États Unis : Le Département d’État limoge un attaché de presse en raison de différends sur Gaza
Shahed Ghoreishi avait rédigé une déclaration - rejetée - sur le "déplacement forcé" des Gazaouis, mais réussi à court-circuiter le conseiller de Huckabee qui voulait parler de la visite du président de la Chambre des représentants en "Judée-Samarie"
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Le Département d’État américain s’est séparé de son attaché de presse pour les affaires israélo-palestiniennes suite à de multiples objections de sa part sur la façon de présenter la politique de l’administration Trump sur la bande de Gaza.
Shahed Ghoreishi a été limogé ce lundi, quelques jours seulement après avoir rédigé une déclaration indiquant que les États-Unis ne soutenaient pas « le déplacement forcé des Palestiniens à Gaza », selon le Washington Post.
Le Post n’a pas précisé à quoi la déclaration faisait précisément référence, mais elle concernait de près ou de loin le projet israélien d’évacuation de près d’un million de Palestiniens avant la conquête de la ville de Gaza, sur fond de possibles pourparlers des Etats-Unis avec plusieurs pays, dont le Sud-Soudan, sur la relocalisation des réfugiés de la bande de Gaza.
Ghoreishi a déclaré au Post que les mots utilisés dans le projet de déclaration étaient cohérents avec les propos tenus par le président américain Donald Trump et l’envoyé spécial, Steve Witkoff, ces derniers mois, pour indiquer que Washington ne souhaitait pas l’expulsion des Gazaouis et ce, malgré le projet dévoilé par Trump en février dernier de prise de contrôle de la bande de Gaza et de relocalisation définitive de tous ses habitants.
Pourtant, selon une note de service obtenue la semaine dernière par le Post, le Département d’État aurait opposé son veto à la proposition de Ghoreishi.
Ce n’est pas la première fois que Ghoreishi – qui travaillait déjà au Département d’État sous l’administration Biden – s’oppose à des membres du Bureau des affaires du Proche-Orient.
#BREAKING: The US State Department fired its top Israel-Palestine press officer, Shahed Ghoreishi, after he spoke out for Gaza journalists and against forcing Palestinians from their homes. pic.twitter.com/MwDtbRnHrr
— Veritas Daily (@VeritasDaily) August 20, 2025
Lorsqu’une frappe aérienne israélienne a tué le reporter d’Al Jazeera, Anas al-Sharif, et cinq autres journalistes dans une tente dans la ville de Gaza en début de mois, Ghoreishi a suggéré que le Département d’État publie une déclaration avec une ligne disant « Nous pleurons la perte de ces journalistes et exprimons nos sincères condoléances aux familles ». Ce qui a été rejeté, l’un de ses supérieurs, au Département d’État, lui ayant répondu dans un courriel du 10 août consulté par le Post : « Aucune réaction n’est nécessaire… Nous ne pouvons pas faire part de nos condoléances si nous ne sommes pas sûrs de ce que faisait cet individu. »
Selon Israël, al-Sharif était un homme armé du Hamas, l’armée israélienne ayant indiqué que certains des journalistes tués en même temps que lui l’étaient aussi, mais sans preuves.
David Milstein, conseiller principal de l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, s’est à plusieurs reprises opposé à Ghoreishi au sein du Département.
Citant des responsables familiers de la question, le Washington Post a rapporté que Milstein était bien connu au sein du Département d’État pour son activisme en faveur de la politique du gouvernement israélien.
« Milstein est le conseiller d’un ambassadeur. Pas plus, mais il met son nez partout », a confié un responsable au Post.
Milstein n’a pas répondu à la demande de commentaire du journal.
David Milstein, senior adviser to U.S. Ambassador Mike Huckabee in Israel, was a major opponent of Ghoreishi, frequently intervening in State Department matters to defend Israel, according to The Washington Post.
Critics said he was overly eager to appease Israeli officials and… https://t.co/R5ngZnCE6I pic.twitter.com/lj0e9qhkrv
— TabZ (@TabZLIVE) August 20, 2025
Le Post a rappelé que Milstein s’était déjà opposé à d’autres responsables du Département d’État alors qu’il tentait de faire publier une déclaration au nom du Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, condamnant l’Irlande pour sa proposition de loi interdisant le commerce avec les implantations israéliennes.
Milstein s’était alors vu opposer une fin de non recevoir de la part des diplomates américains en Europe, qui estimaient que la question devait d’abord être vue en privé avec Dublin.
Plus récemment, Ghoreishi et Milstein ont été en désaccord sur l’utilisation ou non par le Département d’État du nom biblique de la Cisjordanie, la « Judée et Samarie ».
Milstein avait rédigé une déclaration saluant l’initiative du président de la Chambre des Représentants, Mike Johnson, « entré dans l’histoire en sa qualité de plus haut responsable américain et premier président de la Chambre à se rendre en Judée et Samarie ».
Ghoreishi était parvenu à faire retirer ce membre de phrase avant la diffusion dans les médias, selon le Post.
Le Département d’État n’a pas donné à Ghoreishi de motif de licenciement, ce qui n’était pas obligatoire car il était prestataire de service.
Le porte-parole du Département d’État, Tommy Pigott, a confirmé le licenciement, tout en indiquant la raison dans une déclaration au Post.
« Nous ne commentons pas les courriels ou allégations qui ont fuité. Les employés fédéraux ne devraient jamais faire passer leurs idées politiques personnelles avant les priorités du président dûment élu », a indiqué Pigott.
Ghoreishi a déclaré au Post que son licenciement soulevait des questions troublantes sur la position des États-Unis face à la possible expulsion des Palestiniens.
« Malgré une solide réputation et d’excellentes relations de travail avec la plupart de mes collègues, je n’ai pas pu passer au travers de ces différends », a-t-il déclaré en rappelant que les mots utilisés dans la déclaration retoquée pour condamner le déplacement des Palestiniens avaient été validés par le Département d’État ces derniers mois.
Les soutiens de Ghoreishi au sein du Département d’État, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont déclaré au Post qu’il était tout sauf un employé voyou qui s’opposait à la politique de l’administration : il avait même rédigé un tweet pour Rubio, en février dernier, disant que les États-Unis voulaient « rendre sa beauté à Gaza ».
Gaza MUST BE FREE from Hamas. As @POTUS shared today, the United States stands ready to lead and Make Gaza Beautiful Again. Our pursuit is one of lasting peace in the region for all people.
— Secretary Marco Rubio (@SecRubio) February 5, 2025
Ghoreishi a précisé au Post qu’il n’avait rien contre Trump et que c’est au contraire le discours que le président avait prononcé en mai dernier en Arabie saoudite qui l’avait inspiré.
« Trump a accusé les néoconservateurs et les interventionnistes occidentaux d’avoir échoué au Moyen-Orient, en disant vouloir dégager de nouvelles perspectives pour la région. Les faucons du septième étage du Département d’État ne correspondent pas à cette vision », a déclaré Ghoreishi en faisant allusion à l’étage de Rubio et de la haute direction.
Suite à la nouvelle de l’éviction de Ghoreishi, mercredi, Laura Loomer, militante d’extrême droite et conseillère de Trump pour les complotismes, a qualifié l’ex-attaché de presse de « musulman djihadiste pro-régime iranien lié au NIAC ».
Ghoreishi a indiqué qu’il avait effectivement fait un stage, en 2013, au National Iranian American Council, une organisation pro-République islamique d’Iran bien connue pour son activisme en faveur de l’accord nucléaire iranien de 2015.
Loomer s’est attribuée le mérite de la décision prise samedi par le Département d’État de suspendre l’octroi de visas temporaires aux enfants de Gaza qui viennent se faire soigner aux États-Unis.
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