suprême ne s’est pas encore prononcée sur le recours introduit par Tsahal ni sur sa demande de référé pour mettre fin aux activités d’Englman.
L’enquête du contrôleur est actuellement la seule enquête globale au niveau de l’État au sujet de l’attaque du 7 octobre, au cours de laquelle des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont tué 1 200 personnes et fait 251 otages séquestrés à Gaza, ce qui a déclenché la guerre en cours.
Netanyahu refuse depuis 23 mois la mise en place d’une enquête officielle au plus haut niveau, et ce malgré la forte demande de la population, la jugeant malvenue en période de guerre contre le Hamas.
Certains critiques, à commencer par des membres de l’opposition et des groupes de surveillance du gouvernement, ont fait part de leurs inquiétudes concernant Englman, dont le manque d’expérience juridique et la nomination sous un gouvernement dirigé par Netanyahu, pourrait l’amener à minimiser les responsabilités politiques de ce pogrom.
Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré lundi qu’il avait lui aussi été contacté par les services du contrôleur d’État et qu’il avait accepté de le voir « parce que je suis un citoyen respectueux des lois ». Néanmoins, a-t-il ajouté, il a demandé que le rapport reflète ses propos, à savoir que l’enquête d’Englman « est une plaisanterie » dont l’unique finalité est d’« aider Netanyahu à échapper à une commission d’enquête d’État ».
Amorcée en janvier 2024, l’enquête d’Englman a été suspendue pendant plus d’un an, en raison de la guerre et de l’opposition de hauts responsables, alors même qu’elle tentait d’enquêter sur l’armée israélienne et le Shin Bet. Depuis la nomination de Zamir en mars 2025, un cadre d’enquête a été établi et validé par la Cour Suprême en avril dernier, qui lui a permis de reprendre ses travaux.
Les désaccords entre Tsahal et le contrôleur d’État sur la meilleure façon d’enquêter sur les circonstances du 7 octobre ne sont pas nouveaux et existent même depuis qu’Englman a annoncé son enquête sur les « défaillances multi-systèmes », en décembre 2023.
L’armée avait alors affirmé que l’enquête détournerait l’attention des commandants supérieurs de la guerre, alors active contre le Hamas et le Hezbollah, ce que l’ex-chef d’État-major de Tsahal, Herzi Halevi, avait avalisé.
Stav Levaton a contribué à cet article.
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